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Chine-Etats-Unis : visite protocolaire, grandes ambitions et un contentieux rigide

La dernière visite du Président Obama en Chine est un peu sortie des « clous » traditionnels des visites présidentielles américaines, où la débauche des bons sentiments et des phrases toutes faites cachait de maigres résultats concrets et de nombreux contentieux, aussi récurrents qu’agaçants. Cette fois, l’ambiance était guindée, les attitudes protocolaires et rigides, la conférence de presse finale on ne peut plus corsetée, sans questions des journalistes, ni la moindre connivence entre les deux chefs d’Etat, mais le communiqué commun, rendu public dans une ambiance très compassée, avait probablement le contenu le plus riche de toute l’histoire de la relation bilatérale.

Beaucoup de médias européens et quelques uns aux Etats-Unis, comme le New-York Times - qui jugeait qu’Obama avait été « muselé » - se sont arrêtés aux restrictions imposées par la Chine à la spontanéité du voyage de l’équipe Obama, pour en déduire que la visite avait été un semi échec. En dehors de la rencontre très contrôlée et mal retransmise par les médias, avec les étudiants à Shanghaï, le Président des Etats-Unis n’a en effet pas été mis en présence du peuple chinois. Il n’a pas pu inviter de chefs d’entreprise et n’a même pas eu le temps de dialoguer avec la chambre de commerce américaine à Pékin. A part son escapade sur la grande muraille, il ne s’est pas non plus rendu sur le terrain pour visiter une usine, ou une ferme modèle, et n’a pas sillonné les « hutongs » en VTT, ni assisté à une messe, comme l’avait fait le Président Bush.

Mais la déclaration finale, qui il est vrai, n’élude pas les nombreuses divergences, a le mérite de passer en revue les multiples coopérations possibles. De l’avis des meilleurs experts de la Chine, comme David Shambaugh ou Richard Baum, en proposant l’éventail le plus large jamais envisagé d’actions concertées, raisonnablement envisageables, elle pourrait bien marquer une étape majeure de la relation bilatérale. Les objectifs - qui restent à concrétiser - sont en effet ambitieux.

Ils touchent à l’espace, domaine sensible s’il en est, où Pékin et Washington s’accusent mutuellement de se laisser aller aux tentations de militarisation. Mais le nouvel élan pourrait bien être le prélude à la participation de la Chine à la Station Spatiale Internationale. La liste des objectifs énumère aussi une longue série de secteurs, qui, au passage, empiètent sur des domaines où les Européens avaient un net avantage sur les Etats-Unis - : le ferroviaire et l’aéronautique, l’agriculture, les sciences de la vie et la médecine, sans oublier les coopérations policières (drogue, mafias, trafics d’êtres humains, terrorisme), l’enseignement - avec la promesse de porter à 80 000 l’effectif des étudiants chinois aux Etats-Unis - et, bien sûr, l’environnement, avec un effort concerté et sans précédent pour améliorer l’isolation des immeubles, utiliser le gaz des houillères et diminuer les émissions de C02 des centrales thermiques.

Les prémisses de rapprochements industriels, où General Electric (GE) joue pour l’instant un rôle clef, sont annoncées dans le ferroviaire (des motrices à construire par GE dans les environs de Pékin) et dans l’avionique (avec GE, encore, en coopération obligée avec AVIC) pour des études sur un gros porteur chinois.

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Les obstacles ou désaccords restent nombreux et concernent d’abord les épineuses et très sensibles questions de souveraineté et de droits de l’homme (Taïwan, Tibet, Xinjiang, harcèlements de dissidents), il est vrai évoquées sur un mode mineur au cours du sommet. L’absence flagrante d’accord - relevée par les Européens pour un engagement chiffré sur une réduction des émissions de gaz à effet de serre a, été corrigée dix jours après la rencontre. Mais, pour beaucoup, les promesses surprises de Washington et Pékin restent très en-deçà des celles des Européens, même si les deux initiatives sont considérées comme des « signes positifs ». Des deux côtés les suspicions demeurent.

Les réductions proposées par les Américains sont comptées sur la base de 2005, au lieu de 1990. La Chine, qui bénéficie déjà d’importants « crédits carbone », a, quant à elle, concocté son plan de réduction, non pas à partir des émissions de carbone, mais en fonction de points de pourcentage du PIB, une échelle difficile à vérifier. Elle renvoie les Etats-Unis et les Occidentaux à leurs « responsabilités historiques », et réclame des aides financières et le transfert de technologies propres.

Les autres divergences sont connues, mais semblent reprendre de la vigueur : contentieux commerciaux - avec une plainte à l’OMC qui fait grand bruit, pour dumping et concurrence déloyale, déposée par les Etats-Unis, suivis par l’UE, pour freiner l’invasion des tubes d’acier chinois destinés à la recherche et à l’exploitation pétrolière, dont la production et les prix sont directement contrôlés par l’Etat - ; résurgence des critiques sur la faiblesse artificielle du Yuan - que la Chine ne réévaluera pas - et, en contrepoint, les attaques chinoises, de plus en plus directes, contre le désordre des finances américaines, les déficits excessifs et les faibles taux d’intérêt.

Au plan stratégique, la Chine accepte de plus en plus de jouer un rôle, mais elle entend le faire à ses conditions. Sur les questions de prolifération nucléaire, même s’il lui arrive parfois de durcir le ton, elle s’en tiendra à sa politique de principe, opposée aux sanctions avec l’Iran. Avec Pyongyang, on observe même un réchauffement des relations, après les catastrophiques explosions nucléaires nord-coréennes de 2006 et 2009, à l’origine d’une crispation de Pékin et de la panne du dialogue à six. Lors de sa récente visite en Corée du Nord, le ministre de la défense chinois, le Général Liang Guanglie, a réaffirmé, sur un ton qui rappelle celui de la guerre froide, l’alliance indéfectible entre les deux pays, ancrée dans les souvenirs de la guerre de Corée.

Dans l’imbroglio afghan, sur son flanc sud, la Chine ne coopère pas, en dépit des fréquents appels du pied des Etats-Unis. Elle pousse même au départ de l’OTAN, demande son remplacement par une force des Nations Unies et, cherchant à reprendre la main dans une situation qui lui échappe depuis 2002, elle propose - en contradiction complète avec les stratégies de l’OTAN - un règlement négocié de la crise, incluant le Pakistan, l’Afghanistan et l’Inde. En même temps, elle affiche, au risque de paraître cynique, des projets miniers de très grande ampleur, que les Afghans accueillent d’ailleurs avec enthousiasme.

Les investissements chinois en Afghanistan, commencés discrètement sous le régime des Talibans en 1998, puis prudemment mis en veilleuse après le 11 septembre 2001, ont en effet brutalement changé d’échelle en 2007, avec l’offre très généreuse d’un consortium minier piloté par l’Etat chinois, comprenant 3,6 milliards de $ - très en dessus de ce que les Afghans eux-mêmes attendaient, et hors de portée des autres développeurs potentiels, Américains ou Russes - pour l’exploitation de la mine de cuivre d’Aynak dans la province de Logar, ainsi que la construction d’une usine électrique et d’une voie de chemin de fer reliant le Tadjikistan au Pakistan, en appui des vastes projets miniers, que les appétits chinois ne pourront que multiplier.

Ces entreprises s’inscrivent dans une vaste opération d’influence économique et stratégique régionale, articulée autour d’actions déjà en cours - développement du Grand Ouest chinois, oléoduc vers la Birmanie, route de Karakorum, port de Gwaddar au Pakistan, pipeline Kazakhstan - Xinjiang, développement des champs pétroliers iraniens, que les stratèges américains, inquiets de l’influence tentaculaire de la Chine en Asie Centrale et en Asie du Sud-est, observent avec de plus en plus de perplexité.

 

 

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