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›› Economie

1er trimestre 2012. Faits et commentaires

L’analyse ci-après s’appuie sur une série de faits choisis et commentés, dont le but est de proposer une image à grands traits de la situation de l’économie chinoise et de ses interactions avec le monde. Elle révèle qu’à la fin 2011 et au début 2012, le pays a été placé sous la pression de crédits plus rares, en partie du fait de la politique de contrôle de l’inflation, dont les PME ont souffert.

Le ralentissement de l’économie, - il est vrai objet de comptes-rendus contradictoires - la stagnation des réserves de change et les premiers signes d’une baisse des excédents courants, créent une situation nouvelle qui exigera une amélioration de la rentabilité du capital, seule marge de manœuvre qui permettrait le maintien d’une croissance supérieure à 7%.

L’État, confronté à un exode rural massif et rapide, qui exige une évolution du schéma de développement, est aujourd’hui placé devant l’obligation de redéfinir la place et le rôle des grands groupes publics. Captant la richesse et les ressources, ces derniers sont en effet à l’origine d’importants gaspillages. Colonne vertébrale des réseaux de l’oligarchie, ils sont aussi les principaux obstacles à une meilleure répartition des bénéfices de la croissance et des crédits nécessaires à l’accompagnement social et technologique de l’urbanisation, qui modifie sous nos yeux le visage de la Chine.

A l’extérieur, le pays, confronté à des querelles commerciales, soit de manière isolée, à propos des terres rares, soit avec l’appui des Etats-Unis, de l’Inde et de la Russie contre l’UE, à propos de sa taxe carbone aux compagnies aériennes, a continué sa quête de matières premières et son action pour affirmer l’influence mondiale de sa monnaie, en dépit du fait que le RMB n’est pas convertible. A ce propos, il a poursuivi sa politique visant à réduire son exposition au Dollar et signé un accord financier bilatéral avec le Japon, dont l’importance doit être soulignée, compte tenu du niveau élevé des échanges entre les deux pays.

La stratégie visant à faire contrepoids à l’influence américaine, déjà visible au travers de la politique de promotion du Yuan, s’est également exprimée par le projet d’un accord de libre échange avec le Japon et la Corée du sud. S’il était signé, ce dernier s’ajouterait à ceux déjà conclus avec les dix pays de l’ASEAN et Taïwan. L’ensemble, qui construit une très puissante force de frappe commerciale, est de nature à faire sérieusement contrepoids au projet de coopération « transpacifique », lancé en novembre 2011 par le Président Obama.

Vis-à-vis de l’Union Européenne, les grands groupes chinois ont confirmé leur intérêt pour la reprise d’actifs fragilisés par la crise, mais pouvant leur assurer un transfert de technologies et faciliter leur accès à des marchés occidentaux. En 2011, et au 1er trimestre 2012, leur action a ciblé des compagnies allemandes de 1er rang et une compagnie autrichienne, toutes deux dans le secteur des équipements de construction.

Réussissant assez bien à monter en gamme technologique dans les domaines ouverts, en partie grâce à des coopérations-captations, la Chine se plaint cependant d’être victime d’ostracisme dans les secteurs des technologies sensibles.

Quant aux relations commerciales franco-chinoises, elles stagnent à une part de marché inférieure à 1,3%, quatre fois moindre que celle de l’Allemagne, générant un déficit de la balance courante de plus de 26 Mds d’euros, essentiellement du à l’augmentation rapide des exportations chinoises en France (électronique, équipements ménagers). Celles-ci sont mal compensées par les exportations françaises en Chine, tirées vers le haut pas l’aéronautique, qui avec Airbus, représente le tiers des ventes françaises.

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1. Contrôle macroéconomique.

• Spéculations sur un accident économique en Chine.

Les commentaires sur un possible accident économique refont surface après le rapport « China 2030 » de la Banque Mondiale, auquel a également contribué le Centre de recherche du Conseil des Affaires d’État.

Les plus récentes alertes s’appuient sur les chiffres qui semblent indiquer un ralentissement de l’économie, avec une chute des actions des grands groupes chinois listés aux Etats-Unis , dont le producteur d’aluminium ACH, China Eastern Airlines, China Telecom, et le pétrolier CNOOC.

A quoi s’ajoute la baisse des profits en Chine, notamment ceux de Jiangxi Mining qui entraîna une chute de 2% des prix mondiaux du cuivre, de Angang Steel et Air China qui enregistrèrent de fortes pertes au 2e semestre 2011. Le tout, dans un contexte marqué par les difficultés de l’Europe, le plus gros marché à l’export de la Chine. L’espoir que la Chine contribuera à la reprise en Europe, aux Etats-Unis et Japon ne semble plus d’actualité, d’autant que les économies des autres émergents comme le Brésil et l’Inde souffrent également.

• Le Conseil des Affaires d’État insiste sur les bénéfices de l’économie de marché.

Liu He (54 ans), spécialiste de macro économie, des structures industrielles et des techniques de l’information, formé à Harvard et à l’Université du Peuple, n°2 du Centre de recherche du Conseil des Affaires d’État qui a contribué au rapport « China 2030 » de la Banque Mondiale, vient d’expliquer dans un forum à Pékin, le 17 mars dernier, que les succès de la Chine ces 30 dernières années n’étaient pas dus au « capitalisme d’État », mais aux efforts de Pékin pour appliquer les lois de l’offre et de la demande dans la détermination des prix.

Il a également précisé que l’exode rural en cours aboutirait en 2020 à une population urbaine de 60%. Le processus accélèrerait la consommation interne et dessinerait un nouveau visage de la société chinoise, avec des évolutions économiques et sociales qui bénéficieront à la fois à la Chine et à l’économie globale.

Liu He fait partie de la mouvance libérale qui, appuyée par Wen Jiabao et son successeur désigné Li Keqiang, vient d’engager un combat déterminé contre les conservateurs, qui craignent la remise en cause des avantages acquis et, à terme, l’affaiblissement du « rôle dirigeant » du Parti.

• Commission Nationale pour la Réforme : l’Inflation baisse, mais reste un souci.

Après avoir rebondi en janvier à plus de 4%, l’inflation est retombée en février à 3,2%. Mais Zhang Ping Directeur de la CNRD a affirmé que le maintien de la croissance - que le gouvernement vient de favoriser en réduisant par deux fois le taux de réserves obligatoires des banques -, devait tenir compte des risques d’un retour de l’inflation, dont les causes structurelles étaient toujours présentes.

C’est pourquoi la politique monétaire resterait prudente, accompagnée par un ajustement des politiques fiscales. Les pressions sur le prix des matières premières, que la Chine doit importer en masse, restaient fortes, aggravées par les politiques de stabilisation aux Etats-Unis et en Europe. Les prix de l’immobilier avaient certes baissé en février, pour le 5e mois consécutif, mais étaient encore très loin du niveau raisonnable souhaité par le gouvernement. Les mesures restrictives seront donc maintenues en 2012.

Le freinage de l’inflation est essentiellement du au ralentissement de la hausse du prix des denrées alimentaires (elle est tombée à +6,2% en février, alors qu’elle était de +10,5% en janvier). La tendance avait permis à la Banque Centrale de baisser le taux de réserve obligatoire à 20,5% pour les grandes banques commerciales et 17% pour les petites. La mesure permettra une injection de 63,54 Mds de $ dans l’économie et allégera les pressions sur le crédit.

• Baisse de l’activité industrielle et déficit commercial.

A la surprise des experts qui s’attendaient à un rebond après le nouvel an chinois, la machine industrielle chinoise a donné en mars des signes de ralentissement pour le 5e mois consécutif. La plupart expliquent le phénomène par la conjonction d’une faible demande intérieure et d’un marché international atone en Europe et aux Etats-Unis.

Ce fléchissement documenté par un rapport de la banque HSBC, mais contredit par le gouvernement chinois, survenait alors qu’en février, la Chine a enregistré 31,48 Mds de $ de déficit commercial, sa plus mauvaise performance depuis 22 ans. Même si le chiffre traduit en partie une chute saisonnière, son ampleur inhabituelle a alerté les analystes. Elle a provoqué une baisse de la bourse et un recul du Yuan par rapport au Dollar.

Une partie du déficit s’explique par l’augmentation des importations de matières premières notamment de pétrole avec un record en février de 23,64 millions de tonnes, contre une moyenne mensuelle de 20 millions de tonnes en 2011, soit +15%. Les importations de minerai de fer, (64,98 millions de tonnes, +50%), de cuivre (484 569 tonnes +100%), de caoutchouc (150 000 tonnes, +36%) et de soja (3,83 millions de tonnes, +65%) ont également connu des hausses importantes.

Le déséquilibre de la balance commerciale, peut-être du à la constitution de stocks, est cependant survenu alors que les échanges avec les grands partenaires commerciaux de Pékin ont augmenté en janvier et février (avec la Russie :13,5 Mds $ +31,9% ; avec le Brésil : 11 Mds $ +31,9% ; avec l’UE : 79,8 Mds $ +4,7% ; avec les Etats-Unis : 66,05 Mds $ +9,2%). Dans ce contexte, l’UE reste encore le premier partenaire commercial devant les Etats-Unis.

Le 7 mars, Chen Deming, ministre du commerce estimait que les exportations connaîtraient une hausse de 7% en 2012, contre 24,9% en 2011. La plupart des experts considèrent qu’à long terme les exportations n’entreront que de manière marginale dans le calcul du PNB. Selon eux, la période qui avait suivi l’entrée de la Chine dans l’OMC, marquée par une explosion de ses exportations, tire à sa fin.

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• La Chine devient un monde urbain.

En janvier, les statistiques chinoises annonçaient que le total des citadins avait atteint 690,79 millions d’habitants, contre « seulement » 656,56 millions de ruraux. Cette inversion est le résultat d’une accélération de l’exode rural ces 30 dernières années, puisque de 1949 à 1979 la proportion de ruraux n’avait décliné que de 8,36 % (89,36% contre 81 %). L’exode a accompagné les progrès socio-économiques de la Chine.

Selon J.E. Stiglitz, prix Nobel d’économie, le saut technologique aux Etats-Unis et l’urbanisation de la Chine seront les deux facteurs qui modèleront le développement global au XXIe siècle. L’exode rural massif en cours est en effet à la fois porteur d’immenses opportunités et de considérables défis, liés à la nécessité d’un ajustement social (santé, retraite, prise en compte des personnes âgées), aux besoins en capitaux et en technologies, ainsi qu’aux vastes chantiers d’infrastructures urbaines et de logements.

Globalement, l’urbanisation est un des facteurs porteurs de profonds changements sociaux et politiques, exigeant un ajustement urgent du schéma de développement du pays.

• Aide aux PME. Place et rôle des groupes publics.

Le 1er février, le gouvernement, reconnaissant l’importance des PME dans les créations d’emploi, l’innovation et le développement de l’esprit d’entreprise, a annoncé la création d’un fonds d’aide de 2,8 Mds de $.

Cette force de frappe servira à créer un réseau d’institutions financières juridiquement encadrées, échappant aux circuits usuraires et capables de prêter à des taux acceptables. Elle vise à encourager les banques à émettre des obligations à taux fixe destinées à lever des fonds pour aider les jeunes entreprises en mal de cash. Enfin, elle assistera les PME dans leur introduction en bourse et leurs efforts de R&D destinés à améliorer leurs capacités high-tech.

Au total 3000 « centres d’incubation » de PME seront créés. Ils fourniront une série de services et conseils administratifs, fiscaux et financiers et accompagneront la stratégie destinée à assouplir le tissu encore très rigide de l’entreprise en Chine.

La politique, qui sera appuyée par des allègements fiscaux importants (réduction de la TVA et des taxes sur les profits) s’inscrit dans la stratégie générale visant à redéfinir le rôle et la place des grands groupes publics dans l’économie chinoise, évoqués dans le rapport de la Banque Mondiale « China 2030 ». Ce dernier recommande que les entreprises publiques se recentrent sur la production de biens publics et que leur gestion s’appuie désormais sur des standards de transparence et de gouvernance internationaux.

Il est évident que la stratégie de rééquilibrage public-privé ne pourra pas faire l’impasse d’une réforme du secteur financier permettant, entre autres, un meilleur accès au crédit pour les PME et la remise en cause des prébendes passe-droits et avantages dont bénéficient largement les banques et les entreprises publiques (monopoles, exemption de taxes, opacité dans la rémunération des actionnaires, accumulation de créances douteuses).

• Hausse des prix des carburants.

Le 20 mars dernier la Commission Nationale pour la Réforme & Développement (CNRD) a appliqué la plus forte hausse du prix des carburants depuis trois ans. La manœuvre, qui répercute la hausse mondiale des prix du brut (17% depuis décembre) a été possible grâce au ralentissement de l’inflation.

L’annonce, qui obéit aussi à une exigence de vérité des prix promise par le gouvernement, et réclamée par les raffineurs, a cependant été accompagnée par des mesures de compensation pour les chauffeurs de taxi et les agriculteurs.

Le prix du gasole a été augmenté de 7% et celui de l’essence de 6,5%. Une hausse de 4% avait déjà eu lieu le 8 février dernier. Aujourd’hui, l’essence est à 1,17 $ le litre, le gasole à 1,22 $.

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2 . Finances.

• Les banques étrangères pourront prêter plus.

Selon la Commission pour la Réforme et Développement le quota de prêts autorisés pour les banques étrangères sera élargi, en tenant compte de la taille des emprunts et en fonction des avoirs des banques en biens immobiliers ou d’équipements en Chine.

Aujourd’hui la Chine contrôle toutes les dettes externes contractées par les particuliers ou les sociétés, y compris les emprunts effectués à des organismes financiers situés hors de Chine. La décision signale un assouplissement à la marge du contrôle du capital. A la fin de 2011, les prêts accordés par des institutions financières étrangères se montaient à 58 Mds de $. Une goutte d’eau dans l’océan des crédits.

• Profits des banques.

Selon la commission de régulation bancaire, en 2011, les profits des banques chinoises ont atteint des sommets inégalés, dépassant 150 Mds de $. La plupart des profits, en hausse de 36% en un an, sont générés par des intérêts à 3%.

Mais, du fait de la rigidité du système financier et de l’inexistence ou de la fragilité de l’assurance crédit, les prêts vont en priorité à des emprunteurs garantis par l’État, et très rarement à des petites et moyennes entreprises. Cette situation produit un assèchement du crédit disponible pour les PME, favorise l’accumulation des créances douteuses dans les grandes banques publiques et la prolifération des prêteurs incontrôlés pratiquant des taux usuraires mettant en difficulté les petits entrepreneurs.

• Baisse des réserves de change. Réduction de l’exposition au Dollar.

Pour la première fois depuis la crise asiatique de 1998, les réserves de change de la Chine ont légèrement baissé. Alors qu’elles étaient de 3200 Mds de $ en septembre 2011, elles se montaient à 3180 Mds de $ le 31 décembre 2011. La tendance s’accompagne d’une fuite des capitaux estimée à 34 Mds de $ au 3e trimestre 2011, qui aboutit à une baisse de la pression à la réévaluation du Yuan. Dans ce contexe, il est probable qu’en 2012 le taux d’appréciation de la monnaie chinoise ralentira.

Parallèlement, les statistiques du Trésor américain indiquaient que la part en Dollar des réserves chinoises, qui était de 74% en 2006, était tombée à 54%, le niveau le plus bas depuis 10 ans. Cette tendance traduit la volonté de la Chine de se libérer de sa dépendance au Dollar. Elle ne rend cependant pas compte des prises d’intérêt en Dollar par des voies opaques. Elle s’accompagne d’une stratégie de diversification vers l’Euro, dont l’ampleur n’est cependant pas connue et estimée entre 15 et 20% des réserves de change de la Chine (450 à 650 Mds d’€).

• Convertibilité du Yuan.

La Chine a pris des mesures destinées à faciliter l’utilisation de sa monnaie dans les transactions commerciales bilatérales avec 14 pays – les derniers en date étant la Turquie et l’Australie -.

Mais l’accord, de loin le plus remarquable, a été signé avec le Japon lors de la visite en Chine du Premier Ministre japonais Noda, en décembre 2011. L’arrangement entre la 2e et 3e économie mondiale est en effet tout sauf marginal puisque les échanges bilatéraux annuels se montent à 340 Mds de $ (+300% en dix ans), qui, désormais, échapperont au Dollar américain.

Par ailleurs, l’accord autorise le Japon à acheter des obligations chinoises en RMB, une décision qui signale, entre autres, le besoin crucial de capitaux en Chine et qui participera, accessoirement, à la hausse du RMB. En même temps, la multiplication des opérations commerciales hors Dollar contribue à réduire l’empreinte de la monnaie américaine et son influence, même si le RMB n’est pas convertible.

Toutefois, depuis l’inauguration de la stratégie des échanges libellés en Yuan en 2009, le total des opérations en monnaie chinoise ne représente que 400 Mds de $ (source Banque de Chine), soit 6% du total des échanges de la Chine. En réalité, Pékin hésite encore à prendre la décision radicale d’une convertibilité totale et, même si l’influence du Dollar diminue irrésistiblement, la perspective que le Yuan le remplace comme monnaie de réserve est encore très éloignée. Notamment parce que la Chine continue à contrôler étroitement les mouvements de capitaux.

Officiellement, il s’agit de lutter contre le blanchiment d’argent, la spéculation et la fuite de capitaux. En réalité, la libéralisation du capital, capable de fluidifier une situation économique encore étroitement sous contrôle, effraye toujours le pouvoir politique. La banque centrale surveille strictement les mouvements de capitaux et fixe chaque jour le taux de change du Yuan, enfermant sa marge de fluctuation dans les limites très étroites de plus ou moins 0,5%.

Zhou Xiaochuan, Président de la Banque de Chine, qui milite pour la reconnaissance du RMB comme monnaie de réserve, a récemment assuré que cette marge serait élargie, tandis que le 22 février, il faisait publier par ses services un rapport décrivant une stratégie de relâchement des contrôles du capital. Ce document faisait suite à un autre de la CNRD, publié le 30 décembre 2011, présentant un plan sur cinq ans visant à faire de Shanghai une place financière internationale en 2015.

Mais, en ces périodes d’hésitations politiques et économiques, rien n’indique que le pouvoir central soit en mesure de créer un consensus autour de ces mesures qui paraissent risquées à la plupart des décideurs.

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3. La Chine et le Monde.

• Forum économique de Lingnan.

La première session du forum économique de Lingnan, destiné à des échanges de vues sur l’adaptation du schéma de développement de la Chine, a eu lieu, à Canton, le 25 mars à l’Université Sun Yat-sen. Plusieurs passes d’armes ont opposé quelques patrons privés aux pouvoirs publics.

Zhong Shan, le vice–ministre du commerce, répétant la position du gouvernement, d’ailleurs reprise lors du sommet des BRICS à New-Delhi le 29 mars, a expliqué que la Chine était forcée de jouer un jeu dont les règles avaient été établies par les pays occidentaux. Dans ce contexte, a t-il ajouté, Pékin sentait la pression de tensions commerciales croissantes et se trouvait prise en étau.

Alors que la Chine avait en 2011 contribué à 10,8% du commerce mondial, les pays développés dressaient des obstacles à la participation des sociétés chinoises au secteur des énergies vertes et des hautes technologies. Dans le même temps, elle était confrontée à la concurrence de pays comme le Vietnam et l’Indonésie, dont les coûts de production étaient plus bas.

En réponse, plusieurs hommes d’affaires chinois ont critiqué les complications administratives posées par les autorités chinoises, locales et centrales, qui gênent l’expansion des PME chinoises à l’étranger. Ils ont également demandé aux banques de se mettre en mesure d’appuyer les entreprises privées dans leurs projets de développement à l’étranger.

• Baisse des IDE [1] occidentaux en Chine. Augmentation des IDE chinois.

En février la Chine enregistrait pour le 4e mois consécutif une légère chute des investissements directs étrangers (IDE). Ce recul a mis la situation du crédit sous pression et obligé la banque centrale à baisser le taux de réserve obligatoire des banques.

Au cours des 2 premiers mois de 2012, les capitaux américains investis en Chine n’ont augmenté que de 0,87 % pour atteindre 525 millions de $, ceux de l’UE ont baissé à 906 millions de $ (-33,3%) par rapport à janvier, février 2011. En revanche ceux des partenaires asiatiques de la Chine (Japon, Corée, Taïwan, Hong Kong + ASEAN) ont augmenté de 2,66 % pour atteindre 15,4 Mds de $.

Dans le même temps et dans les 3 premiers mois de 2012, les IDE chinois ont augmenté de 41,1% par rapport à 2011 pour atteindre 7,4 Mds de $. Cette tendance s’inscrit dans la stratégie destinée à réduire les excédents courants, alléger la pression à la réévaluation du Yuan, à quoi s’ajoutent la quête de technologies nécessaires à la modernisation du secteur industriel et la recherche de marchés, par l’accès aux réseaux de ventes et de distribution des groupes occidentaux en difficulté, dont les sociétés chinoises font l’acquisition.

• SINOPEC aux Etats-Unis. Petro China au Canada. CNPC en Afghanistan.

En Janvier 2012, le Groupe SINOPEC a racheté à l’Américain Devon 30% de ses parts dans 5 gisements de gaz et de pétrole de schiste aux Etats-Unis, pour 2,5 Mds de $ (dont 900 millions cash) qui lui donneront le droits de creuser 125 puits d’exploration en 2012.

Presqu’en même temps, Petro China a conduit une opération similaire au Canada pour acquérir la totalité des droits sur le champ de sables bitumeux de Mackay River, dont le groupe chinois possédait déjà 60% des parts. En février, la CNPC, société mère de Petro China avait obtenu une autorisation d’exploration en Afghanistan.

Selon une synthèse réalisée par Bloomberg, en 2011, les compagnies chinoises ont engagé 18,3Mds de $ dans des opérations d’exploration et d’extraction d’hydrocarbures.

• Taxe carbone. Bras de fer avec l’UE.

La décision prise en janvier par l’UE de taxer les émissions de carbone des compagnies aériennes mondiales a soulevé l’opposition de la Chine appuyée par les Etats-Unis, la Russie, l’Inde, et l’Association Internationale du Transport Aérien (IATA). La controverse, qui s’est déjà traduite en une menace chinoise et indienne de boycotter Airbus, risque de se transformer en une guerre commerciale planétaire.

La querelle, compliquée par des intérêts commerciaux et une vision hypocrite des risques de pollution, avant tout soumise à des impératifs de profits, est significative des arrière-pensées, non dits et échecs d’une politique globale de l’environnement, entrée en catalepsie après la conférence en demi teinte de Durban qui avait reporté à 2020 l’adoption de mesures efficaces.

Récemment, l’ambassadeur de l’UE, l’allemand Markus Ederer, a mis les pieds dans le plat en ciblant la mauvaise foi des réticences anti-européennes, tout en ouvrant la porte à un compromis qui pourrait exempter de la taxe mise en place par Bruxelles ceux des pays qui prendraient des « mesures équivalentes » en terme de réduction de pollution : « en comptant les dispenses obtenues grâce aux « mesures équivalentes », le coût additionnel par passager sur un vol Pékin – Bruxelles serait de 2,70 $. Je laisse à votre appréciation s’il s’agit là d’un prix trop important à payer pour sauver la planète ».

L’initiative européenne très critiquée a pourtant une base légale, puisqu’un jugement de la Cour européenne de justice a, en décembre 2011, débouté plusieurs compagnies américaines qui refusaient la taxe au motif que les gaz émis hors espace européen ne pouvaient pas faire l’objet d’une taxe européenne et que l’application de la taxe sur les carburants était interdite.

Mais l’IATA, qui représente 240 compagnies aériennes, avance que la taxe induirait un manque à gagner total de 900 millions d’€ en 2012 et 2,8 Mds d’€ en 2020.

A bien des égards cette controverse, sur fond de préoccupations mercantiles, est emblématique des défis qui compliquent les solutions aux problèmes d’environnement. Elle souligne aussi l’isolement de l’UE dont les efforts en faveur de l’environnement ont souvent été unilatéraux.

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• Terres rares. Les Etats-Unis, le Japon et l’UE contre la Chine.

Washington, Tokyo et Bruxelles ont, à la mi-mars, déposé une plainte à l’OMC contre la Chine, l’accusant d’avoir imposé des quotas à ses exportations de terres rares, qui entrent dans la composition de nombreux produits et équipements high-tech, allant des véhicules hybrides, à certains armements, en passant par les écrans plats , les téléphones portables et les systèmes optiques des caméras et appareils photo.

Si aucun arrangement n’était trouvé, l’affaire pourrait aller en justice à l’OMC, avec à la clé des sanctions contre Pékin. Il reste que la controverse se nourrit de beaucoup d’hypocrisies. S’il est vrai que la Chine s’est taillée un monopole, elle n’a pu le faire que parce que les autres pays producteurs (Australie, Etats-Unis, Brésil, Inde) ont cessé d’exploiter leurs mines, devenues non rentables, du fait des bas prix pratiqués par la Chine aux dépens de son environnement et de la santé des mineurs comme des populations limitrophes.

Depuis 2010, Pékin, mettant à profit ce monopole, fait pression à la fois sur les volumes exportés et sur les prix. Entre 2005 et 2009, la Chine tenta même de prendre le contrôle des réserves américaines et australiennes. Mais l’achat d’UNOCAL propriétaire Molycorp, exploitant la plus grande mine américaine de terres rares à Mountain Pass en Californie, fut bloqué par Washington. Quatre années plus tard, c’était au tour de Sidney de bloquer l’acquisition par un minéralier chinois de la société Lynas, propriétaire de la mine de terres rares de Mount Weld au sud-ouest de l’Australie.

S’il est vrai que, comme l’indiquent les deux velléités décrites ci-dessus, la tentation de construire un monopole incontournable a existé dans certains cercles en Chine, il n’est pas moins exact que les quotas imposés aujourd’hui par Pékin correspondent à une exigence de remise en ordre du secteur, que les exploitations sauvages ont rendu chaotique et dangereusement polluant, sans compter qu’au rythme actuel de production, les gisements seront épuisés dans 35 ans.

(Lire aussi notre article « Terres rares. La face cachée du monopole chinois ».)

• Accord Chine – Japon – Corée.

Le 22 mars, Tokyo, Pékin et Séoul ont conclu une négociation commerciale qui pourrait conduire à un accord de libre échange, que les deux parties évoquent déjà depuis 2007. Un accord de ce type protégerait la propriété intellectuelle des sociétés japonaises et coréennes opérant en Chine et faciliterait encore plus l’accès des produits chinois aux marchés japonais et coréen.

Toutefois, les négociateurs devront surmonter les craintes des producteurs japonais et coréens face à l’invasion possible des produits chinois moins chers. Une négociation devrait se tenir en mai pour avancer sur les secteurs les plus sensibles et définir les secteurs à protéger.

Pour Pékin l’accord, qui complèterait celui déjà conclu avec les 10 pays de l’ASEAN et Taïwan constituerait un contrepoids de taille au projet américain d’accord transpacifique.

• Chine – Indonésie. Chine – BRICS.

La visite en Chine du président indonésien Susilo Bambang Yudhoyono du 22 au 24 mars a donné lieu à la signature d’accords de coopération et d’investissements pour 17,5 Mds de $, dans les secteurs minier, hydroélectrique, de l’acier, de l’agriculture et du textile. Des coopérations sont envisagées dans les domaines du tourisme, des ressources marines, de la lutte contre les trafics de drogue.

Le 29 mars les chefs d’état des BRICS (Inde, Chine, Brésil, Russie, Afrique du Sud) se rencontraient pour la 4e fois à New Delhi. Les déclarations ont évoqué la possibilité de créer une « banque de développement sud-sud » sur le modèle de la banque mondiale et la nécessité d’une plus grande solidarité face « aux politiques monétaires injustes des pays développés ». Tous les 5 réclament un meilleur accès aux capitaux et la réforme des institutions de gouvernance mondiale créées après la 2e guerre mondiale.

Il reste que les 5 pays, différents par beaucoup d’aspects, avec éventuellement de sérieux contentieux entre l’Inde et la Chine (question du Dalai Lama, et de frontières) ou, à un niveau moindre, entre la Chine et le Brésil, ce dernier ayant fortement critiqué la sous évaluation du Yuan, auront du mal à trouver des stratégies économiques communes, tant leur modèle de développement sont différents.

Alors que la Russie et la Chine ont des balances courantes fortement excédentaires, soit grâce à la rente des hydrocarbures pour Moscou, soit du fait d’une politique fortement mercantiliste pour Pékin, le Brésil et l’Inde souffrent de déficits chroniques, compris entre 50 et 60 Mds de $. Tandis que l’Afrique du Sud est, contrairement à la Chine, un des pays du monde dont le système financier est le plus ouvert. Elle est, en revanche, de taille modeste, par rapportaux autres et souffre de graves déficits d’investissements et d’une pauvre capacité d’innovation.

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4. Chine – France – Allemagne – Europe

• Commerce Chine – France.

(Source Mission économique et financière. Pékin). Les exportations françaises vers la Chine augmentent 3 fois plus vite que celles vers le reste du monde. Pourtant l’année 2010 s’était conclue sur un déficit commercial record de la France avec la Chine de 26,4 Mds d’euros, du fait de l’augmentation des importations chinoises en France (+23,5%).

Cette situation s’est renouvelée en 2011 et le déficit perdure pour les mêmes raisons. Les ventes chinoises en France augmentent plus vite.

La part de l’aéronautique, qui est aussi, avec Airbus, un produit d’exportation espagnol et allemand, reste prépondérante dans l’export français (presque 30%). En 2011, 36 A320 ont été livrés par la chaîne d’assemblage final de Tianjin (contre 25 en 2010).

La croissance de +22,4 % des exportations françaises repose, dans l’ordre, sur l’aéronautique, la chimie, les vins et spiritueux, les équipements électroniques - composants, équipements télécoms et instrument de mesure, d’essais et de navigation, les produits agro-alimentaires, et l’automobile, avec 75% de pièces détachées et 17 400 véhicules exportés depuis la France. A noter une nouvelle baisse de 72% des exportations de matériels de transport ferroviaire, qui signale l’échec de la stratégie imprudente de transferts de technologies en échange de parts de marché en Chine.

Les importations de produits chinois en France restent principalement tirées par trois secteurs : les équipements électroniques (ordinateurs, téléphones, composants, textile, équipements électriques - transformateurs, éclairage et électroménager -).

On constate aussi un rebond des exportations de produits chimiques, tirées par la chimie de base (organique comme minérale) et la progression de la chimie du plastique. En revanche les produits de santé accusent une baisse (-15,1%) avec la diminution des importations de produits pharmaceutiques de base.

Selon les statistiques chinoises, la part de marché française en Chine se situe à 1,27% en 2011 (par rapport à 1,23% en 2010), soit 4 fois inférieure à la part de marché allemande à 5,33%.

• Relations Chine – Allemagne – Autriche.

C’est la Chine qui, en 2011, a été le premier investisseur en Allemagne. Juste retour des choses, puisque l’Allemagne détient depuis longtemps le record européen des parts de marché en Chine. La Chine, avec 158 projets a dépassé les Etats-Unis (110), la Suisse (91 projets) et la France (53 projets). Depuis 2008, le nombre de projets chinois en Allemagne a été multiplié par plus de 10. 10% d’entre eux seulement sont de nature industrielle.

En janvier le groupe chinois Sany, fabricant de grues et d’engins lourds de construction, associé à CITIC a racheté l’Allemand Putzmeister, fabricant de pompes à béton pour une valeur totale de 500 millions de $, dettes de la société allemande comprises. Sany détient 90% des parts et CITIC 10%. Le PDG de Sany, Lian Wengen, explique qu’il fera de Stuttgart, où se trouve l’état-major de Putzmeister, son PC international.

La société allemande, n°1 mondial des pompes à béton, appartenait à son fondateur Karl Schlecht (79 ans) et à sa famille. Elle emploie 3000 ouvriers et avait publié un bilan 2011 légèrement positif avec 1,5 million d’Euros de profits. En 2010 les revenus de Sany qui emploie 70 000 employés étaient de 4 milliards de $.

Fin mars, le groupe Hebei Lingyun Industrial Group Corporation, filiale de NORINCO, produisant des armes et des équipements militaires, a racheté la firme allemande Kiekert fabricant de systèmes de fermetures pour automobiles.

Le 28 février, Sany et l’autrichien Palfinger, fabricant d’engins de levage hydraulique, ont conclu une JV 50/50. Les deux sociétés partageront la R&D et prévoient de se faciliter l’accès à leurs marchés respectifs. L’opération donnera à Sany l’accès aux marchés de Palfinger en Europe, sur le continent américain et en Russie. Il n’est pas certain que la firme autrichienne obtiendra les mêmes facilités d’accès sur le marché chinois.

Derrière ces initiatives, reprises ou JV, on perçoit la stratégie chinoise de quête de technologies avancées et de parts de marchés dans les pays développés (cf. plus haut).

Plutôt que vers les fonds souverains ou l’achat de la dette européenne, les capitaux chinois se sont tournés récemment vers les achats d’actifs économiques dans le secteur du transport – logistiques (ports en Grèce et en Italie), l’énergie (Energias de Portugal, 20% achetés par le groupe des Trois Gorges ; GDF – Suez, dont 30% du capital de la branche exploration production a été achetée par CIC, le fonds souverain chinois), l’automobile (Volvo racheté par Geely en 2010), le luxe, (Sonia Rykiel racheté par des capitaux Hong-Kongais).

Le rachat de l’Allemand Putzmeister, et la JV avec Palfinger par le géant protéiforme de la construction Sany, lié aux pouvoirs publics chinois, en dépit des affichages de société privée, complètent cette liste. Les manoeuvres qui s’inscrivent logiquement dans les stratégies chinoises de développement technologique, sont cependant encore loin des conquêtes irrésistibles décrites par la presse occidentale.

Le stock total des investissements chinois en Europe ne représente que 5% du total des investissements chinois. Il compte pour moins de 5% du stock des IDE en Europe.

Note(s) :

[1investissements directs étrangers

 

 

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