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›› Lectures et opinions

再回兴义忆耀邦 (Zai Hui Xingyi Yi Yaobang)

Traduction libre de l’article rédigé par Wen Jiabao et paru dans le Quotidien du Peuple, le 15 avril dernier, jour anniversaire de la mort de Hu Yaobang.

Il y a quelques jours j’ai effectué une mission dans la province du Guizhou pour me rendre compte moi-même de la sècheresse. En foulant cette terre, songeant à ces montagnes et à ces rivières, je n’ai pu m’empêcher de penser à Yaobang qui était lui-même venu ici. Je me rappelle en particulier qu’un soir il m’avait même demandé d’aller directement interroger les paysans. Quand j’y pense, je revois le sourire amical et sincère de Yaobang, tandis que la vague des souvenirs que j’avais gardés en moi depuis de si longues années envahit mon cœur. J’ai mis un long moment à les maîtriser.

Au début de 1986, pendant les 15 jours de la fête du printemps, le camarade Yaobang prit la tête d’une équipe de 30 cadres représentant 27 administrations différentes, pour conduire une mission d’enquête dans les provinces du Guizhou, du Yunnan, du Guangxi et dans quelques autres régions pauvres. Il s’agissait pour lui d’inciter les Cadres de Pékin à nouer plus de contacts avec le peuple et avec les gouvernements locaux, et à pousser ces derniers à améliorer leurs connaissances des situations locales, ainsi que leurs méthodes d’investigation.

A cette époque je venais d’être nommé au poste de secrétaire général adjoint du Comité Central du parti, et Yaobang me confia personnellement l’organisation du voyage. Le matin du 4 février, le groupe s’envola vers Anshun dans le Guizhou. Mais, à cause du brouillard, notre avion fut détourné vers Guiyang. Yaobang décida alors de continuer par la route, et nous rejoignîmes Anshun en 4 heures. Après le dîner, Yaobang divisa le groupe en trois équipes, l’une pour Wenshan au Yunnan, la deuxième pour Hechi au Guangxi, la troisième pour Bijie au Guizhou.

Le lendemain, le Camarade Yaobang, moi-même et quelques collègues du Secrétariat Général, quittâmes Anshun à bord d’un minibus. La route de montagne, aux limites des provinces du Guizhou, du Yunnan et du Guangxi était sinueuse, et nous roulions dans un paysage de hauts sommets et de vallées. Bien que déjà âgé de plus de 70 ans, le Camarade Yaobang travaillait chaque jour d’arrache pied, marchait souvent de long en large, analysant à haute voix la situation ; souvent il allait jusqu’à travailler pendant l’heure des repas et ne se reposait que très peu.

Au cours des jours qui suivirent notre départ d’Anshun le Camarade Yaobang écouta les rapports concernant les districts de Zhenning, Guanling, Puan, Panxian, situés au Guizhou et ceux de Fuyan, Shizhong, Luoping au Yunnan. Il tirait également profit des conversations qu’il entamait avec les personnes rencontrées durant ses déplacements, pour mieux comprendre leur vie quotidienne. Au village de Changdi, dans le district de Luoping, il a même esquissé quelques pas de danse avec des Han, des Miao, et des Buyi sur l’air de la « Grande union des minorités ethniques » - Minzu Da Tuanjie -. Arrivé le 7 février au soir à Xingyi, capitale de la Préfecture, fourbu et couvert de poussière, il prit ses quartiers à l’auberge vétuste et dénuée de confort de la préfecture.

Nous étions au début du printemps, et à Xingyi le temps était encore humide et le froid déprimant. Il gelait dans les chambres sans chauffage. Nous avons déniché trois poêles qui furent installés dans la chambre de Yaobang, ce qui fit monter la température à environ 12 degrés. Après quelques jours d’enquête, il était clair que Yaobang était épuisé. Nous lui conseillèrent de se reposer dans sa chambre le soir, mais il insista pour organiser une réunion des équipes d’investigation.

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Après le diner, il me fit appeler : « Jiabao, j’ai un travail pour vous. Prenez quelques camarades et allez visiter un petit hameau hors de la ville. Promenez vous, faites votre enquête et rappelez vous d’éviter les cadres locaux ».

Avant mon affectation au Secrétariat du Comité Central j’avais entendu dire que quand Yaobang se rendait en province, il avait l’habitude de modifier son itinéraire de manière à pouvoir rencontrer directement les gens sur le terrain et se rendre compte directement de la situation à la base. Une de ses phrases favorites était : « je choisis un endroit où les cadres ne sont pas préparés à me voir ». Je compris donc qu’il attendait de moi que je m’efforce de comprendre quelle était la véritable situation à la base.

A la nuit, je sortis discrètement avec quelques camarades. A cette époque la rue de Panjiang était la seule rue du village de Xingyi. De chaque côté, il y avait des maisons basses ; la lumière était faible ; il faisait froid et triste. Après avoir suivi la rue de Panjiang pendant plus de 10 minutes, nous atteignîmes les abords de la ville. Les champs qui nous entouraient étaient plongés dans le noir, et nous avions perdu nos repères.

Puis nous vîmes quelques faibles lueurs assez proches, vers lesquelles nous nous dirigeâmes. C’était un petit village, où nous avons interviewé quelques familles de paysans. Beaucoup d’entre eux furent surpris de voir arriver ces citadins sortis de la nuit. Mais quand ils comprirent l’objet de notre visite, ils nous accueillirent chaleureusement.

Après 22 heures nous retournâmes à la maison d’hôtes. En entrant dans la chambre de Yaobang, je vis qu’il m’attendait, assis dans un fauteuil de bambou. Je lui fis un rapport détaillé, qu’il interrompait souvent par des questions. Il me dit que les cadres dirigeants devaient aller eux-mêmes jusqu’au plus bas niveau de la société pour mener leurs enquêtes, se rendre compte des souffrances du peuple, écouter sa voix, et comprendre la situation directement et sans intermédiaire. Pour un cadre dirigeant, le plus gros danger disait-il, était de se couper des réalités. Des années après, ces paroles graves et sincères de Yaobang résonnent encore à mes oreilles.

Le 8 février, à la veille de la fête du printemps, Yaobang se rendit tôt le matin au Lycée des minorités pour exprimer ses vœux de bonne année aux professeurs de toutes les ethnies et s’entretenir avec eux de manière informelle. Puis il rendit une visite mémorable au village de montagne de Wula, où il avait été invité par Huang Weijia, un paysan du cru. Selon les coutumes locales Huang servit à Yaobang une tête de poulet bouilli, et nous prîmes tous un repas en famille.

Peu après, Yaobang se rendit, après un trajet de 100 km en voiture par des routes de montagne, sur le site de construction d’une centrale hydraulique pour souhaiter la bonne année aux ouvriers qui y travaillaient pendant le nouvel an. Il passa la nuit dans un refuge de fortune construit par le génie de la police armée populaire. Peu après la fièvre le prit et sa température monta jusqu’à 38,7°. En fait, il se sentait déjà malade depuis l’après-midi, mais, comme toujours, il insista pour participer à toutes activités et gardait un bon moral. La nuit était envahie par le craquement des feux d’artifice du nouvel an et les cris des habitants qui se souhaitaient la bonne année.

Mais pas un de nous n’avait l’esprit à la fête. Moi-même et tous ceux qui travaillaient avec lui, nous nous inquiétions pour Yaobang. Le matin du 9 février, sa fièvre était montée à 39°. Nous étions loin des grandes villes de Kunming, Nanning ou Guiyang et il n’y avait pas d’hôpital dans la zone. Heureusement, grâce aux soins prodigués par le docteur de l’équipe, la fièvre de Yaobang retomba dans la soirée et nous fûmes tous soulagés.

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Le matin du 10 février, Yaobang, qui se sentait un peu mieux, se rendit à Baise dans le Guangxi, en dépit des protestations générales. Il arriva à destination à 18 heures après plus de 320 km d’une route de montagne défoncée. Là il nous conduisit sur le site de la 7e Armée Rouge et s’entretint à bâtons rompus avec 8 chefs de districts. Le soir du 11 nous le rejoignîmes. Le lendemain il me demanda d’aller aux abords de la ville pour lui rendre compte de l’état des récoltes, des buffles d’eau et des marchés. A chacun de nos retours à la l’auberge, il nous attendait.

Les 14 et 15 février, il rejoignit la ville de Beihai, via Qinzhou et inspecta le port et les travaux de construction d’une digue. Le 16, il revint à Nanning et retrouva le troisième groupe d’enquêteurs. Là il passa deux jours complets à écouter les rapports des équipes du Yunnan, du Guangxi et du Guizhou.

Le 19 février, le Camarade Yaobang, rassemblant ses propres réflexions et utilisant les conclusions des autres enquêteurs, s’adressa de manière impromptue à un grand rassemblement de cadres du Parti. Il insista particulièrement sur le fait que les cadres provinciaux et ceux de Pékin devaient fréquemment rencontrer la base et s’efforcer de réduire la distance entre le peuple et le pouvoir central.

Non seulement ces rencontres pouvaient créer une bonne ambiance et un excellent moral, mais elles étaient nécessaires pour ajuster la politique et éviter les erreurs. Elles rehausseraient la qualité des cadres, enrichiraient l’expérience et favoriseraient la formation des plus jeunes d’entre eux.

Le 29 février 1986 Hu Yaobang retourna à Pékin avec ses équipes, après deux semaines passées dans les régions pauvres du Sud-est.

Le temps passe vite. Mais je me souviens de cette mission conduite par Yaobang comme si c’était hier. Le 3 avril de cette année, quand je suis retourné à Xingyi, je n’en croyais pas mes yeux. La petite bourgade arriérée était devenue une grande ville, dont la population avait triplé, avec de très hauts immeubles qui couvraient une zone quatre fois plus vaste qu’en 1986.

Quand le souvenir de Yaobang me revient en mémoire, il touche en moi une fibre sensible. Je vois encore Yaobang m’envoyant enquêter la nuit dans ce petit village, dont le souvenir ne m’a jamais quitté. Le 4 avril dernier, je me suis rendu secrètement avec quelques uns de mes camarades à l’endroit du village, espérant retrouver les lieux que nous avions arpentés, il y a de si longues années.

La rue Panjiang, largement éclairée, était noire de monde. Le petit village lui-même n’est plus, remplacé par des gratte-ciel sortis de terre. Cette nuit j’eus quand même envie de visiter les abords de la ville. Avec mes compagnons nous nous sommes dirigés vers les lumières de Yongxing et avons frappé à la porte du fermier Lei Chaozhi, avec qui nous avons entamé une conversation, à laquelle a également participé son voisin.

Voilà 21 ans que Yaobang a disparu. Il se consolera peut-être de savoir que le petit village du Sud-ouest qui lui avait causé tant de soucis a subi des bouleversements considérables. Toute sa vie, il s’est battu sans relâche pour la Nation, suivant la voie correcte du socialisme aux caractéristiques chinoises.

Dès octobre 1985, après mon affectation au Secrétariat Général, j’ai pu toucher du doigt à quel point il était proche du peuple et de ses souffrances. J’ai aussi pris la mesure de la manière exemplaire dont il remplissait ses fonctions, de son dévouement désintéressé, de son ouverture d’esprit, de sa hauteur de vue et de sa rigueur morale.
J’ai été directement témoin de l’abnégation avec laquelle il se consacrait corps et âme au travail et à la cause du Parti et au service du peuple. Ce qu’il m’a enseigné au cours de ces années est resté gravé dans mon cœur et son exemple m’empêche de me laisser aller. La manière dont il traitait les affaires eut une immense influence sur mon travail, mes études et ma vie.

En janvier 1987, Hu n’était plus Secrétaire Général du Parti. Je lui rendais souvent visite chez lui. Le 8 avril 1989, quand il tomba malade, et que les médecins s’efforçaient de le sauver, j’étais en permanence à ses côtés. Le 15 avril, quand il s’éteignit brutalement, je me rendis à l’hôpital le plus vite possible.

Le 5 décembre 1990, j’ai raccompagné son cercueil vers sa ville natale de Gongqing dans le Jiangxi. Depuis sa mort, je me suis rendu à son ancien domicile, à chaque nouvel an. C’est toujours avec une grande émotion et beaucoup d’amour que je regarde sa photo dans le salon. Son regard profond et son expression décidée me donnent la force, le courage et la détermination nécessaires pour servir le peuple.

Retournant à Xingyi pour me pencher sur le passé, j’ai rédigé cet essai qui exprime le souvenir - pour moi très précieux - que j’ai gardé de lui.

 

 

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