Your browser does not support JavaScript!

Repérer l'essentiel de l'information • Chercher le sens de l'événement • Comprendre l'évolution de la Chine

 Cliquez ici pour générer le PDF de cet article :

›› Editorial

Un Comité Permanent d’attente et de transition

Comité permanent 2012
De gauche à droite 1er rang : XiJinping 59 ans ; Li Keqiang, 57 ans ; Zhang Dejiang, 66 ans ; Yu Zhengsheng 67 ans ; 2e rang Liu Yunshan, 65 ans ; Zhang Gaoli, 66 ans ; Wang Qishan, 64 ans.

Après une semaine d’un Congrès placé sous le signe de la prudence politique, dans un palais du peuple quadrillé par la police, dont certains agents étaient munis d’extincteurs pour étouffer les tentatives d’immolation par le feu de Tibétains ayant échappé aux contrôles, le nouveau Comité Permanent du Parti, dont la composition a été dévoilée le 15 novembre, donne le sentiment que l’appareil, fortement secoué par les scandales et une série de révoltes populaires, hésite devant la perspective des réformes politiques.

Echaudé par l’affaire Bo Xilai, confronté à une longue suite de problèmes économiques, sociaux et politiques, le régime, qui est revenu à un Comité Permanent à 7 membres comme en 2002, a, pour les 5 ans qui viennent, manifestement désigné des hommes dont la loyauté au Parti est incontestable et qui s’abstiendront de le mettre en difficultés par des initiatives politiques dangereuses pour son magistère.

Si les règles de départ à la retraite entre 68 et 70 ans sont maintenues, aucun des nouveaux n’est suffisamment jeune pour accomplir deux mandats. A part Xi Jinping et Li Keqiang, qui sont de très loin les plus jeunes de l’équipe – moyenne d’âge 58 ans, contre 65 ans pour les 5 autres -, les derniers arrivés devront tous quitter la scène en 2017.

Dans ces conditions, où ce sont les conservateurs qui dominent la structure de décision suprême du régime, on voit mal comment Li Keqiang pourrait entamer les réformes du schéma de développement, dont il avait fait tracer la perspective en cautionnant le rapport de la Banque Mondiale sur la Chine, publié le 27 février 2012, signé conjointement par le Président Robert Zoellick et le Directeur du Centre de Recherche du Conseil des Affaires Etat, Li Wei. (Lire notre article « L’ANP 2012, testament politique de Wen Jiabao ».

Le texte du rapport pointait du doigt les intérêts corporatistes, les monopoles industriels et les groupes, institutions ou personnes qui bénéficient de privilèges particuliers ou de traitements préférentiels rendus possibles par l’actuel fonctionnement du pouvoir et des institutions. Autant d’obstacles aux réformes, que le nouveau Comité Permanent tel qu’il est aujourd’hui n’a probablement pas l’intention, ni les moyens politiques de bousculer.

++++

Les réformes politiques attendront.

A part Xi Jinping et Li Keqiang, dont la nomination était attendue, les hommes nouveaux nommés au sommet du Parti sont en effet plutôt âgés. La moyenne d’âge de Zhang De Jiang, Yu Zhengsheng, Liu Yunshan, Wang Qishen et Zhang Gaoli est de 65 ans, ce qui signifie qu’aucun d’entre eux n’accomplira un deuxième mandat. En 2017, le couple Xi Jinping – Li Keqiang devra donc continuer sa route avec une équipe entièrement renouvelée. Lire les biographies de Xi Jinping, « le pragmatique, consensuel et manœuvrier » et Li Keqiang, « Le juriste lucide et réformateur ».

Par ailleurs, parmi les 5 nouveaux promus du Comité Permanent, seul Yu Zhengsheng, proche de Jiang Zemin, a parfois milité pour un renforcement de l’état de Droit, en même temps qu’il a toujours affirmé son attachement aux lois du marché. Il n’a cependant jamais rien proposé de concret pour faire progresser le Parti dans la direction de l’indépendance de la justice ou conférer aux assemblées le pouvoir de contrôler les politiques publiques. Lire notre article « Coup de projecteur sur le futur pouvoir central chinois. 2e Partie ».

Wang Qishan, nommé à la tête de la commission de discipline du Parti en charge de la lutte contre la corruption, et Zhang Gaoli appartiennent au mouvement des réformateurs économiques. Egalement fidèles de Jiang Zemin, ils militent pour une réforme financière et se disent, eux aussi, attachés aux lois du marché, mais sont restés muets sur les réformes politiques. Mais l’affectation de Wang à la Commission de Discipline lui ôtera une part de son influence. Zhang Gaoli, n’a pas le même niveau de compétence que Wang et est même connu pour avoir accumulé les dettes et multiplié les projets d’infrastructures superflus à Tianjin. Lire nos articles « Coup de projecteur sur le futur pouvoir central chinois. 1re Partie » et « Coup de projecteur sur le futur pouvoir central chinois. 2e Partie ».

Quant à Zhang Dejiang qui remplaça Bo Xilai à Chongqing, et fut, dans les années 80, formé à l’économie en Corée du Nord, à l’Université Kim Il Sung, il est adepte des grandes entreprises publiques, des monopoles et de la planification d’état et se méfie du marché. Lors de son passage à la tête de la province de Canton, il s’était clairement montré hostile à l’ouverture politique, au point que son mandat dans la province du sud fut marqué par de constantes échauffourées avec les journalistes plus indépendants du sud de la Chine et notamment ceux de l’hebdomadaire Sud magazine, Nanfang Zhoukan, 南方周刊. (Lire « Coup de projecteur sur le futur pouvoir central chinois. 1re Partie »).

Mais, le signe le plus évident d’un net freinage politique est que les deux plus ardents promoteurs de l’ouverture, Wang Yang et Li Yuanchao, ont été écartés. Le virage conservateur est d’autant plus clair que les deux hommes ont une excellente réputation dans l’appareil et qu’ils tiennent tous les deux des fonctions de premier plan. L’un à la tête de la très difficile et très turbulente province de Canton, et l’autre à la fois comme chef du secrétariat du Parti et Président de la puissante Commission d’Organisation du Parti, 中共中央组织部 - Zhonggong Zhongyang Zuzhi Bu.

La mise à l’écart insolite de Li Yuanchao mérite qu’on s’y arrête, tant elle apparaît comme une sévère défaite de la faction Hu Jintao à laquelle il appartient. Le poste qu’il occupe contrôle en effet les nominations et les mouvements de personnels au sein de la bureaucratie. A ce titre Li Yuanchao est dépositaire du secret des enquêtes sur les membres du Parti ainsi que des appréciations confidentielles sur leur loyauté au système. Il a donc théoriquement le pouvoir de faire ou défaire les carrières.

Pour toutes ces raisons, sa promotion au Comité Permanent paraissait assurée, d’autant qui semblait faire l’unanimité entre les factions. A Pékin, la rumeur court que sa mise à l’écart, comme celle de Wang Yang aurait été décidée sous la pression de Jiang Zemin et Li Peng, dont il faut rappeller qu’ils avaient accompli des stages de formation en URSS et qu’ils sont les héritiers directs des répressions politiques de 1989 qui avaient écarté la totalité des réformateurs.

Lire « Coup de projecteur sur le futur pouvoir central chinois. 2e Partie » et « Coup de projecteur sur le futur pouvoir central chinois. 1re Partie »

Enfin, parmi les nouveaux venus, le seul proche de Hu Jintao est Liu Yunshan. Encore s’agit-il d’un apparatchik, spécialiste de la propagande, et du seul membre du nouveau Comité Permanent n’ayant aucune expérience de la direction politique d’une province. Ses convictions sont héritées des habitudes de contrôle, de manipulation de la pensée et de la mise sous le boisseau des médias. Elles sont à l’opposé de celles des réformateurs. (« Coup de projecteur sur le futur pouvoir central chinois. 2e Partie »).

En présentant les nouveaux membres du Comité, Xi Jinping, qui occupera d’emblée le poste de Président de la Commission Militaire Centrale, libéré par Hu Jintao contrairement à Jiang Zemin qui était resté en fonction jusqu’en 2004, a indiqué que le Parti, dont le fonctionnement était trop bureaucratique, devait rester en alerte et s’attaquer sans délais à l’éradication de la corruption et à rétablir une relation confiante avec le peuple.

On peut se demander si, disant cela, Xi Jinping avait conscience qu’une des raisons de la rupture entre le pouvoir et la société civile, de plus en plus réactive, était précisément l’opacité dans laquelle se déroulait les choix des dirigeants, dont la nomination est soumise à de multiples influences occultes, y compris celle des responsables depuis longtemps retirés, comme Jiang Zemin, pourtant au bord de trépasser il y a à peine quelques mois, aujourd’hui encore très fatigué, mais dont chacun aura remarqué la présence obsédante aux côtés de Hu Jintao, pendant le Congrès.

++++

NOTES DE CONTEXTE

Commission Militaire Centrale.

A côté de Li Keqiang, pressenti dès 2007, le seul allié du Président sortant au Comité Permanent est Liu Yunshan, dont le poids politique est faible. Le fait que Xi Jinping occupe directement le poste de Président de la Commission Militaire Centrale peut être interprété comme une nouvelle défaite de Hu Jintao, qui n’aurait pas réussi à s’imposer, contrairement à Deng Xiaoping et Jiang Zemin restés en poste à la tête de l’APL deux ans après la désignation d’un nouveau Comité Permanent.

Toutefois la nouvelle configuration d’un Président prenant directement la tête de l’APL constitue une modernisation et une clarification, propres à tenir à distance les factions adverses et les manœuvres obliques d’opposants éventuels, tentés de s’appuyer sur l’armée. Elle participe incontestablement d’une consolidation du pouvoir politique chinois.

Wang Qishan.

Avec l’étonnante mise à l’écart de Li Yuanchao, la nomination de Wang Qishan à la tête de la Commission de Discipline du Parti – poste qui revenait logiquement à Li Yuanchao -, constitue une autre surprise de taille. Il est en effet préoccupant que, par les temps qui courent, ce spécialiste incontesté de l’économie de marché et des questions financières ait été mis en charge de la Commission de discipline du Parti.

Toutefois, compte tenu de sa réputation d’efficacité dans les situations d’urgence, il est possible que la nomination de Wang à la tête de l’organisme chargé de lutter contre la corruption signale l’importance que le Parti accorde à ce fléau qui mine le régime.

Enfin, certains avancent l’hypothèse que Wang aurait été écarté d’un poste économique et financier pour ne pas gêner Li Keqiang quand il prendra les rênes du gouvernement en mars 2013. Mais le plus probable est peut-être que les caciques aient eu peur des informations détenues par Li Yuanchao, à la Commission d’Organisation.

 

 

Mer de Chine méridionale. Le fait accompli se pare de juridisme

[15 septembre 2021] • François Danjou

En Afghanistan, Pékin face à la surenchère terroriste

[29 août 2021] • François Danjou

La diplomatie du chantage. Quand le rapport de forces subjugue le droit

[16 août 2021] • François Danjou

« Adoucir l’image internationale de la Chine ». Les intellectuels à la manœuvre

[5 août 2021] • François Danjou

Le défi de la sécurité des Chinois au Pakistan

[24 juillet 2021] • François Danjou