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Transparence du fonds souverain chinois et querelles commerciales

La presse américaine fait grand cas des informations transmises le 5 février dernier par le fonds souverain chinois (China Investment Corporation - CIC -) à la Commission des Opérations Boursières américaine (Security and Exchange Commission - SEC -) sous la forme d’une liste partielle de ses opérations effectuées avec des sociétés listées aux Etats-Unis.

La liste - une première depuis la création du fonds en 2007 - ne fait pas état des opérations effectuées avec des sociétés non listées aux Etats-Unis, ou des investissements indirects réalisés aux Etats-Unis par le biais de fonds d’investissements extérieurs. Elle passe même sous silence certaines opérations aux Etats-Unis, déjà publiques depuis 2008, comme l’achat en 2007 et début 2008 de près de 10% des parts dans les fonds d’investissement de Blackstone et de Morgan Stanley, dont les cours s’étaient effondrés courant 2008.

En août 2009, le CIC avait publié un rapport annuel décevant, ne présentant que des généralités sans aucun détail des opérations effectuées. Cette nouvelle transparence, même incomplète, a donc été bien accueillie par les milieux financiers américains, qui, comme pour se rassurer, soulignent les efforts chinois pour désarmer les critiques d’opacité des opérations du fonds souverain.

Sur l’échelle de la transparence, de la fiabilité et du rendement, mesurés par les principes de Santiago, qui évaluent les performances, la crédibilité et la sécurité des fonds souverains, une étude d’un Think Tank américain a même classé le CIC au 5e rang sur les 26 fonds souverains répertoriés, au même niveau que le fonds souverain de Singapour. Il est vrai que les fonds d’investissements transparents sont rares.

Il reste que le document envoyé à la COB américaine ne concerne que 9,6 milliards sur les 300 milliards de $ détenus par le fonds (en augmentation de 50% depuis sa création) et n’offre aucune visibilité sur les opérations hors Etats-Unis, notamment dans les économies émergentes, qui furent jusqu’à présent le principal terrain de chasse du CIC, avec essentiellement des achats d’actifs dans des sociétés d’investissement et dans le secteur des hydrocarbures ou des ressources minières.

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L’opération transparence a cependant délié la langue de Lou Jiwei, Président du fonds, qui a déclaré que la moitié des 110 milliards de dollars (soit 10 fois plus que les capitaux listés à la SEC), dédiés aux opérations extérieures avait déjà été investie. Il a confirmé que la tendance à cibler les marchés émergents et à rechercher les opportunités nées de la crise - en clair jouer les pompiers financiers au profit de sociétés publiques ou privées en difficulté, en vue de substantiels retours financiers - sera poursuivie en 2010.

L’examen des informations transmises à la SEC indique également que la Chine, qui détient encore près de 700 milliards de $ de bons du trésor américain, approche le marché des actifs ou des fonds d’investissement privés américains avec prudence. Sur les 9,6 milliards, plus d’un tiers (3,54 milliards) est d’ailleurs investi dans une société minière canadienne (Teck ressources Ltd) qui opère en Amérique du Sud. 2,4 milliards de dollars ont cependant été engagés dans des sociétés d’investissements, dont une nouvelle injection de 1,7 milliards dans Morgan Stanley, en dépit des déboires de 2008. Le reste est réparti dans des opérations en bourse ou des prises de participation assez modestes dans des sociétés telles que American International Group Inc., Apple Inc. and News Corp., propriétaire du Wall Street Journal, Johnson & Johnson, Coca Cola, Visa, Motorola.

La série des prises de participation minoritaires par le fonds au sein d’actifs listés aux Etats-Unis, rassure les analystes américains qui craignaient des investissements massifs, assortis de manœuvres politiques ou de recherche d’influence. Mais elle ne suffira pas à désarmer les querelles commerciales qui montent entre la Chine et les Etats-Unis, parfois appuyés par l’Union Européenne. Elle sera également bien incapable d’enrayer la vague d’inquiétude qui court dans les milieux commerciaux étrangers en Chine, alors que, pour la première fois de son histoire, la Chambre de Commerce américaine, d’habitude très accommodante, a émis des commentaires critiques sur l’environnement des affaires.

Attirées en Chine par la faiblesse des taxes, inférieures de moitié à celles entreprises chinoises, les PDG occidentaux signalent aujourd’hui une augmentation des obstacles non tarifaires et des campagnes lancées par gouvernement pour inciter les consommateurs à « acheter chinois ». « L’environnement des affaires est plus difficile que jamais » déclare James McGregor, responsable des relations avec Washington, au sein de la Chambre de Commerce américaine à Pékin.

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On cite Google, symbole des heurts entre le système chinois et les sociétés occidentales, pour rajouter aussitôt que, contrairement au moteur de recherche américain, la plupart des sociétés engagées en Chine ont plus que jamais, besoin du marché chinois. Au demeurant le tableau n’est pas aussi noir pour tout le monde puisque les grands noms de l’automobile, comme Volkswagen, General Motors et d’autres, qui souffrent partout ailleurs, se portent plutôt bien en Chine. Mais la tendance générale est à la grogne et à la multiplication des conflits à l’OMC, avec des contre attaques chinoises.

« L’Occident attend beaucoup trop d’une Chine, dont la puissance et l’influence augmentent, mais qui n’est pas prête à jouer selon ses règles », dit David Shambaugh, sinologue à l’Université Georges Washington, tandis que Pékin, qui apprend vite, augmente le nombre de ses plaintes à l’OMC contre les Etats-Unis et l’Europe. Mais les nouvelles règles de l’OMC qui autorisent des représailles contre un Etat reconnu coupable d’avoir installé des barrières pour protéger son marché, sont de nature à calmer le jeu. Notamment entre ceux des pays qui peuvent faire valoir la force d’attraction de leur marché ou la valeur de leurs produits d’exportation, qu’il s’agisse de matières premières ou de produits industriels.

L’affaire Rio Tinto, qui refait surface est un exemple de conflit susceptible de se résorber par la tyrannie de l’offre et de la demande, à moins que Pékin, se sentant en position de force et cédant aux démangeaisons nationalistes, fasse exagérément grimper les enchères. Ce qui n’est pas impossible. Alors que Rio Tinto et le secteur de l’acier chinois ne sont pas encore parvenus à un accord sur le prix du minerai de fer, Pékin vient d’inculper - sans en avoir fourni publiquement les preuves - quatre cadres de Rio Tinto travaillant à Shanghai (1 Australien d’origine chinoise - Hu Stern - et 3 nationaux chinois), accusés d’avoir accepté d’importants pots de vin de la part d’aciéristes chinois, et détenus depuis juillet 2009.

Par ailleurs, alors que les aciéries japonaises et coréennes pourraient accepter la hausse des prix du minerai de fer de 40%, exigée par les géants minéraliers pour revenir aux tarifs d’avant 2008, les Chinois, sous la conduite de Baosteel, véritable Etat dans l’Etat, faisant valoir l’importance de leurs achats, refusent d’envisager une hausse supérieure à 30%. Mais Rio Tinto, qui est loin d’être sorti du rouge, a conscience que son redressement en cours - ses bénéfices 2009 ont augmenté de 33% - dépend surtout des importations chinoises, de loin le plus important marché de la planète, dont les besoins augmenteront encore de 9% en 2010.

L’affaire se complique encore avec les réminiscences néfastes de la rebuffade subie par Chinalco en juin 2009, quand Rio Tinto avait finalement tiré l’échelle d’une négociation qui durait depuis février pour le rachat, par le groupe chinois, de 18% de ses parts. Le conflit est emblématique du mélange détonnant entre les dures réalités économiques, les effets du nationalisme chinois mal placé et le « poison du péril jaune », qui commence à monter dans beaucoup de régions du monde face à l’irrésistible émergence de la Chine.

 

 

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