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›› Chronique

Coup de projecteur sur le futur pouvoir central chinois. 2e Partie

Beidaihe
Le nom de Beidaihe, station balnéaire et lieu du séminaire d’été de la direction chinoise, situé sur le Golfe de Bohai, à 250 km à l’est de Pékin, est inscrit sur un rocher au bord de la plage.

La préparation de la 2e partie de cette revue des prétendants au Comité Permanent a coïncidé avec deux événements importants de la vie politique chinoise.

Le 9 août dernier, exilé sous haute surveillance à Hefei, la capitale de l’Anhui qui se trouve être aussi la province d’origine de Hu Jintao – ce qui n’est pas une coïncidence -, s’est déroulé le procès de Gu Kai Lai et de quelques uns de ses complices pour le meurtre du consultant anglais Neil Heywood en novembre 2011.

En même temps, le Parti renouait officiellement avec l’ancienne coutume du séminaire d’été à la station balnéaire de Beidaihe pourtant formellement supprimé en 2003, indiquant par la même le sérieux de la situation politique et l’urgence de négocier une synthèse acceptable des choix politiques à venir.

Même s’il est clair que le pouvoir le souhaite, le séminaire et le procès ne peuvent pas être dissociés. Tout comme il est impossible de dissocier Bo Xilai, l’ancien n°1 de Chongqing, du meurtre du Consultant anglais. Pourtant la pièce de théâtre qui fut jouée à Hefei, le 9 août, dont on attend toujours le verdict, était manifestement pré-arrangée et avait pour but de tenir le Parti éloigné de l’affaire, tout en donnant satisfaction aux autorités britanniques qui réclamaient vérité et justice.

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Un procès soigneusement mis en scène.

En dépit de son passé d’avocate brillante, Gu Kailai n’a en effet pas eu le loisir de choisir son défenseur ; prétextant une dépression nerveuse et affirmant craindre pour la sécurité de son fils, elle a tout avoué en bloc, prenant sur elle toutes les responsabilités, s’excusant pour les dommages causés, remerciant même ses geôliers pour la mansuétude dont ils firent preuve à son égard.

Alors que jamais ne fut évoqué le rôle de son mari, même pas pour clarifier les circonstances du drame où étaient pourtant impliqués 4 officiers supérieurs de l’appareil de sécurité de Chongqing contrôlé par Wang Lijun et Bo Xilai, l’impression qui se dégage du procès, dont le jugement met le Parti dans l’embarras, compte tenu de la qualité des coupables, est que le Régime souhaite tourner la page et entamer le 18e Congrès débarrassé des scories sordides de l’affaire.

Mais il est peu probable que les échos de ce procès hors normes n’aient pas eu d’influence sur les caciques de Beidaihe. Là se joue en effet la composition du futur Comité Permanent entre les partisans de plus d’ouverture politique et leurs rivaux, attachés à une vision spécifique du « socialisme à la Chinoise » adepte d’un marché contrôlé par des systèmes politique et judiciaire entièrement dominés par le PCC.

A cet égard, la bataille qui s’annonce renvoie précisément à la quadrature du cercle que le régime chinois tente de résoudre depuis la crise de 1989. Ayant déjà opposé Zhao Ziyang à Deng Xiaoping, elle touche à l’ampleur et à la portée de la réforme politique.

Les enjeux de Beidaihe

Aujourd’hui, les réformateurs, parmi lesquels on compte à des degrés divers, Wang Yang, Li Yuanchao, et Li Keqiang estiment, à la suite de Wen Jiabao, lui-même disciple de Hu Yaobang, que le régime devrait accorder plus d’indépendance aux syndicats, aux assemblées et au système judicaire, condition indispensable, non seulement pour modifier le schéma de développement, réduire les déséquilibres et les écarts de développement.

Mais également pour éradiquer la corruption dans les hautes strates du régime, dans laquelle baigne précisément toute l’affaire Bo Xilai qui éclabousse le Parti, en même temps qu’elle renvoie aux temps pas si éloignés, où la fin justifiait les moyens et où les institutions pouvaient être bafouées au gré des rivalités politiques par ceux qui avaient le vent en poupe.

Quant aux conservateurs qui, en 1989 avaient réussi à éliminer tous les réformateurs - de Hu Yaobang à Zhao Ziyang en passant par Bao Tong, Wan Li ou Hu Qili -, sans nier la nécessité de réformes, ils craignent que, poussées au bout de la logique d’indépendance des institutions parlementaires, judiciaires et syndicales, les réformes ne finissent par remettre en question le magistère du Parti.

Parmi les prétendants au pouvoir suprême, les principales figures de cette mouvance qui prône le « contrôle spirituel » des masses, la censure et dénonce les influences étrangères, sont Liu Yunshan, (65 ans) apparatchik de la propagande et Zhang Dejiang, 66 ans, formé en Corée du Nord, adepte de l’économie planifiée et soutien des grandes entreprises publiques.

A qui il faut ajouter au moins trois autres, dont la trajectoire politique a montré la capacité à se rallier à la mouvance majoritaire : Zhang Gaoli (66 ans), économiste pragmatique et discret, Liu Yandong (67 ans), femme d’appareil, spécialiste du Front Uni et Yu Zhengsheng (67 ans) au passé familial sulfureux, lié à la fois à Mao et à Chiang Kai-shek.

Alors que circule la rumeur d’une réduction à 7 des places au Comité Permanent qui, selon certaines sources de Hong Kong, serait une offensive des réformateurs pour réduire l’influence de leurs rivaux issus des départements des affaires juridiques (Meng Jianzu, ministre de la sécurité publique) et de la propagande (Liu Yunshan), surnagent aussi deux personnages respectés dont le rôle sera primordial.

Wang Qishen (64 ans), économiste influent, adepte du marché et de la démocratie interne mais opposé aux méthodes directes jugées dangereuses de Li Keqiang. Wang pourrait être d’autant plus réticent à appuyer des réformes politiques plus audacieuses qu’il est, par son mariage, lié à Yao Yilin, son beau père décédé en 1994, qui fut un des idéologues conservateurs les plus fermement opposés aux ouvertures politiques prônées par Zhao Ziyang et un des principaux artisans de sa chute.

Enfin c’est à Xi Jinping (59 ans), futur n°1, que reviendra la charge de réaliser la difficile synthèse capable de répondre aux défis qui montent, dans une période où le Parti semble aujourd’hui moins porté aux expériences audacieuses et pourrait replier ses choix au profit des plus anciens cités plus haut, ce qui retarderait de 5 ans la venue au pouvoir des plus jeunes.

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Wang Yang 汪洋. Le libéral prudent et serein.

57 ans, Secrétaire Général du Parti de Canton, membre du Comité Central et du Bureau Politique depuis le 17e Congrès (2007).

Etudes et carrière.

Né en 1955, dans le district de Suzhou, au nord de la province de l’Anhui, à 500 km au Nord-ouest de Shanghai, Wang Yang est l’un des plus jeunes candidats au Comité Permanent du BP. Après être entré au PC à 20 ans, il étudie l’économie et l’administration à l’Ecole Centrale du Parti (1979 – 1980 et 1989 – 1992), puis, par correspondance à l’université des sciences et techniques de Hefei, dont il est diplômé en 1996, à 41ans.

Sa carrière s’est construite par la Ligue de la Jeunesse de l’Anhui, province d’origine de Hu Jintao, où il a notamment servi comme responsable de la propagande, et vice secrétaire général de 1983 à 1984. De 1988 à 1992, il est maire de Tongling à 350 km à l’ouest de Shanghai, sur les rives du Chang Jiang. A la fin de sa magistrature, Il a 37 ans. C’est à ce moment que, lors d’une tournée d’inspection dans la province, Deng Xiao Ping le distingue comme un « talent exceptionnel ». Dès lors sa carrière s’accélère.

De 1992 à 1993, il est le responsable de la Commission du Plan de la province. Un an plus tard, il est vice-gouverneur de l’Anhui, poste qu’il occupe pendant 6 ans, avant de « monter » à Pékin en 1999 pour devenir vice-ministre de la Commission Nationale pour la Réforme et le Développement – il a alors 44 ans -. Il y restera 5 ans, sous les ordres de Bao Kexin et de Ma Kai. Il est ensuite promu secrétaire général adjoint du gouvernement avant d’être nommé à la tête de la municipalité autonome de Chongqing, dont il est le Secrétaire Général du Parti de 2005 à 2007.

Après quoi, au 17e Congrès, il entre au Comité Central et au Bureau Politique. En même temps, il prend la tête de la puissante province de Canton, qui, trois ans après sa prise de fonctions, connaissait en 2010
et 2011 une extrême effervescence ouvrière et sociale. (Lire notre article « Dans la province de Canton, »le printemps des ouvriers a commencé.«  ».

Racines familiales, réseau et convictions politiques.

Wang Yang dont les origines familiales sont modestes a été contraint de commencer à travailler à 17 ans, suite au décès de son père. C’est à la Ligue de la Jeunesse qu’il doit son ascension et notamment à Hu Jintao, lui aussi natif de l’Anhui. A partir de 1992, l’appui de Deng Xiao Ping a stimulé sa promotion vers les plus hautes sphères de la bureaucratie chinoise.

A Canton, Wang Yang s’est forgé une image d’homme politique ouvert, préoccupé du sort des plus défavorisés, et capable de dialogue. Se situant clairement dans la mouvance des réformateurs, il prône le renforcement de l’état de droit, la priorité à la consommation interne et à la montée en gamme qualitative, la promotion de la démocratie interne au Parti, l’élargissement du scope des élections directes, la transparence des médias et le renforcement du rôle des syndicats et leur indépendance.

C’est dans ce contexte qu’il a proposé que la province de Canton soit choisie pour être le laboratoire des réformes politiques du régime, dont il est convaincu, avec quelques autres, comme Li Keqiang ou Wen Jiabao qu’elles sont la condition indispensable à la modification du schéma de développement du pays et à la survie du PC à la tête de la Chine. Dans ses discours, s’il est vrai qu’il recommande aux cadres sous ses ordres à rester loyaux au Parti, il les incite aussi de « dépasser les tabous idéologiques et politiques ».

Au cours d’une réunion avec les cadres de la province, le 25 décembre 2007, il mettait, entre autres, l’accent sur les déséquilibres d’un développement encore marqué par la quantité plutôt que la qualité, un retard dans l’innovation et l’éducation, et de graves fractures sociales entre villes et campagnes. Dans le même temps, il encourageait les expériences démocratiques menées à Shenzhen, sous son contrôle, et avec l’assentiment du Centre, par le SG du Parti, Liu Yupu, dont la pierre angulaire était la construction d’un « état de droit démocratique »民主法制建设 (Minzhufa jianshe).

Après les grèves de mai 2010, il a appelé au renforcement des syndicats dans les entreprises privées. Le 12 juin 2010, dans une vidéoconférence, il a insisté sur le rôle de l’Etat comme médiateur et sur celui des syndicats comme porte parole des intérêts des ouvriers. Enfin, Wang qui a cependant pris soin de protéger ses arrières en évitant la contagion dans la province, s’est récemment distingué par sa manière de gérer la crise de Wukan, en décembre 2011. (Lire nos articles « La démocratie directe et le défi des révoltes paysannes » et « La cinquième modernisation »).

L’avenir dira si la manière de Wang de désamorcer les crises sociales en douceur par la concertation et le dialogue tout en réaffirmant sa loyauté au PCC, sera acceptée par ceux qui, au sein de l’appareil, craignent que trop de concessions sociales ne finissent par affaiblir le Parti et créer une contagion des révoltes à travers toute la Chine, menaçant le Régime. Il est évident qu’un regain d’influence des adeptes de la répression affaiblirait ses chances d’entrer au Comité Permanent, où il pourrait, si il y était admis être en charge de la Commission Centrale de discipline, en remplacement de He Guoqiang.

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Liu Yunshan 劉雲山. L’apparatchik de la propagande.

Agé de 65 ans, Liu est membre Comité Central depuis 1997, du Bureau Politique et de son secrétariat, depuis 2002. Depuis cette date, il est également Directeur de la propagande. Contrairement à beaucoup de ses pairs, il n’a jamais dirigé une province.

Etudes et carrière.

Né en 1947, à Xinzhou dans le Shanxi, non loin de la capitale Taiyuan, à 400 km au Sud-ouest de Pékin, Liu est entré au Parti à 26 ans et a gravi les échelons de la bureaucratie en Mongolie intérieure, en démarrant comme instituteur dans l’arrière pays à 19 ans, en même temps qu’il bénéficiait d’une formation de professeur à l’Ecole normale de Jining (Mongolie Intérieure).

Durant la Révolution culturelle il a subi comme toute sa génération une année de rééducation à la campagne (1968 – 1969). En 1975, Liu entre à l’agence Xinhua comme journaliste, puis chef de bureau, avant de devenir vice-secrétaire du Parti à la Ligue de la Jeunesse de Mongolie Intérieure (1997 – 2002).

A 39 ans, il est chef de la propagande de la province. Après divers postes dans le secteur de la propagande, puis comme secrétaire du Parti de Chifeng, près de la frontière du Liaoning, il accède en 1992 au rang de n°2 de la Région autonome de Mongolie intérieure. Il à 47 ans. Pendant cette période, il bénéficie également de cours de gestion par correspondance de l’Ecole du Centrale du Parti.

A partir de 1993, sa carrière se poursuit à Pékin, au Département de la propagande, dont il prend la tête en 2002, après en avoir été le n°2 pendant près de 10 ans. Au cours de cette période il a également été placé à la tête de la Commission pour la « promotion de la civilisation spirituelle » (1989 – 1992).

Racines familiales, réseau et convictions politiques.

La Mongolie Intérieure et la Ligue de la jeunesse où il développa des liens avec Hu Jintao, sont les bases politiques de Liu. Par le mariage de son fils, Liu Lefei - administrateur d’un fonds d’investissements privés de la CITIC - il est également lié à Jia Chunwang, ancien de la Ligue de la Jeunesse, ancien ministre de la sécurité d’état et de la sécurité publique à la longévité exceptionnelle (1985 – 2002), puis président de la Cour suprême (2003 – 2008).

Compte tenu de sa trajectoire de spécialiste incontesté de la propagande et de son ancienneté au Bureau Politique, Liu est assuré d’entrer en Comité Permanent, sous réserve que les tractations politiques en cours ne réduisent pas le nombre des membres à 7. Il y remplacerait Li Changchun à la propagande.

Plus que ce dernier, qui n’était pas un expert de la propagande mais avait accédé au Comité Permanent dans le sillage de Jiang Zemin, Liu pourrait accentuer et formaliser le travail idéologique et créer une filière de la propagande au sein du Parti pouvant conduire jusqu’au pouvoir suprême, ce qui n’était pas le cas jusqu’ici. Ses convictions politiques sont héritées des habitudes de contrôle et de la manipulation de la pensée et de la mise sous le boisseau des médias. Elles sont l’opposé de celles de Wang Yang.

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Liu Yandong 劉延東. La sociologue, femme d’appareil, experte du Front Uni.

67 ans, Membre du Comité Central depuis 2002 et du Bureau Politique depuis 2007, Conseiller d’Etat (2007). Vice-présidente de la Conférence Consultative du Peuple Chinois (CCPC) de 2002 à 2008. Liu Yandong n’a jamais été à la tête d’une province ou même d’une municipalité. Toute sa carrière politique s’est déroulée à Pékin.

Etudes et carrière.

Née en 1945 à Nantong dans le Jiangsu, Liu est entrée au Parti à 19 ans, alors qu’elle suivait des études d’ingénieur chimiste à Qinghua. Elle a ensuite travaillé à l’usine chimique de Tangshan dans le Hebei de 1970 à 1972, puis au centre d’expérimentation chimique de Pékin au cours des deux années suivantes, pendant lesquelles elle assumait également les fonctions de commissaire politique de son unité de travail.

En 1980, elle est promue cadre au département de l’organisation du Parti de la ville de Pékin, puis n°2 du comité politique du quartier de Chaoyang dans l’est de Pékin. En 1982 elle assume les fonctions de vice-présidente de la Ligue Nationale de Jeunesse. Poste qu’elle occupe pendant 9 ans.

En 1991, elle rejoint le département du Front Uni, où elle est promue vice-secrétaire général, poste qu’elle occupera jusqu’en 1998, avant de prendre la direction du Front de 2002 à 2007, en même temps qu’elle est nommée Commissaire Politique de l’Institut Central du Socialisme, au sein la Conférence Consultative du Peuple Chinois, ce qui lui permet d’entrer dans la 2e grande assemblée du pays, dont elle assurera la vice-présidence de 2003 à 2008. Durant toute cette période, elle poursuit des études à temps partiel et obtient une licence de sociologie à l’Université de Pékin et un doctorat en droit à l’Université de Jilin.

Racines familiales, réseau et convictions politiques.

Par sa famille et sa carrière Liu a réussi à se mettre sous la coupe des clans souvent concurrents et placés sous l’influence de Jiang Zemin, Zeng Qinghong et Hu Jintao. Son père Liu Ruilong, ancien vice-ministre de l’agriculture avait facilité l’entrée au Parti du père de Jiang Zemin.

Elle-même et Zeng Qinghong fréquentaient dans les années 50 le même jardin d’enfants à Shanghai, dirigé par la mère de Zeng Qinghong, quand son père Liu Ruilong était chef de cabinet de la mairie de Shanghai et que le père de Zeng en était le vice maire. Enfin, la proximité de Liu Yandong avec Hu Jintao remonte à la Ligue de la Jeunesse quand tous deux y étaient conseillers politiques. Plus tard, elle fut l’adjoint de Hu quand ce dernier a été nommé Secrétaire Général de la Ligue.

Liu est mariée à Yan Yuanxing, Président de la China Southern Commerce & Technology Group. Leur fille, Yang Fan, travaille pour une société commerciale à Hong Kong.

Toute la carrière de Liu qui assuma systématiquement des postes de second, est marquée à la fois par sa discrétion, sa modestie, son extrême loyauté au Parti, son art du compromis et ses capacités de persuasion.

Récemment elle a été placée sur le devant de la scène par les médias, lorsqu’au printemps 2012 elle fut chargée de la délicate mission – dont elle s’est acquitté au cours d’un bref voyage à Shenzhen - de convaincre les hommes d’affaires de Hong Kong membres du Conseil Législatif de renoncer à élire leur candidat favori, le très impopulaire Henry Tang, affaibli par un scandale immobilier et une intrigue d’adultère, et de porter leur choix sur Leung Chun-ying, qu’ils connaissaient mal et dont ils se méfiaient.

Note sur le Front Uni. 中共中央统战部 Zhong Gong Zhong Yang Tong Zhan Bu

Le Front Uni émane du Comité Central et renvoie historiquement à l’alliance du Parti Communiste et du Guo Min Dang (KMT) pour lutter d’abord contre le chaos des seigneurs de la guerre dans les années 20, puis contre l’invasion japonaise. Supprimé par Mao puis recrée par Deng Xiaoping en 1979, il est placé sous l’autorité du Parti. Son rôle est de contrôler les partis non communistes ainsi que toutes les organisations pouvant exercer une influence sociale, académique, politique ou économique sur la société chinoise, tout en maintenant avec eux des liens étroits afin qu’ils soutiennent l’action du Parti.

Le Front est d’abord composé de 8 « petits Partis politiques » et de la fédération chinoise de l’industrie et du commerce. Son domaine d’action est vaste et extensible. Entretenant des liens étroits avec le ministère des Affaires religieuses, il est aussi un des instruments du contrôle des minorités ethniques et religieuses.

Lors du processus de rétrocession de Hong Kong, il a joué un rôle éminent dans la promotion du schéma « Un pays deux systèmes ». Il contribue également à la diffusion des « valeurs chinoises » à l’étranger et à la promotion de la relation avec Taïwan sous le concept « d’une seule Chine », dans la perspective d’une réunification sous la direction du Parti.

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Zhang Gaoli 張高麗. Economiste, pragmatique et discret

A 66 ans, Zhang est membre du Comité Central depuis 2002, Secrétaire du Parti de Tianjin et membre du Bureau Politique depuis 2007. Il possède l’expérience de 3 postes de Secrétaire Général importants, à Shenzhen, au Shandong et à Tianjin.

Etudes et carrière.

Né en 1946 à Jinjiang dans le Fujian, Zhang a rejoint le Parti à 27 ans. Diplômé de sciences statistiques de l’Université de Xiamen, il commence une carrière dans l’industrie pétrolière au Groupe pétrolier Maoming de Canton de 1970 à 1985. Après quoi, en 1985, à 39 ans, il est nommé à la tête de la Commission économique de la province de Canton.

Trois plus tard, il est gouverneur de Canton, poste qu’il occupe jusqu’en 1997, avant de prendre les fonctions de Secrétaire du Parti de Shenzhen, où il exerce jusqu’en 2001. A 55 ans, il devient gouverneur du Shandong, puis Secrétaire Général, poste qu’il occupe jusqu’en 2007 avant d’être muté à la tête de la municipalité autonome de Tianjin.

Racines familiales, réseau et convictions politiques.

La carrière rapide, sans histoire ni aspérités de Zhang est largement due à l’appui de Zeng Qinghong qui l’a promu au Shandong alors qu’il dirigeait le Département de l’organisation du Parti en 2001. Zhang a épousé une de ses collègues étudiantes de Xiamen, dont il a eu une fille, elle-même mariée à un riche homme d’affaires de Hong Kong.

La filiation politique du n°1 de Tianjin est clairement celle de la mouvance Jiang Zemin, Zhu Rongji, qu’ont dit « élitiste » et représentative de la côte Est. Elle est réformatrice selon les termes de l’économie de marché, mais peu impliquée dans la réforme politique. Lorsqu’il était Secrétaire Général de Shenzhen, Zhang s’était appliqué à faire de la RAS une vitrine de la politique de Jiang axée sur les progrès économiques, la gestion de l’urbanisation galopante et l’intégration au Parti des hommes d’affaires capitalistes, selon la théorie dite des « Trois représentativités ».

Discret, s’exprimant rarement, attentif aux exigences du Parti, loyal et sans histoires, Zhang constitue un archétype du bureaucrate rassurant, prisé par le régime. Ces qualités lui ouvriront presque certainement les portes du Comité Permanent. Comme la génération des plus de 65 ans, tels Wang Qishan, Liu Yunshan, Liu Yandong, Zhang Dejiang, Yu Zhengsheng (voir ci-après), il n’y siègera cependant que le temps d’un Congrès. La présence de ces anciens qui atteindront la limite d’âge en 2017, retardera d’autant l’accession au pouvoir des plus jeunes.

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Yu Zhengsheng 俞正聲. L’ingénieur à l’histoire familiale sulfureuse.

Agé de 67 ans, Yu est au Comité Central depuis 1997, membre du Bureau Politique depuis 2002, et Secrétaire du Parti de Shanghai depuis 2007. Siégeant au BP depuis 2 Congrès, Yu est qualifié pour entrer au Comité Permanent. Il bénéficie aussi d’appuis politiques importants. Mais ses connexions familiales liées à l’histoire tourmentée de la Chine, à la fois avec Chiang Kai-shek et avec la dernière épouse de Mao, l’implication de son frère dans une des plus sulfureuses affaires d’espionnage de l’histoire de la Chine, et des accusations de corruption créent quelques vulnérabilités qui pourraient handicaper sa promotion.

Etudes et carrière.

Né en 1945 à Shaoxing dans le Zhejiang, Yu est entré au Parti à l’âge de 19 ans, alors qu’il étudiait le contrôle et le guidage des missiles balistiques à l’institut technologique de Harbin. Doué pour la technique, il travaille d’abord comme ingénieur dans des usines de production d’appareils radio dans le Hebei, avant d’intégrer, en 1975, l’institut national pour la recherche électronique appliquée, où il gravit les échelons hiérarchiques jusqu’au poste de Directeur adjoint (1982). Il a lors 37 ans.

Il est ensuite promu à la direction du Département de microélectronique du Ministère de l’Industrie avant d’être muté au Shandong, où il séjournera 12 années (1985 – 1997), pendant lesquelles il tient successivement les postes de Secrétaire du Parti de Yantai et maire, puis SG de Qingdao. De 1997 à 2001, il est vice-ministre, puis ministre de la construction dans le gouvernement de Zhu Rongji.

Racines familiales, réseau et convictions politiques.

Yu est, par sa famille, directement connecté à l’histoire tourmentée de la Chine post-dynastique. Son père Yu Qiwei, aussi connu sous le nom de Huang Jing, secrétaire du parti de Tianjin au début des années 50, était le premier mari de Jiang Qing, la dernière épouse de Mao, tandis que le frère de son grand-père, Yu Dawei , oncle de Huang Jing, avait été l’un des ministres de la défense de Chiang Kai-shek.

Son frère Yu Qiangsheng, Chef de bureau à la sécurité d’Etat fut l’un des plus emblématiques transfuges vers les Etats-Unis en 1985. Sa défection avait permis de mettre à jour l’agent double Larry Chin Wu-tai, membre de la CIA qui se suicida en prison. Selon la rumeur, Yu Qiangsheng aurait été assassiné par des agents chinois sur une plage en Amérique Latine.

Yu, dont les handicaps ont été exposés plus haut, dispose aussi de puissants appuis politiques qui plongent leurs racines dans la mouvance de la famille Deng Xiaoping quand il travaillait au fond de soutien aux handicapés de Deng Pufang, au milieu des années 80 et jusqu’à Jiang Zemin, alors ministre de l’Industrie quand Yu y dirigeait le département d’électronique. Par sa femme, Zhang Zhikai, fille d’un général, qui fut n°2 du département général logistique, il est également lié à l’APL.

Dénonçant la corruption – dont il est cependant lui-même accusé -, il prône l’harmonie sociale et le renforcement de l’état de droit. Mais il n’a jamais rien proposé allant dans le sens de plus d’indépendance du système judiciaire et des assemblées.

 

 

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