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2e Trimestre 2012. Faits et commentaires

On ne peut pas dire que le pouvoir n’a pas conscience de la nécessité de changements dans la machinerie économique du régime, trop rigide et gaspilleuse de capitaux qui se raréfient. Après avoir, en mars dernier, mis en place à Wenzhou une expérience destinée, à terme, à mettre fin au monopole des banques d’Etat, il a, à l’occasion du 15e anniversaire de la rétrocession de Hong Kong, annoncé l’installation, en face de la R.A.S, dans la presqu’île de Qianhai, d’une zone économique spéciale d’un genre nouveau, dont le but est de tester la convertibilité du Yuan et le développement de sociétés de services à l’instar de celles existant dans l’ancienne colonie britannique.

Mais la question de l’extension de ces expériences à toute la Chine reste posée. Il est probable que le Parti, qui craint de trop rapides bouleversements, hésitera à prendre des décisions radicales, préférant se donner une marge de manœuvre en procédant de manière graduelle. Il reste que le modèle des zones économiques spéciales ayant prouvé son efficacité de maquette contrôlable, étendue progressivement à un rythme décidé par le gouvernement, ne s’appliquera peut-être pas avec la même maîtrise pour les flux financiers. Sans compter que la culture des services qu’il espère faire surgir à Qianhai ne peut pas être décidée de manière planifiée.

Clairement, à l’intérieur, l’exigence d’assouplir le système financier chinois et la quête de capitaux ont été les deux préoccupations centrales du pouvoir dans une période où la croissance ralentit à un rythme qui commence à inquiéter le gouvernement. Sans aller jusqu’à une relance massive comme en 2008 – 2009, les mesures prises – baisse du coût du crédit et du taux de réserves obligatoires des banques, accélération des procédures d’approbation des projets de grands travaux – étaient destinées à rassurer les investisseurs, dans un contexte où la demande de crédit faiblit et où la production et les offres d’emplois se contractent, tandis que Wen Jiabao entend, malgré les pressions, continuer à contrôler la bulle immobilière.

A l’extérieur, la Chine a poursuivi sans faiblir sa recherche systématique de ressources, de hautes technologies et d’influence tous azimuts avec, cette fois, deux directions prioritaires : l’Amérique Latine et l’Europe, où les voyages de Hu Jintao et Wen Jiabao ont donné la préférence au Nord et à l’Est de l’Europe, avec une attention particulière accordée à l’Allemagne et à trois pays hors de la zone Euro. A ces efforts vers l’Amérique du Sud et l’Europe du Nord et de l’Est, s’ajoute le resserrement des liens avec les pays du monde arabe. Lire notre article Chine – Allemagne – Europe. Le grand malentendu.

Au passage, observons la constance des stratégies de contournement, à la fois en Amérique du Sud et dans la partie orientale de l’Europe. Elles visent à faire peser un contrepoids économique à l’influence stratégique de Washington et aux mesures de réciprocité concoctées par Bruxelles pour gêner l’expansion économique en Europe des entreprises chinoises, avançant derrière la force de frappe financière de la Banque Chinoise de Développement.

Dans ce paysage stratégique complexe caractérisé par l’affaiblissement de l’Union Européenne, que Pékin cherche à mettre à profit pour tenter de forcer la reconnaissance de son statut d’économie de marché, la levée de l’embargo européen sur les ventes d’armes et un relâchement des restrictions sur l’export des hautes technologies, tout en s’efforçant de faire dérailler les projets de Bruxelles pour plus de réciprocité commerciale, la relation majeure reste celle entre Pékin et Washington, marquée à la fois par des querelles stratégiques et commerciales récurrentes, dans un contexte général de resserrement des relations d’affaire.

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1.- CONTROLE MACRO-ECONOMIQUE

Taux de réserve obligatoire des banques.

La 18 mai la Chine a réduit le taux de réserve obligatoire des banques d’un demi-point de pourcentage, après que les statistiques industrielles d’avril aient révélé la plus forte baisse de l’activité depuis 3 ans, tandis que la hausse des exportations stagnait à moins de 5%. C’était la troisième réduction du taux depuis novembre 2011, dans un contexte où les estimations de croissance pour 2012 commencent à baisser en-deçà du 8% et où la demande de crédit reste faible.

Pour les grandes banques publiques le taux est désormais de 20%, tandis que celui des banques de taille moindre sera de 16,5%. Selon les experts cette réduction permettra d’injecter 63 Mds de $ supplémentaires dans l’économie. Cette mesure a été rendue possible par les bons chiffres de l’inflation stabilisée autour de 3,5%.

Baisse des taux d’intérêts.

Le 7 juin la Banque de Chine a, pour la première fois depuis 2008, annoncé une réduction du taux d’intérêt d’un quart de point à 6,31% pour les emprunts. La rémunération des dépôts baisse de la même valeur à 3,25%. Les économistes de la planète y voient le signe d’une inquiétude des dirigeants chinois qui perçoivent un risque d’un freinage de l’économie plus fort que prévu. Par ailleurs, la souplesse accordée aux banques par rapport aux taux de référence du crédit est portée à 20%, contre 10% précédemment.

Cette mesure pourrait annoncer une libéralisation des taux d’intérêt, décision depuis longtemps attendue par les experts financiers et dont l’impact sera essentiel pour une meilleure efficacité du système financier. Ce dernier est encore handicapé par sa rigidité sous le contrôle des grandes banques publiques et un taux de rémunération de l’épargne inférieur à l’inflation. La correction signale aussi une faiblesse de la demande en capital et, peut-être, selon les experts de HSBC, une disponibilité pour engager des réformes cruciales du système financier.

Débats sur la relance

Constatant le freinage de l’économie en avril, le premier ministre appelait, le 20 mai, à une prudente relance lors d’une mission d’inspection à Wuhan. La déclaration de Wen Jiabao initia aussitôt un débat autour des risques de la relance par l’investissement dans les grands projets d’infrastructure (routes, voies ferrées, métros, aéroports), dans un contexte où le pouvoir était placé sous la double pression interne des affaires en perte de vitesse, et extérieure du marché des matières premières, fragilisé par la recul de la demande chinoise.

Dans ce contexte, et tenant compte des mises en garde des experts contre les risques d’une nouvelle relance massive – « nous devons résister à la tentation de l’excès d’investissements » (Liu Yuanchuan professeur à l’Université du Peuple) – le gouvernement a opté pour une « relance contrôlée » pour éviter un freinage trop rapide de la croissance. La construction d’aéroports, de voies ferrées ainsi que de centrales thermiques et nucléaires, joueront comme par le passé un rôle essentiel, alors que le secteur privé est en difficultés.

Ces grands travaux, dont le processus d’approbation a été accéléré s’accompagne d’une hausse des dépenses publiques de 26% au cours des 4 premiers mois de l’année – avec priorité au secteur des transports publics -. C’est la première fois depuis 2009 que la dépense surpasse les recettes. Dans le même temps, le premier ministre a réaffirmé sa volonté de continuer à contrôler les prix de l’immobilier.

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2.- FINANCES

Pékin teste la convertibilité du Yuan à Qianhai.

La Zone économique spéciale de Shenzhen qui fut, il y a 30 ans, le théâtre d’un virage à 180°, tournant radicalement le dos à la planification économiste communiste, vient d’être mise en charge d’expérimenter la convertibilité de la monnaie chinoise, dans la petite presqu’île de Qianhai située à 5 km en face des Nouveaux Territoires.

Dans cette enclave où le Parti expérimentera simultanément le développement d’une zone de services moderne et performante, secteur dont la croissance à l’échelle de la Chine pourrait, selon les planificateurs, prendre le relais de l’économie traditionnelle, Pékin testera, sur une période de huit années, la convertibilité de la monnaie chinoise.

Doté de 45 Mds de $, la zone, aujourd’hui encore occupée par des entrepôts, mettra à l’essai la possibilité pour les banques de Hong Kong de prêter à des compagnies du Continent enregistrées dans la presqu’île, ce qu’elles n’étaient pas autorisées à faire jusqu’à présent. Les nouvelles règles en vigueur dans la zone élimineront donc les contrôles normalement liés aux prêts au profit des compagnies chinoises.

La décision de Pékin est un clin d’œil aux expériences passées de réformes économiques datant d’il y a 30 ans, au centre desquelles se trouvait déjà la région de Shenzhen, proche de Hong Kong. Mais cette fois s’agissant de finances, bien plus fluides que l’industrie et le commerce, le contrôle des flux pourrait être problématique.

Si les capitaux s’investissent à Qianhai, ils pourraient tout aussi bien, et sans trop de contraintes, être dirigés vers le reste de la Chine, où ils n’auront aucun mal à trouver des cibles d’investissements bien plus rentables, précisément dans des secteurs que le pouvoir tente de protéger, ou de tenir sous le boisseau, comme l’immobilier. Dans ce schéma, l’afflux de capitaux dans les secteurs que le pouvoir entend quadriller et réguler étroitement, irait à rebours des stratégies du pouvoir visant à contrôler l’inflation, le crédit et l’accumulation de dettes non recouvrables.

La manœuvre est clairement un pas vers la convertibilité du Yuan, dans un projet plus vaste qui vise à faire de la monnaie chinoise un concurrent du dollar, vers 2020. Mais entre cette expérience limitée et la complète liberté des échanges transnationaux, condition nécessaire pour transformer le RMB en monnaie de réserve, la route est encore longue.

Accord monétaire avec le Brésil.

Le 21 juin, la Chine et le Brésil on signé un accord monétaire autorisant des transactions dans leurs monnaies respectives, à concurrence de 30 Mds de $. Des accords identiques ont été conclus ou sur le point de se conclure avec 15 pays, dont la Russie (premier accord en 2010 en dehors de HongKong), le Japon, l’Australie, la Turquie et les Emirats Arabes Unis.

Selon la banque de Chine, le total des échanges en Renminbi ne représente que 6% des échanges de la Chine, soit 400 Mds de $. Un rapport de HSBC de novembre 2010 indiquait que, d’ici 2015, 50% des transactions de la Chine seraient libellées en monnaies autres que le Dollar, représentant 2000 milliards de $. Ce qui supposerait une progression de 500%.

Taux de change du Yuan.

Un mois après avoir élargi à 1 point la marge de fluctuation du Yuan, le Quotidien du Peuple publiait le 3 mai un article s’inscrivant en faux contre la théorie d’un RMB sous évalué. Pour l’Académie des Sciences Sociales, auteur de l’article qui réagissait aux dernières pressions de l’administration américaine émises par H. Clinton et Th. Geithner à Pékin, lors du dialogue économique sino-américain, les différences de productivité et de coûts de production faisaient que la parité actuelle était « raisonnable ».

Pour le journal la hausse du Yuan entre 2008 et 2010 avait déjà largement dépassé les gains de productivité de l’économie chinoise. Si le rapport de productivité était de 1 à 12 en 2000, il était de 1 à 6 en 2008 et de 1 à 5 en 2010.

La faible parité de la monnaie chinoise est le serpent de mer qui selon certains expliquerait le déficit de la balance commerciale des pays développés avec la Chine. La réalité est que l’appréciation de la valeur réelle d’une monnaie dépend de nombreux facteurs complexes. Une étude du FMI datant de 2007 aboutissait à des résultats extrêmement contrastés, où les estimations de la surévaluation de la monnaie chinoise allaient de 0% à 50%.

Le Bureau Politique, qui aurait peut-être intérêt à libérer le taux de change, ce qui contribuerait à mieux contrôler l’inflation et à encourager la consommation, n’entend cependant pas donner le sentiment qu’il cède aux pressions ; il craint aussi les spéculations sur la hausse du Yuan et ses conséquences socio-économiques. C’est la raison pour laquelle il répète que la monnaie chinoise sera appréciée à son rythme, rappelant qu’entre 1994 et 2000, le Yuan s’est apprécié de 50% en valeur réelle et de 35% depuis 2005.

Fin de l’autorisation d’emprunt accordée aux provinces.

En 2011,cherchant une solution au financement des administrations provinciales et malgré l’explosion de leurs dettes, représentant près de 30% du PIB, Pékin avait pris le risque d’autoriser ces dernières à émettre des obligations sous certaines conditions. Cette liberté a pris fin suite aux abus du premier trimestre 2012 où les administrations locales ont émis plus de 50 Mds d’obligations, soit autant que durant toute l’année 2011.

Mais la question des ressources financières des administrations locales reste entière. Sans possibilité d’emprunter, il faut craindre que les cadres locaux reviennent aux anciennes recettes de financement par la captation des ressources foncières, le détournement des fonds publics et la spéculation immobilière.

Plus grande ouverture aux étrangers dans la finance.

Le 20 juin la Commission de contrôle des investissements étrangers et des opérations boursières a rendu public le projet d’une règlementation plus souple simplifiant les procédures et augmentant la part autorisée des investissements par les institutions financières étrangères dans le système financier chinois.

Le minimum requis qui était de 5Mds de $ est abaissé à 500 Millions de $ pour les fonds d’investissements, les fonds de pension et les assurances. Pour les banques commerciales, l’investissement minimum passe de 10 Mds à 5 Mds de $. L’allégement de l’investissement initial est assorti de l’autorisation d’intervenir sur les marché des obligations bancaires entre les banques chinoises, jusqu’alors très contrôlé et limité.

La décision vise à augmenter l’efficacité du système financier chinois, à rassurer les investisseurs et à accélérer les flux de capitaux vers la Chine. Elle s’accompagne d’un effort pour faciliter les procédures d’autorisation d’intervention sur le marché des actions et obligations des bourses de Shanghai et Shenzhen (marché A), libellées en Yuan, et à y augmenter le plafond des investissements autorisés qui passe de 25 Mds à 80 Mds de $.

En juin 2012 il y avait 158 institutions financières étrangères autorisées à intervenir sur les marchés de Shanghai et Shenzhen contre seulement 69 en 2008. La grande majorité de ces institutions sont anglo-saxonnes. Trois banques françaises : La Société Générale, BNP Paribas et le Crédit Agricole ont obtenu leur licence en 2004.

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3.- CHINE – MONDE

Augmentation des IDE et ralentissement de l’export.

Début juin, le ministère du commerce prévoyait que, désormais, les IDE chinois allaient augmenter d’un pourcentage à deux chiffres chaque année. En 2011, ils étaient de 60 Mds de $ (+ 1,8% par rapport à 2010), mais au cours des 4 premiers mois de l’année 2012, la croissance a été de 72, 8%, ce qui porte le stock des IDE chinois à 345 Mds de $. D’ici 2015, la croissance annuelle serait de 17% ce qui porterait les IDE annuels à 150 Mds de $, soit un triplement par rapport à 2011.

Fin 2011 le bilan des investissements chinois à l’étranger montre que les capitaux chinois vont en priorité vers le commerce en gros, l’industrie minière et les ressources d’hydrocarbures, et seulement en dernier lieu dans la production industrielle. Récemment les capitaux chinois ont ciblé de nouveaux secteurs comme le tourisme, l’immobilier et l’industrie cinématographique (rachat en mai 2012 du groupe américain AMC Entertainment et de ses dettes pour 2,6 Mds de $, par le groupe Wanda de Dalian).

Les destinations prioritaires des IDE chinois sont l’Asie, l’Europe (+94% en 2011), l’Afrique (+ 59% en 2011) et bientôt l’Amérique Latine. Le gouvernement incite les groupes chinois à investir pour la recherche d’influence, de marchés et de technologies (industrie biochimique, science de la vie, aéronautique, énergies alternatives). Le mouvement tire aussi son origine de l’existence de fortes réserves de change, à quoi s’ajoute la volonté de contribuer à stabiliser l’inflation et de diminuer les pressions à la hausse de la monnaie.

En revanche, en dépit d’un rebond des exportations en mai (+ 15,3%), le ministre du commerce reste prudent, estimant que la croissance des ventes à l’étranger sera en 2012 moitié moindre que celle de 2011 (+ 10% contre +20%)

Regain d’intérêt pour l’Amérique Latine.

Avec les perspectives annoncées par Wen Jiabao de doubler le volume du commerce avec la région (l’objectif est d’atteindre les 400 Mds de $ d’échanges bilatéraux avec les pays de la zone d’ici 2020), et les projets chinois d’une zone de libre échange avec les pays du Mercosur (Brésil, Argentine, Paraguay, Uruguay et bientôt le Venezuela), la venue des dirigeants chinois dans la région pour les sommets du G20 et de Rio +20 a été l’occasion d’une nouvelle offensive de Pékin dans l’arrière cour des Etats-Unis.

Celle-ci se développe contre le projet de libre échange proposé par Washington en janvier 2012 (Transpacific Agreement), regroupant tous les pays riverains du Pacifique, et dont la Chine est exclue. L’offre chinoise est multiforme et va d’une coopération pour l’exploration du pôle sud, aux projets spatiaux en passant par l’aéronautique, les transports ferrés, les coopérations dans le domaine de l’éducation ou le partage des technologies de pointe.

Dans ce dernier domaine, le Brésilien Embraer et AVIC II on signé un accord en décembre 2011 pour la construction à Harbin des appareils de la famille ERJ 135/140/145, qui ouvre la porte du marché chinois des avions régionaux, avec cependant les risques de captation de technologies au profit de l’ARJ 21 et du C 919 chinois.

Avec le Brésil, Pékin a également conclu un accord monétaire pour libeller les échanges dans les 2 monnaies nationales à concurrence de 30 Mds de $, et confirmé la construction du barrage hydraulique géant de Belo Monte sur l’Amazone, conclu en juin 2011, en projet depuis 30 ans et plusieurs fois retardé par des manifestations écologistes, dont la maîtrise d’œuvre a été attribuée à la société nationale de distribution d’électricité 国家电网公司 – Guojia Dianwang Gongsi -.

En Argentine, la Chine avait déjà investi en 2010 10 Mds de $ dans le réseau ferré des céréaliers « Belgrano – Cargas », reliant Buenos Aires à 13 provinces (Pékin achète déjà à l’Argentine la presque totalité de son soja) ; au Chili, dont Pékin achète 53% de la production de cuivre, la banque de développement de Chine, principal appui des exports chinois, a proposé un investissement de plusieurs centaines de millions de $ pour la construction par Sky Solar - Shanghai. (天华阳光 – Tianhua Yangguang -) d’un site de production d’énergie solaire.

Si les investissements de Pékin sont les bienvenus partout, l’enthousiasme des Sud-américains est tempéré par la crainte que la concurrence des importations chinoises porte un coup fatal à leurs PME. Une inquiétude que Wen Jiabao a tenté de compenser en offrant un fonds de 5 Mds de $ pour le soutien du tissus industriel local et 10 autres Mds, par la Banque de Développement chinoise, pour la remise à nouveau du réseau ferré.

Contribution chinoise au FMI.

Lors de la réunion du G20 à Los Cabos, la Chine s’est engagée à contribuer à hauteur de 43 Mds de $ au FMI, suivant la Russie (10 Mds) et les autres « BRICS » (43% de la population et 17% du PNB mondial) qui, dans une déclaration conjointe, ont promis d’augmenter leur participation en échange de la mise en œuvre des réformes adoptées en 2010 sur le poids des votes, mais dont l’application a pris du retard.

Chaque fois que l’occasion se présente les responsables chinois insistent sur la nécessité de réformer le système des votes et des quotas du FMI. Hu Jintao y avait insisté au G20 de Cannes en 2011, proposant de remplacer partiellement la référence du Dollar par les Droits de Tirage Spéciaux. La Banque de Chine l’avait rappelé en décembre 2011, au moment où, sous la pression des Européens qui sollicitaient son aide financière, elle indiquait que le FMI était le mécanisme le plus approprié pour soutenir l’Europe.

Quant à Christine Lagarde, elle a plusieurs fois insisté sur le rôle de la Chine et de l’Asie comme moteur de l’économie mondiale et la nécessité de lui donner un rôle accru au sein du Fond.

La Chine n’est pas prête à jouer le « mentor » de l’économie mondiale.

C’est l’avis de Li Daokui, docteur en économie de Harvard, formé aux Etats-Unis et en Chine, ancien conseiller de la Banque de Chine pour la politique monétaire, et avocat virulent d’une direction de la Banque Mondiale désormais assurée par un pays émergent (article du 12 avril 2012 publié dans le Wall Street Journal, critiquant la nomination de l’Américain d’origine coréenne Jim Yong Kim).

Selon lui, les experts économistes chinois seront trop préoccupés par les problèmes internes dans les années qui viennent pour apporter une contribution utile à la gestion de l’économie globale. « Pékin qui ne veut pas mettre en danger ses réserves de change, cherchera à gagner du temps pour résoudre ses problèmes structurels de plus en plus complexes. », a-t-il conclu en contradiction avec son appel à attribuer la présidence de la banque mondiale à un ressortissant des pays émergents.

Chaud et froid dans la relation sino-américaine.

Alors que les dirigeants des 3 pays de l’Asie du Nord-est - 1,5 Mds d’habitants et près de 700 Mds de $ d’échanges bilatéraux – amorçaient le 13 mai les négociations pour l’établissement d’une zone de libre échange, les relations économiques désormais étroitement imbriquées entre la Chine et les Etats-Unis, étaient à la fois marquées par des heurts récurrents et d’importants progrès dans la coopération, qui s’expriment par des accords bilatéraux dans de nombreux secteurs.

Fin juin la société américaine United Technologies et 2 de ses sous-traitants étaient sanctionnés par des amendes de 75 millions $ pour avoir vendu à la Chine de la technologie ayant servi à construire l’hélicoptère d’attaque Chinois Z 10. L’amende faisait suite au rapport du Congrès accusant la Chine d’espionnage par intrusion informatique et à la décision de l’administration américaine de proposer des taxes sur les panneaux solaires chinois ayant bénéficié de mesures de dumping sur les prix.

Si la mesure était appliquée, elle viendrait s’ajouter aux amendes de 3 à 4% déjà imposées sur les importations de panneaux solaires chinois en mars. L’affaire a pris un tour polémique dans la campagne présidentielle américaine quand la Compagnie californienne Solyndra avait fait faillite sous les assauts de la concurrence chinoise, après avoir obtenu un prêt fédéral de 500 Millions de $.

Parallèlement à ces controverses les deux pays ont signé plus de 70 accords entre le mois de mai (dialogue économique bilatéral) et le mois de juin (foire de Nankin), à la fois dans le domaine financier et pour des projets industriels aux Etats-Unis et en Chine. Washington a promis d’accélérer les procédures d’accord pour l’extension des opérations de la Banque de Chine et de la Banque Industrielle et Commerciale. Dans le même temps, Pékin a relevé le plafond des investissements étrangers dans des JV financières désormais fixé à 49% contre 33% précédemment.

A la foire de Nankin, les 2 pays ont signé 42 projets d’investissements bilatéraux d’une valeur de 3 Mds de $, allant de la production industrielle aux loisirs en passant par les projets logistiques, l’immobilier et les énergies nouvelles.

Toyota et GM ont le vent en poupe sur le marché chinois.

Alors que la compagnie japonaise annonçait une hausse de ses ventes de 68% en avril, espérant atteindre un total de ventes annuelles de 900 000 véhicules en 2012, GM enregistrait en mai son record absolu avec 231 000 véhicules vendus (+ 21% par rapport à 2011), ce qui laisse espérer plus de 2,5 millions vendus en 2012.

En 2011, plus de 18 millions de véhicules ont été vendus en Chine, soit une hausse de 32% par rapport à 2010. L’explosion du marché pourrait continuer, alors que Pékin envisage des mesures d’incitation pour augmenter les ventes dans les zones rurales. En 2008, il y avait 20 millions de voitures en Chine et 85 millions en 2010. En 2020 elles seront 200 millions. Ce qui représentera le 1/4 des voitures circulant dans le monde. A ce rythme, le nombre total de voitures circulant en Chine en 2040 serait de 600 millions, soit 50% du parc mondial.

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4.- CHINE – EUROPE

Moins d’Europe en Asie. Plus de Chine en Europe.

Alors que les engagements européens en Asie faiblissent, la Chine augmente son empreinte sur le vieux continent.

Après une reprise au premier trimestre les banques européennes réduisent dramatiquement leur exposition en Asie et en particulier leur part en appui du financement des exportations, tombée de 40 à 6%. Globalement ce recul laisse présager un repli des positions commerciales européennes en Chine.

Simultanément, Li Keqiang en visite à Bruxelles promettait plus d’investissements des sociétés chinoises dans des sociétés européennes. En visite en Danemark à la mi-juin, Hu Jintao signait plusieurs milliards de $ d’engagements et des protocoles d’accord sur les tarifs douaniers, l’environnement et l’agriculture. Il était aussi en recherche d’influence pour obtenir un siège d’observateur permanent au Conseil Arctique, avec, en arrière pensée, des vues sur les ressources d’hydrocarbures et les routes commerciales par le pôle, contrôlées par la Russie et le Canada.

En avril, Wen Jiabao accomplissait en 8 jours le tour de 4 pays européens, dont 3 étaient hors de la zone euro. Commencé par l’Islande le 20 avril, le tour s’est poursuivi à Hanovre le 23 pour l’ouverture de la foire annuelle avec Angela Merkel, le 24 en Suède et le 25 à Varsovie. L’intérêt de la Chine va de la géothermie et de la pétrochimie en Islande, aux énergies vertes et à l’automobile - avec le Suédois Volvo, racheté par le Chinois Geely avec qui la Banque de Développement Chinoise a signé une promesse de financement pour la recherche high-tech -, en passant par les machines outils et la haute technologie industrielle allemandes.

La stratégie de contournement par le Nord et l’Est de l’Europe, hors zone Euro, avançant derrière la manne financière chinoise, a permis l’organisation à Varsovie d’un forum économique regroupant 16 chefs d’Etats ou représentants des pays de l’Europe Centrale et de l’Est. Elle signale la faiblesse stratégique de l’UE et ses divisions.

Une situation dont la Chine entend bien profiter en ne laissant rien au hasard, dans la succession de ses démarches bilatérales tous azimuts, avec, en arrière pensée, la levée de l’embargo européen sur les ventes d’armes, la reconnaissance du statut d’économie de marché et un contrefeu aux stratégies de réciprocité concoctées par la Commission et déjà critiquées par le Suède, la Grande Bretagne et le Danemark.

China Telecom à la conquête de l’Europe.

La Chine s’attaque au téléphone mobile européen par le truchement de China Telecom. Associé à Orange et Deutsche Telekom, le groupe propose un réseau 3G destiné aux touristes chinois. L’arrivée en France est envisagée en 2013, avec Orange, par une stratégie de pénétration appuyée sur les 700 000 Chinois Huaqiao vivant en France. L’expansion de la téléphonie chinoise se continuera l’année suivante vers l’Italie, l’Espagne et l’Allemagne.

Celle-ci s’accompagne d’une politique d’aide à l’implantation en Europe des PME chinoises essentiellement actives dans la grande distribution et la logistique grâce à la mise en place de structures d’accompagnement financier administratif et juridique comme le fond d’investissement et réseau d’entreprises asiatiques, Chine – Asean, Aigo Entrepreneur Alliance, qui a déjà ouvert des bureaux de représentation à Bruxelles et, depuis la visite du Président Hu Jintao en Juin, à Copenhague.

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5.- INDUSTRIE.

Contraction de la production industrielle.

Selon une étude publiée début juin par HSBC la production industrielle a freiné en mai pour le 8e mois consécutif avec une aggravation pour le secteur des PME. La tendance s’accompagne d’une réduction des offres d’emploi. Dans un contexte où les mesures adoptées de desserrement du crédit et de relance par les grands travaux d’infrastructure (plus de 150 Mds de $) n’ont pas encore produit leur effet, la production industrielle en mai était à son niveau le plus faible depuis novembre 2011.

La plupart des experts ne s’attendent pas à une reprise, estimant que la croissance de l’année sera à peine supérieure à 8% ce qui serait le niveau le plus bas depuis 1999.

Coup de pouce aux véhicules hybrides et aux nouvelles technologies.

Face à la demande croissante du marché automobile – triplement d’ici 2020 - le gouvernement a décidé de stimuler la production de véhicules alternatifs pour réduire les émissions de carbone par une injection de 300 millions de $ annuels en soutien de la production de véhicules propres dans 25 villes tests.

Les véhicules réputés non polluants bénéficieront de procédures accélérées pour l’attribution de plaques d’immatriculation et seront exemptés des interdictions de circulation un jour sur deux. Ils pourraient également bénéficier de tarifs spéciaux sur les autoroutes et dans les stations de recharge électrique.

Le projet fait partie d’un plan plus vaste de promotion de plusieurs secteurs industriels clé que sont la protection de l’environnement, les technologies de l’information, les sciences de la vie, les machines outils haut de gamme, et les nouveaux matériaux. Le but à terme est de transformer certains sites de « l’atelier du monde » en centres de production de produits high-tech sophistiqués à plus forte valeur ajoutée.

Livre Blanc sur les terres rares.

Après la plainte à l’OMC contre les quotas chinois, introduite en mars dernier par l’UE, les Etats-Unis et le Japon, Pékin réagit en publiant son premier livre blanc sur les terres rares.

Le document s’inscrit en faux contre les estimations des réserves chinoises qu’il ramène à 23 % - 18,59 millions de tonnes -, au lieu de 36%, comme l’affirment les Etats-Unis. Il explique que les quotas sont un effet de la remise en ordre du secteur très chaotique et de mesures de protection de l’environnement contre la radioactivité des éléments qui présente un risque écologique et de santé publique majeur. Dans ce contexte, continue le document, deux des filiales de Baotou Steel, le n°1 des terres rares en Chine ont été fermées en 2012 pour n’avoir pas respecté les standards de protection de l’environnement.

Les tensions provoquées par les quotas ont initié des réactions de plusieurs producteurs au point que la Chine est en passe de perdre son monopole. 35 projets sont en effet en développement hors de Chine, dont au moins 2 aux Etats-Unis et 1 au Canada.

Retards dans la réforme du rail.

Le 2 juin, le Global Times révélait que la réforme envisagée du ministère du rail, comportant l’éclatement en 3 entités distinctes - investissements, construction, exploitation – était reportée sine-die. En mars dernier le ministère avait déjà démenti son rattachement au ministère des transports. Véritable État dans l’État, le ministère du rail est sur la sellette depuis la destitution du ministre Liu Zhijun pour corruption en 2010 et qui vient d’être exclu du Parti. La réputation du ministère avait encore été entachée par l’accident de TGV de Wenzhou en juillet 2011.

Les experts dénoncent la dilapidation des fonds publics, le mélange des intérêts particuliers et des finances de l’Etat, la corruption des sous traitants, les appels d’offres sans transparence avec pots de vin, et la gestion chaotique des prix et des opérations. Les pouvoirs publics, qui doivent réformer le ministère, hésitent sur la proportion de gestion privée à introduire dans le dispositif, toujours considéré comme un secteur stratégique, tandis que le niveau de dettes, qui atteint 63% des actifs, soit 400 milliards de $, rebute les investisseurs.

 

 

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