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Le Cambodge sous influence

Sur le chemin du retour de New-Delhi, où il avait assisté à la 4e réunion des BRICS, le 29 mars, le Secrétaire Général du Parti Communiste chinois, Hu Jintao s’est arrêté quelques jours à Phnom-Penh, à la veille de l’ouverture le 3 avril du sommet de l’ASEAN, dont le Cambodge assume la présidence en 2012.

La visite du Président chinois a donné lieu à un long communiqué commun, non seulement sur le renforcement de la coopération économique, mais également sur l’élargissement des liens de sécurité (lutte contre le terrorisme, les trafics d’êtres humains et de drogue), l’approfondissement de la coopération militaire « dans tous les domaines », et la promotion sans réserve du Code de conduite en Mer de Chine, avec cependant un parti pris cambodgien pour la solution chinoise de négociations bilatérales, plutôt que multilatérales.

Enfin, à cette occasion, Phnom-Penh et Pékin ont convenu que 2013, 55e anniversaire des relations diplomatiques, sera l’année de « l’amitié sino-cambodgienne », au cours de laquelle seront organisées de nombreuses activités d’échanges culturels et politiques.

Mais le crochet de Hu Jintao au Cambodge a fait resurgir les débats sur le poids grandissant de la Chine dans le Royaume.

Polémique antichinoise.

Le passage du Président chinois, à la veille du sommet de l’ASEAN, a déclenché une vive controverse parmi les commentateurs et de la part des Philippines, qui mettaient en doute « l’impartialité » du pays hôte, accusé d’être « inféodé » à la Chine. Le 31 mars, l’agence Reuter publiait une note indiquant que Hu Jintao aurait demandé au Premier Ministre cambodgien de ne pas favoriser les débats entre les membres à propos de la Mer de Chine, objet de vives controverses entre Pékin et plusieurs pays de l’association, dont les Philippines et le Vietnam.

Le 2 avril, le journal anglophone Cambodia Daily publiait un commentaire du Dr Lao Mong Hay. Ce dernier, formé au Royaume Uni, habituellement critique du rapprochement avec Pékin, dont il dénonce le rôle décisif dans la montée en puissance des Khmers Rouges, indiquait que « la conférence serait utilisée par la Chine pour promouvoir, par la voix de Phnom-Penh, ses propres intérêts géostratégiques ».

Il ajoutait « certains pays de l’ASEAN perdront confiance dans la capacité du Cambodge à tenir de manière neutre son rôle de Président, alors que, précisément, plusieurs capitales avaient l’intention de faire valoir leurs inquiétudes sur les prétentions chinoises ». La dépêche de Reuter et les commentaires prenaient le contrepied des déclarations officielles, tandis qu’au cours d’une conférence de presse, le Premier Ministre cambodgien s’en prenait violemment au Dr Lao Mong Hay et au journal Cambodia Daily, niant toute ingérence chinoise.

Polémique mise à part, les échanges de soupçons et d’invectives entre les journalistes, les observateurs et le gouvernement de Phnom-Penh, furent relayés par des déclarations du ministre des Affaires étrangères de Manille. Très critique des intentions chinoises, Albert Del Rosario, insista dès l’ouverture du sommet pour l’adoption par les états membres, et sans la Chine, d’une position commune sur un très improbable code de conduite ayant force de loi en Mer de Chine du Sud : « nous espérons que les pourparlers iront vraiment de l’avant, pas seulement dans la forme, mais également en substance ».

Enfin, comme pour aggraver le début de fracture, reflet des contrastes entre les situations de politique intérieure des états membres, placés sous l’ombre portée de la Chine, le 3 avril, l’Indonésie et les Philippines boycottèrent la première réunion sur les droits de l’homme. Ils entendaient ainsi protester contre le contrôle des ONG et de la société civile par plusieurs gouvernements de l’ASEAN, qui souhaitaient édulcorer quelques uns des problèmes les plus graves dont sont victimes les populations de la région.

A cet égard, les ONG choisies par le gouvernement de Phnom-Penh, évitèrent de mentionner les atteintes aux droits de l’homme au Cambodge dues aux cessions de terres aux groupes agro-industriels, dont plusieurs sont Chinois. Quant aux autres organisations plus critiques et moins dociles, elles furent purement et simplement interdites de réunion.

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Retour des congrégations chinoises. La nouvelle alliance sino-khmère.

Le rapprochement entre Phnom-Penh et Pékin s’inscrit depuis 1992 dans un contexte radicalement différent de celui qui prévalait dans les années du protectorat, au temps de Sihanouk, sous Lon Nol, puis pendant la période Khmère Rouge. D’abord confinés dans des rôles d’intermédiaires par les Français, tenus à distance par Sihanouk, ostracisés par le régime de Sirik Matak, harcelés et massacrés par les Polpotistes (200 000 morts selon Steve Heder spécialiste des KR), qui les identifièrent à des « citadins corrompus », à détruire ou à rééduquer, enfin sévèrement tenus en marge par les Vietnamiens, les Chinois occupent depuis le début des années 90 des positions de plus en plus influentes au Cambodge.

Après les 11 années de présence militaire vietnamienne, les accords de Paris de 1991 changèrent en effet la donne. « Le règlement global de la question cambodgienne » mettait un point final à une période ponctuée par la guerre de résistance larvée contre l’occupant, menée en priorité par les unités khmères rouges résiduelles armées par la Chine et la communauté internationale – Américains et Européens compris -, sous couvert d’une aide aux trois factions anti vietnamiennes, dont en réalité seuls les Khmers Rouges opéraient efficacement en territoire cambodgien.

Le régime du Parti du Peuple cambodgien qui, après le bref épisode démocratique inauguré par les élections onusiennes de 1993, n’a cessé de se renforcer pour tendre lentement vers une situation de monopole politique, a, dès 1991, favorisé la renaissance de la société chinoise d’avant le protectorat, autour des congrégations correspondant aux origines géographiques des communautés (Françoise Mengin. Les études du CERI n°133, février 2007).

Alors que les relations entre le Parti du Peuple et le PCC prévalent désormais sur celles traditionnelles nouées dans les années 70 par Zhou Enlai avec la famille royale khmère, aujourd’hui elle-même marginalisée et réduite au rang de faire valoir par Hun Sen, l’intérêt commun du Parti Communiste chinois et du Parti du Peuple, désormais directement en contact l’un avec l’autre, est double. Les deux souhaitent en effet faire oublier leur relation avec le régime Khmer Rouge pour se concentrer sur le développement économique.

A cet égard, l’opposition arc-boutée du Premier Ministre Hun Sen à toute mise en accusation de nouveaux suspects au tribunal hybride de Phnom-Penh, où sont actuellement jugés trois des plus hauts dirigeants du régime polpotiste, correspond parfaitement aux vœux de la direction de Pékin. La Chine moderne souhaite en effet tourner la page de l’appui consistant et inconditionnel qu’elle avait accordé aux radicaux meurtriers du Kampuchea Démocratique, y compris aux pires moments des meurtres de masse de 1975 à 1978.

Dès lors, la coopération économique de la Chine n’a cessé de s’amplifier accompagnant la consolidation du pouvoir du Parti du Peuple, grâce à l’appui d’un réseau d’hommes d’affaires chinois et sino-khmers connectés à l’oligarchie au pouvoir, elle-même contrôlée par d’anciens cadres khmers rouges de la Zone Est, mis en place en 1979 par Hanoi.

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L’activisme irrésistible de la Chine.

L’affaiblissement progressif de l’état de droit, où plus aucune des institutions qui sont la marque de la démocratie n’est indépendante ( l’appareil judiciaire, le conseil supérieur de la magistrature, le pouvoir législatif, la commission électorale sont aux ordres), et où les voix critiques de la société civile sont progressivement placées sous contrôle, selon un schéma qui rappelle la priorité absolue conférée à l’exigence de stabilité politique par le Parti communiste chinois, créent un contexte où Pékin évolue comme un poisson dans l’eau, transformant progressivement le pays en une excroissance économique, qui s’inscrit, tout comme le Myanmar, dans sa stratégie de développement de ses provinces du sud et du sud-ouest.

Comme l’avait fait en 1965 le Prince Sihanouk, le Parti du Peuple et Hun Sen se tournent résolument vers la Chine. Cette fois le système de pouvoir cambodgien devient, sous couvert de démocratie, une réplique du schéma chinois, gouverné par l’emprise de puissantes connexions affairistes, à la fois moteurs de la croissance et citadelles qui protègent les intérêts acquis des familles et des clans.

Depuis 2004, la Chine est le premier investisseur au Cambodge. Selon l’agence Xinhua, de 1994 à 2011 le stock des investissements chinois cumulés s’élève à 8,8 Mds de $, soit près de 25% du PNB du pays, en hausse très rapide. Au cours de la seule année 2011, ils ont augmenté de 72% (chiffres officiels cambodgiens) et leur montant est désormais deux fois supérieur à ceux de la Corée (2e investisseur avec 4 Mds de $) ou de l’Union Européenne (n°3 avec 3,6 Mds de $), très loin devant les investissements américains ou japonais, dont les stocks cumulés sont respectivement 30 et 60 fois moins importants que ceux de la Chine.

Les points d’application des engagements chinois sont multiples. Appuyés par des prêts à faible taux, ils se veulent non seulement une assistance au développement dans les domaines de l’infrastructure, des transports, de l’énergie, des télécom, de la conservation hydrique, mais également un appui aux entreprises chinoises le plus souvent publiques, agissant sous une couverture privée, dans les secteurs des mines, de l’agriculture et du tourisme.

Les entreprises chinoises sont en effet parmi les plus grands bénéficiaires des concessions agro-industrielles, minières ou touristiques que le Cambodge a, au cours des années, cédées à des investisseurs étrangers. Leur surface totale est aujourd’hui estimée à plus de 4 millions d’hectares, soit 22% de la superficie du pays, supérieure à celle de la Belgique. Elle s’élargit rapidement puisque le total des surfaces allouées à été multiplié par 6 en 2010 et 2011.

A cet égard, la concession de 34 000 hectares, attribuée à une société immobilière de Tianjin dans le parc national protégé de Botum Sakor, au sud de Koh Kong, dans le Sud-ouest du pays, mérite une attention particulière. En contradiction avec la loi foncière du Cambodge qui interdit les concessions dépassant 10 000 hectares, elle a bénéficié d’un aménagement légal par le truchement d’un décret royal en 2008.

Dans cette ancienne jungle sauvage, le paysage se transforme au rythme des engins de terrassement sur le point d’achever une voie rapide de 64 km ouvrant l’accès à un zone de loisirs chinoise, comprenant casinos et boîtes de nuit, dont l’entrée est désormais protégée par l’armée royale et la gendarmerie cambodgiennes. Les projets du groupe chinois, qui prévoit d’engager près de 4 Mds de $ dans cette aventure, sont pharaoniques et comportent un port pour bateaux de croisière et un aéroport, en même temps qu’un barrage hydroélectrique à construire sur une autre concession de 9 000 hectares.

Cette politique d’attribution de terres, par le truchement de baux emphytéotiques de 99 ans, à l’œuvre à grande échelle dans le Cambodge, et source de revenus occultes de l’oligarchie, menace l’équilibre social et environnemental du pays, encore en grande partie agraire, où les revenus de plus de 70% de la population dépendent encore de la terre. Dans le cas présent, elle affecte les activités traditionnelles de pêche de centaines de familles, marginalisées par les évictions, sans compensation équitable.

Alors que les populations déplacées commencent à donner de la voix, critiquant l’activisme économique des groupes chinois encouragés par la classe politique au pouvoir, le risque existe que se cristallise un sentiment antichinois, homothétique de celui qui se développe aujourd’hui au Myanmar autour de la construction du barrage de Myistone et des pipelines reliant le golfe du Bengale au Yunnan.

Pékin favorise dans son arrière cour traditionnelle un schéma de développement, lui-même aujourd’hui contesté en Chine par une partie de la classe politique qui critique les investissements massifs d’infrastructure et de projets industriels ou touristiques, favorisant une corruption massive, au détriment des exigences sociales de la santé, de l’éducation, et de l’aide aux défavorisés ou aux personnes âgées.

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Notes de contexte.

L’ASEAN, arrière cour de la Chine, contestée par Washington.

Les pays de l’Asie du Sud-est ont été soumis au cours de l’histoire et de manière variable, dans le temps et dans l’espace, aux influences contradictoires de l’Inde et de la Chine. Ce contraste est toujours visible sur le « promontoire indochinois », où cohabitent la démarche plus ancienne de l’Inde, théologique et symbolique (dont la forte rémanence est encore visible) et la démarche chinoise, sociopolitique et commerciale, évidente au Vietnam, mais également présente partout ailleurs dans la région, par le biais de la diaspora, notamment dans l’espace urbain.

A plusieurs reprises dans l’histoire, le poids de l’Empire chinois s’est fait sentir jusqu’aux confins de la Mer de Chine du Sud, notamment lors des expéditions de l’Amiral des Ming Zheng He, au XVe siècle. Mais stricto sensu, hormis le Vietnam, l’Asie du Sud-est ne fait pas partie de la zone sinisée. Avec l’Asie du Sud, elle est répertoriée par les experts comme un ensemble de pays ayant éventuellement payé un tribut à la Chine, mais aussi placés sous d’autres influences culturelles, bouddhistes, islamiques et chrétiennes.

Auxquelles s’ajoutent les périodes d’influence politique occidentale lourde tout au long des intervalles coloniaux hollandais, portugais, espagnols, britanniques, français et américains, qui fondent un ensemble vaste et disparate, cherchant son improbable unité au sein de l’ASEAN, à l’ombre des influences contraires de la Chine et des Etats-Unis.

Depuis sa création en 1967, où elle était une coalition anti-communiste, instrument des Etats-Unis contre la Chine et le Vietnam, la situation de l’ASEAN a bien évolué. Aujourd’hui, elle apparaît, après bien des péripéties , comme un des points d’application de la politique chinoise d’ouverture au monde, matérialisée par l’adoption d’un traité de libre échange, entré en vigueur en janvier 2010 pour les 6 pays les plus avancés et reporté en janvier 2015 pour les 3 pays de la péninsule indochinoise et le Myanmar.

La différence des niveaux de vie et de développement entre les pays, leur histoire, leur culture, leur positionnement plus ou moins proche de la Chine ou des Etats-Unis, constituent autant d’obstacles à une unification de la zone, dans un contexte où plusieurs pays, dont les Philippines, s’interrogent sur l’intérêt pour eux d’avoir ouvert leurs frontières aux produits chinois, dont l’avalanche créé un important déséquilibre de leur balance courante et fragilise les entreprises locales.

Comme en Afrique, la stratégie de pénétration de Pékin dans la zone, est ciblée. Très en pointe pour le commerce, la Chine est en général moins bien placée pour les investissements, puisqu’avec moins de 5% du stock, elle est loin de l’UE (18%) et du Japon (13%). Mais, adepte d’une politique clientéliste, elle concentre ses efforts sur des pays choisis pour leur faible résistance à la pénétration de ses affaires, qui ne s’encombrent pas d’appels d’offres, de critères de transparence, de bonne gouvernance, de responsabilité sociale ou de respect de l’environnement.

Après avoir focalisé ses engagements financiers et industriels sur le Myanmar, son objectif est aujourd’hui le Cambodge où son stock d’investissements atteint 12 Mds de $ en augmentation rapide, loin devant la Corée du sud à 4 Mds de $ et le Vietnam à 2 Mds de $. Dans le paysage politique cambodgien où la démocratie parlementaire recule, la Chine, dont le système rejette absolument le multipartisme, l’indépendance de la justice et la séparation des pouvoirs, évolue comme un poisson dans l’eau.

Son activisme économique et financier, outil de sa recherche clientéliste, facilité par la collusion entre l’oligarchie et les affaires, véhicule aussi une influence politique autoritariste et répressive, qui déteint d’autant plus facilement sur le pouvoir cambodgien, héritier direct des Khmers Rouges et du Vietnam, que la culture démocratique de ce dernier est superficielle et fragile.

Au centre de cet espace contrasté se trouve une Méditerranée asiatique, à la surface comparable à notre Mare Nostrum, voie de passage de 60% de tous les hydrocarbures transportés sur la planète par voie maritime, de 85% des approvisionnements en énergie des trois états de l’Asie du Nord-est (Chine, Japon, Corée) et de 30% du commerce entre les pays de l’ASEAN et l’Asie du Nord-est.

Elle est aujourd’hui au cœur des tensions entre Pékin, qui la revendique en totalité, et plusieurs pays de l’ASEAN qui tentent d’y faire valoir leurs droits, encouragés par les déclarations américaines de janvier 2012, annonçant, le glissement vers le Pacifique Ouest de 60% de leurs forces navales pour 2020.

Mais la difficulté et la sensibilité de ce réajustement militaire ne doivent pas être sous estimées, tant il est vrai qu’il induit des réactions diverses au sein de l’Association. Hanoi et les Philippines, aux premières loges des échauffourées avec Pékin, ayant participé à des manœuvres militaires en 2011 et 2012 avec la marine américaine, destinées à dissuader les pressions de Pékin, s’en réjouissent.

Il n’en va pas de même pour plusieurs autres pays. S’il est vrai qu’en 2007, Lee Kwan Yew, ancien premier ministre de Singapour, dont le jugement était dévoilé par Wikileaks, continuait à identifier une fracture entre les 6 pays fondateurs de l’ASEAN et les nouveaux venus – Cambodge, Vietnam, Laos, Myanmar – soupçonnés d’être inféodés à Pékin, l’actuel gouvernement de la Cité Etat, a récemment exprimé la crainte qu’avec le basculement stratégique du Pentagone, l’ASEAN se trouve prise dans l’étau des rivalités sino-américaines.

Par son ministre des Affaires étrangères, l’Indonésie a évoqué le « cercle vicieux des tensions et de la méfiance » ; le premier ministre malaisien, pourtant lui aussi impliqué dans les querelles de souveraineté avec la Chine, était sur une ligne identique, craignant un raidissement de la situation.

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Conflits de souveraineté en Mer de Chine du Sud. Code de conduite.

Le 4 novembre 2002, les 10 pays de l’ASEAN avaient signé à Phnom-Penh, lors de la précédente présidence du Cambodge, une « Déclaration sur la conduite des parties en Mer de Chine du sud ».

Le document répète à plusieurs reprises : « dans l’attente d’un règlement des différends » ; il est facile d’imaginer qu’ils le seront jamais, tant que les parties, et en particulier la Chine, ne modifieront pas leurs positions inconciliables sur les questions de souveraineté.

La déclaration, qui n’est pas un code de conduite, n’a pas force de loi et n’est appuyée par aucune autorité ou force indépendante qui pourrait imposer sa mise en œuvre. Surtout, elle élude la question centrale de la souveraineté.

En mai 1992, la « Loi sur la mer territoriale et les zones contigües à la République Populaire de Chine », complétée en mai 1996, établissait des lignes de bases dites « en 9 traits » en forme de U qui, jouant sur « les zones contigües » des archipels que la Chine s’attribue, transformait la Mer de Chine du Sud en une mer intérieure chinoise.

En dépit de la déclaration de Phnom-Penh rappelant les lois de la mer, la liberté de navigation et l’obligation de résoudre les différends par le dialogue, signée en novembre 2002 par la Chine et les 10 pays de l’ASEAN, la période qui suivit ne fut qu’une longue succession d’incidents, accompagnant le retour progressif des tensions autour des revendications chinoises.

La Chine affirme qu’elle est prête à négocier un code de conduite, mais seulement avec les parties directement concernées, c’est-à-dire sans l’implication des Etats-Unis. Pour appuyer cette exclusion de Washington, elle affirme que « la liberté de navigation n’a jamais été affectée » en Mer de Chine, ce qui n’est pas tout à fait exact.

Au sein de l’ASEAN, la majorité des pays ayant un différend affirment vouloir négocier en bloc avec la Chine, mais n’hésiteraient pas à le faire séparément si Pékin acceptait de faire des concessions. Washington, qui ne souhaite pas être entraîné dans une querelle de frontières, limite son ingérence à la liberté de navigation, mentionnée 7 fois dans l’article de H. Clinton sur le repositionnement américain dans le Pacifique, publié dans « Foreign Affairs » de novembre 2011.

Enfin, récemment, à PNP, plusieurs pays de l’ASEAN, dont les Philippines, ont manifesté leur souhait de discuter du Code séparément au sein de l’ASEAN, en dehors de la présence de Pékin, avant d’entamer les négociations avec la Chine sur un « véritable code de conduite ».

Mais aussi longtemps que les questions de souveraineté ne seront pas réglées, le potentiel de tensions restera. Marck Valencia, expert respecté de la question, souligne que « Les risques de tensions demeurent, d’abord parce que l’implication des Etats-Unis qui, appuyant sans le dire les revendications territoriales de l’ASEAN, conduira une partie des pays à se montrer plus fermes avec la Chine (…) ». Sa conclusion n’est pas optimiste.

« Les principaux facteurs de dispute – souveraineté, nationalisme, accès aux ressources – continueront de polluer les négociations ainsi que la perspective d’un code de conduite contraignant (…). Alors que la puissance militaire chinoise s’affirme et que les Etats-Unis augmentent leur engagement militaire dans la zone, sommant les Chinois de « respecter les règles » - « play by the rules » -, alors qu’eux-mêmes n’ont pas ratifié la convention sur le droit de la mer - Montego Bay Jamaïque, 1982 -, la fenêtre pour un règlement pacifique est en train de se fermer ».

Pourtant, le pire n’est jamais sûr. Récemment certains progrès ont en effet été enregistrés. 1) Un groupe de travail Chine – ASEAN a été créé pour négocier avec Pékin un code de conduite et les principes de sa mise en œuvre. 2) En décembre 2011, La Chine et le Vietnam ont signé un accord en 6 points dans le but de régler leurs différends territoriaux. Il pourrait servir de modèle pour le reste de l’ASEAN. 3) La Chine a débloqué 475 millions de $ pour financer un fond de coopération Chine – ASEAN. 4) En décembre 2011, la Chine a organisé un séminaire sur la liberté de navigation à Haikou.

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