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›› Politique intérieure

Le supplice du feu contre la règle chinoise

Alors que se prépare l’échéance majeure du 18e Congrès, le pouvoir chinois doit faire face à une nouvelle série de suicides par le feu au Tibet et dans la région de Xiahe au Gansu.

Le supplice de l’aïeul d’un des moines bien connus du monastère de Labrang en a déclenché d’autres dans la région du Gansu. La police qui paraît désarmée, cadenasse les accès à la région et contrôle strictement les communications.

A Pékin, le pouvoir condamne les gestes en les attribuant à des proches du gouvernement tibétain en exil et au Dalai Lama qu’il accuse de vouloir fomenter la sécession du Tibet. Mais à Dharamsala, les autorités tibétaines appellent avec insistance à l’arrêt des immolations.

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60 immolations par le feu depuis mars 2011

Le 13 octobre, un Tibetain de 52 ans, Tamdrin Torjee s’est immolé par le feu près du monastère de Tsoe dans le district de Kanlho au Gansu. Le suicide faisait suite à deux autres survenus au même endroit le 7 août et le 6 octobre derniers.

Tamdrin Torjee n’est pas un anonyme puisqu’il est le grand père d’une importante figure du bouddhisme lamaïque du monastère de Labrang, près de Xiahe, 50 km au sud-est. Son geste désespéré semble avoir donné le signal d’une nouvelle vague d’immolations.

10 jours plus tard en effet, un fermier de 50 ans se donnait la mort de la même manière dans la rue principale de Xiahe (photo). Le 25 octobre deux jeunes âgés de 20 et 25 ans, appartenant à une même famille se suicidaient près d’un bâtiment officiel de la ville Biru dans la province autonome du Tibet, à 400 km au Nord-est de Lhassa. L’un des deux supplicié est mort, l’autre a été évacué par la police.

Le 26 octobre deux bergers les ont imités dans la commune d’Amchok, également dans la région de Xiahe, dans la préfecture autonome du Gannan (Gansu), à 1300 km à l’ouest de Pékin. Le premier, en début d’après midi en face d’un poste de la Police Armée Populaire, qui, tenue à l’écart par la foule en colère, n’est pas intervenue.

Le deuxième, six heures plus tard au milieu de l’artère principale. Cette fois aucune police n’était présente lors du drame. Quand elle est arrivée, la foule a refusé de lui laisser examiner la dépouille.

La région où ont eu lieu les deux derniers suicides par le feu est proche du monastère de Labrang, le plus grand foyer du bouddhiste lamaïque hors du Tibet. Selon l’association « Tibet Libre » basée à Londres la police de Xiahe a bloqué les accès à la région et fermé les communications. Elle propose jusqu’à 7 000 $ pour tout renseignement indiquant la préparation d’une immolation et jusqu’à 30 000 $ pour des informations sur les groupes qui en facilitent la mise en œuvre.

Cette vague porte à 6 le nombre de décès par suicide entre les 13 et 26 octobre, l’une des périodes les plus meurtrières depuis que les moines tibétains et ceux qui leur sont proches ont décidé d’utiliser ce moyen pour protester contre la règle chinoise au Tibet et dans les régions limitrophes. Au total la Chine déplore au moins 60 immolations par le feu depuis mars 2011.

La plupart des immolations récentes ont eu lieu dans cette région du Gansu, autrefois partie du Grand Tibet. Les suppliciés sont soit des moines, soit des bergers, jeunes ou moins jeunes. Il est aussi arrivé que des femmes se suicident, comme cette jeune mère de deux enfants qui s’est donné la mort en août dernier, à la même place que Tamdrin Torjee. Parfois, les vctimes meurent au milieu des flammes en réclamant l’indépendance du Tibet. C’est le cas des suppliciés de Biru, le 25 octobre.

Presque toujours ils appellent au retour du Dalai Lama et à la libération des prisonniers politiques, y compris du Panchen Lama, enlevé par le Parti Communiste avec sa famille en 1995, alors qu’il était âgé de 6 ans et auquel Pékin a substitué un remplaçant que les Tibétains ne reconnaissent pas.

En mars 2009, le Panchen Lama de substitution désigné par le Parti dans le but de contrôler la succession du Dalai Lama avait pris part à la session annuelle de l’Assemblée nationale populaire, et Pékin avait tenté d’organiser pour lui une visite au Tibet et dans le Gansu pour légitimer sa nomination. Devant l’obstruction des Tibétains les visites avaient été annulées.

A Dharamsala les photos des suppliciés devenus des martyrs de la cause tibétaine sont exposées lors de services religieux en leur mémoire. Malgré les appels du Dalai Lama à cesser cette forme de protestation, nombreux sont ceux qui la considèrent comme légitime et comme la seule action possible face à la règle chinoise, dont un des premiers modes d’action est encore et toujours la répression.

Le plus inquiétant pour Pékin est peut-être que la grande majorité des suppliciés sont des jeunes et la principale cible des considérables efforts de développement et d’éducation que le Parti consacre à la province autonome.

 

 

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