Your browser does not support JavaScript!

Repérer l'essentiel de l'information • Chercher le sens de l'événement • Comprendre l'évolution de la Chine

 Cliquez ici pour générer le PDF de cet article :

›› Economie

4e trimestre 2012. Xi Jinping et Li Keqiang à la manœuvre

Avec le 18e Congrès et la relève de plus de 65% des hommes politiques de la haute direction du régime, la période fut d’abord marquée par une reprise économique articulée autour de la hausse très sensible de l’excédent commercial, de la production industrielle et des activités de services, sans pour autant que le schéma de développement du pays ait été modifié, notamment dans l’Ouest, où la croissance, qui se nourrit des investissements d’infrastructure reste un des moteurs de la reprise.

La période fut aussi marquée par un élan pour les réformes exprimé par nombre de caciques du régime, persuadés qu’elle est une condition essentielle de la poursuite de la modernisation du pays.

A cet égard, les deux nouveaux hommes forts, le Secrétaire Général, futur président qui sera intronisé en mars et son n°2, le futur Premier ministre, ont chacun de leur côté payé de leur personne. Xi Jinping, a d’abord repris la route du Sud, pour réaffirmer 20 ans après Deng Xiaoping l’urgence des réformes, avant de se rendre dans une campagne déshéritée proche de Pékin, symbole du déséquilibre de la croissance, qui, avec la corruption de l’oligarchie, constitue un des principaux talons d’Achille du régime.

Li Keqiang, économiste averti et jaloux de ses prérogatives, qui, dit-on, fut le principal artisan de la mise à l’écart de Wang Qishan, affecté à lutte contre la corruption, en dépit de son expérience dans la sphère économique, a non seulement plaidé pour la réforme du marché, mais également pour l’ouverture sociale. Le 21 novembre il expliquait à un parterre de responsables locaux, que le pays ne réussirait sa mutation qu’à la condition de libérer non seulement les forces du marché, mais également celles de la société.

Mais les obstacles sont nombreux, retranchés dans la rémanence d’une machinerie bureaucratique verticale politiquement corsetée, qui fonctionne depuis trente ans appuyée sur l’export, sensible à la conjoncture mondiale et sur l’investissement massif gaspilleur et générateur de corruptions.

Dans ce contexte politiquement rigide et artisan d’une croissance déséquilibrée et mercantile, l’innovation, pourtant considérée par tous, au même titre que la réforme, comme la condition essentielle d’un nouvel élan modernisateur, peine à s’exprimer ; tandis que les féodalités des prébendes abritées derrière la collusion entre les banques et les grands groupes publics freinent à la fois la réforme du schéma de développement et l’ouverture sociale, qu’ils considèrent comme des menaces pour leurs avantages acquis.

++++

CONTROLE MACRO ECONOMIQUE

L’année 2012 s’est achevée avec une reprise sensible des exportations - + 14% par rapport à décembre 2011 -, une production industrielle et des ventes de détail en hausse, de solides investissements dans le secteur immobilier et l’infrastructure, une vigoureuse relance du secteur sidérurgique et un chiffre de croissance annuelle de 7,8%, qui reste cependant la plus faible performance en 13 ans.

Dans ce contexte, la nouvelle direction du Régime, qui craint toujours le gonflement de la bulle immobilière et une reprise de l’inflation, se méfie des politiques de relance financière à manier avec prudence, génératrices d’inflation. Il privilégie la « stabilité et la continuité », assorties de préoccupations sociales appuyées par une politique de relance du secteur privé. C’est ce qui ressort de la Conférence économique centrale de novembre.

Selon les termes du communiqué final, repris par l’Ambassade de France en Chine, l’accent sera mis sur le contrôle de la masse monétaire et des marchés immobiliers, la baisse des impôts pour soutenir les PME et les services, à quoi s’ajoutent l’augmentation du financement social et le rappel de la nécessité de poursuivre le rééquilibrage de l’économie vers un schéma plus qualitatif que quantitatif.

Cette exigence répond, entre autres, aux défis de l’urbanisation galopante, nouvelle opportunité de croissance qui appelle aussi à une remise en cause fondamentale de la structure de développement du pays, où – les experts chinois et étrangers le répètent depuis plusieurs années – la consommation intérieure doit prendre le relais de l’export.

Dans la livraison de janvier 2013 de « China Leadership Monitor », Barry Naughton signale l’esprit de réforme véhiculé par le nouveau couple au pouvoir, Xi Jinping et Li Keqiang – ce dernier prendra ses fonctions de Premier ministre en mars prochain -.

Il fait remarquer une rupture avec la geste maoïste, dont Hu Jintao ne s’était en revanche pas détaché lors de son accession au pouvoir il y a 10 ans. En revenant à Shenzhen, Zhuhai et Canton, sur les traces de Deng Xiaoping, 20 ans après, « Xi Jinping a marqué la fin de 10 années de stagnation des réformes », ajoute B. Naughton ; ajoutant que le nouveau Secrétaire Général s’inscrit aussi dans l’héritage pragmatique et concret du « petit timonier » en insistant sur l’importance de parler vrai, qui sonne comme un attaque contre la précédente direction du régime : « les paroles creuses mettent le pays en danger, seul le travail concret conduira au renouveau – 空 谈 误 国, 实 干 兴 邦 - ».

Mais c’est à l’évidence Li Keqiang, spécialiste reconnu de l’économie que reviendra la responsabilité de promouvoir les réformes, non seulement économiques, mais également de société, ce qui laisse aussi entrevoir des initiatives dans le domaine politique.

Lors d’une réunion à Pékin des 11 responsables des « zones pilotes pour une réforme globale », le 21 novembre, Li Keqiang a d’abord clairement posé le problème par un constat qui, lui aussi, paraissait un attaque contre son prédécesseur Wen Jiabao : « la réforme est comme un bateau navigant contre le courant ; s’il n’avance pas, il recule », ajoutant que ses intentions étaient de libérer à la fois la société et le marché : « nous réussirons notre mutation si nous laissons non seulement au marché, mais également à la société, les rôles qu’ils doivent jouer », une formulation d’autant plus forte que le régime est précisément toujours tenté par le contrôle étroit de la société, prôné au sein du Bureau Politique par Liu Yunshan, et Zhang Dejiang, mais critiqué par nombre d’experts chinois. Lire notre article L’obsession de stabilité sociale, principal obstacle au développement d’une société civile dynamique et responsable.

Enfin, comme pour tempérer son appréciation plutôt optimiste sur la capacité de la nouvelle direction à mettre en oeuvre de vraies réformes de fond, Barry Naughton révèle une péripétie du voyage du nouveau Secrétaire Général à Canton dont la presse a très peu rendu compte. Pour Xi Jinping, la région de Canton n’a pas qu’une signification politique. Elle est aussi la province où son père, Xi Zhongxun, qui fut un des théoriciens des Zones Economiques Spéciales, s’était retiré après s’être opposé à Deng Xiaoping, à qui il reprochait d’avoir limogé le réformateur Hu Yaobang, qui fut également le mentor de Wen Jiabao (Lire notre article 再回兴义忆耀邦 (Zai Hui Xingyi Yi Yaobang)).

Mais la presse officielle a occulté la visite de Xi Jinping à sa mère qui réside toujours à Shenzhen. A l’évidence, commente B. Naughton, à propos des réformes, « le nouveau Secrétaire Général préfère communiquer autour de l’image de Deng Xiaoping plutôt qu’en rappelant les prises de position de son père, bien plus libérales que celles de Deng ».

++++

FINANCES

Il est difficile de se faire une idée exacte de la situation des finances du pays tant les informations sont contradictoires ou imprécises. Alors que la croissance des réserves de change se tasse (3300 Mds de $ en décembre + 10 millions de $ depuis septembre), que le Yuan, qui s’est apprécié de moins de 3% en 2012, a cependant atteint sa plus forte valeur depuis 19 ans - une valeur considérée à l’équilibre avec le Dollar par la Banque Centrale -, que Zhou Xiaochuan, le directeur de la Banque Centrale a réaffirmé la bonne santé du système financier chinois « la nature de nos finances grises est différente de celle des pays occidentaux, et les problèmes de notre système bancaire sont bien moindres que les leurs », les observateurs étrangers comme Moody’s continuent néanmoins à spéculer sur l’existence d’importantes dettes non recouvrables.

Le même Moody’s explique que la réforme pour une meilleure efficacité du capital doit être accélérée : « sans une réforme des banques selon les critères du marché, conditions d’une allocation de capitaux plus efficace et en l’absence de services compétitifs, il est probable que la croissance faiblira rapidement ». Dans le même temps à Wenzhou, la réforme financière décidée en mars dernier pour éradiquer les officines de financements mal contrôlées et couvertes de dettes, était lancée à la fin novembre, tandis que, dans la ville, le montant des dettes toxiques atteignait 3% en août, le plus haut niveau depuis 10 ans.

A Wenzhou, depuis mars, une trentaine de nouvelles petites officines de prêts ont été enregistrées pour un capital total de 1,28 Mds de $, tandis que les sociétés privées opérant dans la ville ont sollicité l’autorisation de créer des banques rurales, ainsi que des sociétés d’investissement et d’assurance. Mais la ville attend toujours les autorisations devant permettre aux résidents d’investir directement à l’étranger, en monnaie chinoise. (Lire notre article Wenzhou, laboratoire financier du Parti).

Enfin, à la mi-novembre, Zhou Xiaochuan, Directeur de la Banque Centrale relançait le débat sur les risques d’inflation, liés à une politique d’investissements publics trop agressive : « durant la transition économique, il existe une tendance générale à la surchauffe, c’est pourquoi le danger inflationniste n’a pas disparu, il constitue même le principal risque à long terme de l’économie en cours de mutation ».

A cet effet, Zhou conseillait de contrôler strictement la politique de relance : « les pressions tendent en général à libérer les investissements et à faciliter le crédit ; il n’y a jamais de pressions pour contrôler l’inflation ». Y a t-il une relation de cause à effet suite à une cabale contre lui lancée par les tenants des prébendes et partisans d’une forte relance qui leur ménagerait de nombreux canaux d’enrichissement, mais, au 18e Congrès, Zhou qui est également un ardent partisan de l’ouverture, n’a pas été reconduit au Comité Central. En mars prochain, il sera remplacé à la tête de a Banque Centrale.

Comme pour relayer le mises en garde de Zhou, le 19 décembre dernier, la Banque Mondiale alertait les pays asiatiques et la Chine contre la création de bulles financières liées à la reprise économique et critiquait la tendance de Pékin à jouer sur le taux de change avec le dollar pour contrôler sa masse monétaire.

Selon l’agence Fitch, le total des crédits, y compris ceux des agences de financement grises aurait atteint 24 Mds de $, soit une augmentation de 14 Mds de $ depuis 2008, comparable aux dérives du système bancaire américain. Pour la Banque Mondiale, à l’avenir toute relance ne devrait reposer que sur l’augmentation des impôts et non pas sur un relâchement du crédit. « Les anciennes méthodes de relance facile par injection massive de capitaux ne fonctionneront plus à l’avenir ».

Enfin le 27 décembre, contredisant les déclarations de Zhou Xiaochuan, le vice-ministre des finances Li Yong expliquait que l’accélération de la dette mettait le système financier chinois sous tension : « Il existe d’importants risques potentiels dus à l’accélération des prêts immobiliers et des crédits dans les secteurs industriels connexes, consentis par les officines de crédit des provinces ».

++++

ENERGIE - PRODUCTION – INNOVATION

Au milieu d’une avalanche de chiffres positifs signalant la reprise économique, la situation a été marquée par un élan public donné à l’industrie aéronautique qui cherche également des financements privés, et surtout par la relance du vaste chantier socio-économique déjà ouvert en février 2012, destiné à augmenter les revenus des campagnes.

La reprise est attestée par la hausse de l’indice PMI à 50,6% - avec un habituel décalage de l’indice HSBC à 51,5% -, une forte croissance des services, articulée autour d’une explosion des IDE dans le secteur des transports urbains, des télécoms et des réseaux fixes de transports d’hydrocarbures, une hausse des ventes de détail de + de 14%, et une croissance des investissements dans le secteur de la construction, à quoi il faut rajouter un rebond de l’acier chinois - + 8% de croissance de la sidérurgie, avec une production record de 700 millions de tonnes en 2012, 14% d’augmentation du prix de l’acier en un an, avec, cependant, l’effet collatéral d’une hausse de plus de 30% du prix du minerai de fer australien.

Les déceptions sont dans le sud avec les difficultés rencontrées par les industries d’exportation de la région de Canton, notamment celles assemblant des téléphones portables (fermetures d’usines, licenciements, pertes sèches pouvant aller de 15 000 à 25 000 $ / mois).

La priorité en faveur des campagnes a été marquée, à la fin janvier, par la visite de Xi Jinping au village déshérité de Luotowan à 290 km au sud de Pékin, dans le Hebei, sortie symétrique de son récent voyage dans le sud, qui fut aussi un coup de cymbale adressé à la bureaucratie pour qu’elle s’investisse plus dans les efforts destinés à réduire le fossé entre les villes et les campagnes.

Il ne fait pas doute que cette escapade surprise mettra en mouvement des subsides et des projets déversés sur ces populations laissées pour compte, dont les revenus annuels ne sont que de 160 $ par an, contre 4000 $ dans les villes. Mais il restera à faire en sorte que le flux de ces subsides ne soit pas détourné.

Au-delà des campagnes et de l’aéronautique et parallèlement au lancement de la ligne de TGV Wuhan – Canton, la période a également vu resurgir les questions liées à la capacité d’innovation du pays, ainsi que les débats qui interrogent la capacité de la Chine à accélérer le passage aux énergies vertes pour diminuer sa dépendance au charbon et réduire une pollution, dont l’ampleur ne faiblit pas.

Réforme rurale. Rééquilibrage villes – campagnes

Les objectifs définis avaient déjà été dévoilés en 2012, avec la désignation de 24 zones pilotes pour l’étude de 6 secteurs clés (système bancaire des campagnes, gestion des allocation publiques pour le développement rural, coopératives rurales, droits de propriété, gestion moderne des exploitations, intégration et rééquilibrage villes – campagnes dans les secteurs des services médicaux, des logements et des transports).

Le nouveau pouvoir entend relancer ces projets en vue d’augmenter notablement les revenus des agriculteurs en leur allouant une plus grande part des revenus de la terre, en réduisant la dépendance des administrations locales à la spéculation immobilière pour mettre fin aux conflits fonciers politiquement dangereux – en 2012 il y a eu des conflits plus ou moins sévères dans 43% des villages -, et, in fine, pour assurer une meilleure redistribution de la richesse entre villes et campagnes, dont le différentiel de revenus est toujours de 1 à 3 (en moyenne 18 500 yuans, contre 6700 yuans). En rehaussant les revenus des campagnes, le pouvoir espère aussi contribuer à une hausse de la consommation interne.

La réforme vise également à développer une politique de la ville qui ne soit pas seulement basée sur la propriété et la spéculation immobilière, mais sur le développement durable des services, de la santé, des asiles de vieux, des transports, de l’éducation et des logements. Elle s’accompagne d’une réflexion sur la réforme du Hukou, dont la mise en œuvre est cependant un casse tête, compte tenu du coût, de la faible capacité d’accueil des grands centres urbains et des réticences d’une partie de la nouvelle classe moyenne qui peuple les villes. Lire Les embarras de la réforme du Hukou.

++++

ENERGIE - PRODUCTION – INNOVATION (suite)

AVIC cherche des capitaux privés.

En marge d’un effort public sans précédent pour dynamiser l’industrie des moteurs d’avions chinois (Lire Succès et déboires de la modernisation de l’APL), Lin Zuoming, le patron d’AVIC, le géant de l’aéronautique (400 000 employés et 200 filiales) a déclaré, lors du 18Ie Congrès, que son groupe allait rechercher des capitaux privés sur les marchés financiers en Chine et à Hong Kong pour construire le premier moteur d’avion chinois de classe internationale. Il a aussi précisé qu’AVIC avait déjà dégagé 1,6 Mds de $ pour la recherche. A la mi-novembre, à la suite de cette annonce les actions d’AVIC, dont seulement une partie est listée à la bourse de Hong Kong, ont augmenté de 7,7%.

AVIC détient déjà des parts dans les secteurs de l’optronique - China Aviation Optical-Electrical Technology Co - , et de l’avionique CN AVIC Avionics Equipment Co Ltd , ainsi que dans Jiangxi Hongdu Aviation Industry Co et Hafei Aviation Industry Co Ltd. Pour le groupe, qui dit vouloir quadrupler ses ventes d’ici 2020 – à 157 Mds de $ -, le but est de construire un moteur à hautes performances et globalement compétitif pour 2020. Cet objectif doit inciter les groupes étrangers concurrents – notamment GE, SAFRAN – à considérer avec prudence la coopération technologique avec AVIC et à développer des stratégies de transferts contrôlées et calculées.

Selon AVIC, en Chine, le marché de l’aviation civile augmentera de 8% par an – 9,5% pour les cargos - , dans les 20 prochaines années.

TGV Pékin – Canton.

Le 26 décembre 2012, la Chine a mis en service la ligne TGV Pékin – Canton, 2298 km, - 8 heures de voyage au lieu de 20 - à la vitesse de 300 km/h. Le prix du voyage Pékin - Hong Kong est à 139 $, soit 25% moins cher que les tarifs les plus avantageux par avion. Il s’agit du plus long tronçon commercial du monde, parti d’un vaste réseau de 16 000 km qui, en 2015, devrait relier Pékin, Wuhan, Shanghai, Canton, Zhuhai, Shenzhen et Hong-Kong, avec un accès direct au métro de Kowloon, aujourd’hui en construction.

La durée considérablement raccourcie de la solution TGV, de plus en plus prisée par les usagers en dépit du coût - le prix d’un billet dans un train normal n’est que de 70 $ et 40 $ en « couchettes dures » -, constitue une concurrence pour les compagnies aériennes chinoises, dont beaucoup sont déjà endettées au-delà du raisonnable.

Mais les projets TGV ont englouti de vastes capitaux et provoqué le creusement de la dette (640 millions de $), dans un contexte marqué par d’infinies corruptions et d’importants gaspillages de fonds publics. Lire Le rail chinois, la corruption du ministre et les ramifications occultes d’un scandale.

Les inquiétudes sur la qualité des constructions et la sécurité du réseau exprimées par les responsables chinois et japonais lors du limogeage du ministre du rail, le 12 février 2011, se matérialisèrent lors de l’accident de TGV survenu à Wenzhou, en juillet 2011. Au-delà des questions techniques et de sécurité, la manière dont a été développé le TGV est un reflet saisissant de l’ancien schéma de développement, articulé autour de fiefs industriels, que la nouvelle direction du pays entend réformer.

Le style et la méthode de Li Zhijun, le ministre limogé, étaient en effet représentatifs d’un développement articulé autour de projets nourris de nationalisme visionnaire, mais dispendieux, détournant sans contrôles les ressources financières du pays vers des objectifs, certes porteurs de progrès technologiques et de renommée, mais en réalité de plus en plus décalés par rapport aux investissements sociaux, dont chacun – à commencer par le nouveau n°2 du régime, Li Keqiang - mesure à quels points ils sont aujourd’hui indispensables.

En août 2011, un article très critique de Caijin, citait Wu Jinglian le doyen des économistes chinois : « les récents événements au ministère du rail nous ont donné raison. Le système de monopole d’état ne se contente pas de poser des voies ferrées et de fabriquer des trains, il contrôle et gère les grandes entreprises, tient les rênes de la sécurité interne et continue même d’avoir la haute main sur l’appareil judiciaire, en dépit des réformes ».

Enfin, la multiplication des lignes TGV modifie le paysage économique chinois, d’abord en dégageant les anciennes voies, dont une part de plus en plus grande est désormais réservée au fret, dont le volume explose, avec cependant un arrangement à trouver entre forteresses des prébendes, puisque les grands groupes d’état, principaux bénéficiaires du nouveau trafic de marchandises espèrent bien obtenir de tarifs préférentiels, ce qui n’est pas du goût du ministère des transports et surtout de tous ceux qui militent pour l’introduction d’une réelle économie de marché.

++++

ENERGIE - PRODUCTION – INNOVATION (suite)

Innovation et brevets d’invention chinois.

La publication en décembre 2012 par les Nations Unies du nombre de brevets d’invention déposés pas la Chine en 2011, qui la place en tête des statistiques mondiales avec 526 412 brevets déposés – soit plus de 26% des brevets mondiaux, les Etats-Unis se situant en 2e position (503 582 ) et le Japon 3e (342610) -, donne l’occasion de revenir sur les caractéristiques de l’innovation en Chine – à titre de comparaison, en France, 12 480 brevets « made in France » ont été déposés en 2011 à l’Institut National de la Propriété Individuelle avec le palmarès suivant : PSA 1237, SAFRAN 573, Commissariat l’Energie Atomique (CEA) 545, L’Oréal 482, EADS 405, CNRS 383, Thalès 341, Renault 245 -.

Selon, Huang Yasheng, Chinois émigré aux Etats-Unis, Docteur en gestion et ancien consultant à la Banque Mondiale, en dépit des sommes investies dans la R&D, qui place la Chine presqu’au même niveau que les leaders mondiaux de la recherche, et malgré le nombre important d’ingénieurs formés, les résultats ne sont pas à la hauteur des espérances du Régime. La première raison en est que le pays n’est pas une « République de la science », mais « une République de gouvernement ». Dans ce contexte hiérarchique vertical, « les doyens et présidents des universités sont des hommes puissants, et les professeurs et chercheurs se considèrent comme leurs employés », ce qui constitue un contraste important avec la situation de leurs collègue occidentaux.

Dans ce paysage très politique, « l’échange d’informations et de données, ainsi que la dissémination des résultats de la recherche se font mal, notamment lorsque les sujets étudiés ont une résonance politique ». Huang Yasheng ajoute « la naissance d’un schéma de croissance basé sur l’innovation, tel que l’espère le régime chinois, ne sera pas le résultat d’une simple extension de l’actuel modèle, même si on y consacre d’importantes dépenses de R&D. Une croissance innovante exige plus que la capacité à recopier les technologies et modèles économiques étrangers. Elle dépend d’abord de la qualité de l’état de droit, de la protection de la propriété intellectuelle, de la liberté de penser et de contredire l’autorité, le tout sous un gouvernement dont le pouvoir est contraint par le Droit ».

Il convient enfin de préciser que les 75% des brevets déposés par des inventeurs chinois sont des « modèles d’utilité », une forme de « sous-brevet d’invention », qui s’obtient rapidement, sans examen préalable de validité. Ce type de droit de propriété industrielle, qui figure dans la loi sur les brevets en Chine depuis la première version de 1983, existe également dans d’autres pays. Certains délivrent des brevets d’invention sans examen préliminaire de validité. C’est le cas, entre autres, de la Belgique, de Chypre, de la Grèce, et de la France -.

S’agissant des publications, on constate également une explosion du nombre des journaux scientifiques chinois, passé de 27 à plus de 150 en 10 ans, plaçant numériquement les articles chinois au 3e rang des publications scientifiques mondiales, après les Etats-Unis et la Grande Bretagne. En 2010, la Chine est également devenue le 1er contributeur de publications répertoriées par Engineering Index, signalant une progression significative du nombre d’articles dans les domaines de la génétique et des nanotechnologies. Mais, si on examine le pourcentage de citations d’articles chinois dans la somme des publications globales on constate qu’il n’est que de 4%.

Pollution, énergies alternatives, énergies vertes.

Voilà longtemps que les autorités chinoises sont concernées par les problèmes de pollution qui accablent le pays. Et nombre d’agents de l’état sont déterminés à porter le fer dans la plaie, en mettant clairement sur la table la dimension des défis.

Ce n’est pas un hasard si le dernier rapport de Greenpeace « Thirsty Coal – le charbon assoiffé - », dont une partie a été rédigée grâce à la coopération de la puissante et très publique Académie des Sciences Sociales (ASS), a été publié en Chine. On y lit notamment que, d’ici 2015, la Chine a l’intention de construire 16 nouvelles centrales au charbon, dans quelques unes des régions les plus arides de Chine, ce qui, précise le rapport, « provoquera de nouveaux désastres écologiques et aura des conséquences graves sur la qualité des eaux ».
(Accéder au rapport de Greenpeace)

S’agissant de la pollution carbone, la Chine et les Etats-Unis, les 2 plus grands émetteurs d’oxyde de carbone de la planète, rejettent à eux seuls dans l’atmosphère 6 fois plus d’effluents toxiques que la Russie classée n°3. Encore le potentiel de catastrophe est-il considérable, puisque le pourcentage d’oxyde de carbone rejeté par habitant est aujourd’hui 5 fois inférieur en Chine qu’aux Etats-Unis et que la croissance chinoise tend à réduire inexorablement cet écart.

A quoi s’ajoute la pollution des eaux. Selon Wang Jinnan, vice-président de l’ASS, qui s’exprimait récemment dans un colloque à Hong Kong, s’il était vrai qu’en Chine « quelques uns des polluants traditionnels tels que l’oxyde de souffre étaient aujourd’hui sous contrôle, il existait d’autres problèmes, comme les toxiques chimiques, qui posaient des risques de santé encore plus graves ».

Depuis la rédaction du 12e plan, la direction du régime a pris conscience des défis.
Lire notre article Environnement : Un ministère plus puissant, mais toujours de grands défis.

Aujourd’hui, elle tente de se conformer à sa propre législation adoptée dès 2006 et régulièrement tournée. Celle-ci faisait pour la première fois du développement des énergies non fossiles (hydraulique, éolienne, solaire, biomasse, géothermique) une priorité, qui en 2020 devraient produire 15% des besoins en électricité de la Chine.

Dans la foulée, la capacité éolienne du pays avait doublé en 2009 et doubla encore en 2012. Deux ans plus tard, la Chine était aussi devenue le n°1 mondial des fabricants de panneaux solaires, avec cependant l’importante restriction que les cellules photovoltaïques sont toutes de fabrication occidentale ou japonaise.

A côté des énergies renouvelables, Pékin développe un vaste programme nucléaire civil, au point que le tiers des réacteurs en construction dans le monde se trouvent en Chine. Selon les responsables du programme, « l’industrie nucléaire chinoise serait en mesure d’atteindre une capacité installée de 40 millions de kilowatts en 2015 et de 70 millions en 2020 ».

La capacité actuelle de la Chine étant de 11 millions de kilowatts avec 17 réacteurs en service, l’objectif fixé suppose la mise en service de 40 à 45 réacteurs en 8 ans (au moins 22 réacteurs sont aujourd’hui en construction). A l’horizon 2050, la capacité installée envisagée est de 400 millions de kilowatts ce qui exige la construction de 150 réacteurs (rappelons que la capacité de la France est de 63 millions de kilowatts, celle des Etats-Unis de 100 millions de kilowatts).

Dans les premières phases l’objectif défini par le « Plan à long terme pour le développement de l’énergie nucléaire », rendu public le 22 mars 2006, est de porter la part du nucléaire dans la production d’électricité (aujourd’hui moins de 2%) à 6% en 2020, et à 16% en 2030.

++++

ECONOMIE ET SOCIETE

La plupart des préoccupations sociales du pouvoir, relayées par la presse renvoient à l’urbanisation massive du pays, aux espoirs qu’elle accompagnera une augmentation de la consommation interne, aux écarts de revenus et, encore une fois, à la tendance des riches chinois à quitter le pays.

Alors que les prévisions officielles prévoient qu’en 2020, la classe moyenne comptera 600 millions de personnes, 2 instituts américains basés à New York ont rendu public un sondage, véritable radiographie des rapports entre économie et société. Le questionnaire demandait aussi aux « sondés » d’exprimer leur vision de l’économie chinoise pour les 6 mois à venir. L’échantillon social interrogé comptait des banquiers, des dirigeants d’entreprises grandes et petites appartenant aux secteurs minier et manufacturier, à celui de la construction, de la distribution, des services, des transports, de l’immobilier et de l’agriculture.

La reprise observée au dernier trimestre est surtout sensible dans les secteurs des services, du luxe, et des produits de consommation durables – meubles, appareils électriques, véhicules automobiles – et moins dans le secteur minier, l’immobilier et la production industrielle. 72% des distributeurs espèrent de meilleures ventes dans les 6 prochains mois, à l’exception notable de Shanghai et de quelques autres régions de l’est et du sud-est.

Bonnes nouvelles pour le gouvernement, la reprise observée au 4e trimestre a en partie été initiée par les services, essentiellement dirigés vers la consommation intérieure, tandis qu’on observe un rééquilibrage régional de la croissance vers les provinces de l’intérieur, où ce sont les sociétés opérant à l’Ouest de la Chine qui ont enregistré les plus fortes hausses de salaires. S’agissant du marché du travail, 34% des responsables interrogés ont noté une augmentation de la ressource non qualifiée, tandis que 20% font état de pénuries de main d’œuvre. 34% des compagnies ont signalé une augmentation de leurs effectifs et 52% ont augmenté les salaires.

Selon les banquiers, les conditions de crédit se sont allégées au 4e trimestre, mais dans le même temps, les refus de prêts ont augmenté de 16%, sanctionnant particulièrement les sociétés présentant des surcapacités, tandis que 60% des banques signalaient que très peu de prêts – moins de 20% - ont été accordés à de nouveaux emprunteurs, ce qui laisse supposer la perpétuation des habitudes privilégiant les grands groupes publics.

Dans ce contexte de reprise fragile, un rapport des NU sur l’état des rémunérations dans le monde, publié en décembre, signalait que, même après le triplement des salaires en Chine depuis 10 ans, leur part dans le PNB avait continué à diminuer. Cette tendance s’est accélérée depuis 2003 – mais la Chine n’est pas seule dans ce cas - ce qui retarde la naissance d’une classe moyenne capable de consommer plus, d’autant que l’épargne chinoise est encore de 30% des revenus – contre 16,8% en France, 16,5 % en Allemagne et moins de 5% aux Etats-Unis -. A l’inverse, la consommation des ménages était de 34% du PIB en Chine contre 71% aux Etats-Unis et 57,6% en France.

La création d’un marché intérieur plus vaste se heurte aussi à l’indigence des filets sociaux et aux conséquences de la politique de l’enfant unique, qui contraint chaque couple à prendre systématiquement en charge 4 parents. Dans ce contexte, le pouvoir reste tenté de revenir au vieux schéma de la relance par l’investissement, générateur de gaspillages, de projets inutiles et de corruption, dans un système qui favorise la collusion entre les banques et groupes publics et constitue l’épine dorsale des prébendes.

Selon la société d’audit Lombard Street Research basée à Hong Kong, « le plus gros problème du modèle chinois est que les groupes publics prennent une trop grosse part du gâteau et que la part résiduelle des ménages est trop faible ; tandis que les entreprises privées, moteurs de la création de richesse, n’ont pas accès aux contrats publics et au crédit ». Ainsi le système autorise la mauvaise gestion et les pertes des conglomérats publics souvent liés à l’oligarchie, et maintenus à flot pour éviter l’aggravation du chômage.

Enfin, la fin de l’année a été marquée par la résurgence des deux sujets sensibles que sont les écarts de revenus et l’épidémie d’immigration des riches chinois.

En décembre, l’Institut Chinois de recherches financières, créé par l’Université du Sud-ouest basé à Chengdu et opérant sous le parapluie de la Banque Centrale, publiait un coefficient de Gini de 0,61, bien plus alarmant que le chiffre officiel, rendu public pour la première fois depuis 2005 et affiché à 0,474.

Ce dernier était assorti de commentaires signalant que le coefficient de Gini des Etats-Unis se situait dans une fourchette équivalente, tandis que le chiffre de 2012 marquait, selon les statistiques officielles, un progrès par rapport à 2008 où il était de 0,491. Au milieu de commentaires sceptiques des observateurs, le Global Times qui publia le coefficient de Chengdu le 10 décembre dernier, expliquait que le taux était alarmant. Il est vrai qu’il ferait de la Chine l’un des pays les plus inégalitaires de la planète, en compagnie du Honduras à 0,613.

Le 19 décembre, le China Daily et le Global Times relançaient la polémique sur l’exode des riches chinois. Selon l’Institut de Technologie de Pékin et le Centre de recherche sur la Chine et la globalisation, en 2011, 150 000 chinois avaient obtenu un permis de résident permanent à l’étranger, dont 87 107 aux Etats-Unis. Sous le titre « les leçons à tirer de l’exode des riches chinois », le Global Times expliquait que 74% des chinois possédant au moins une fortune de 100 millions de Yuan (12 millions d’€), avaient soit déjà émigré, soit se préparaient à le faire.

Les commentaires de l’article suggéraient que « la Chine s’efforce d’améliorer les conditions générales de vie de ses citoyens, au lieu de seulement focaliser sur les opportunités d’affaires », ajoutant que « quand les riches fuient le pays, les pauvres récriminent contre les problèmes sociaux tels que l’éducation, le prix des logements et les impôts », laissant entendre que « la Chine ne deviendrait un vraie puissance que quand elle aura fait en sorte d’être plus attractive et d’offrir des conditions de vie plus confortables ». Les principales raisons de l’exode restent la recherche d’un meilleur environnement pour l’éducation des enfants, et, pour près de 50% des riches, une meilleure sécurité pour leurs avoirs financiers.

++++

CHINE – MONDE

La période a été marquée par un fort rebond de l’excédent commercial chinois en fin d’année, la poursuite de investissements extérieurs dans le secteur de l’énergie et de l’industrie, avec en revanche un tassement des investissements directs étrangers IDE en Chine.

Homothétique de la reprise, l’excédent commercial 2012 a fait un bond de 48,1% pour retrouver à 231,10 Mds de $, une valeur supérieure à celle de 2009 et à 80% de l’excédent de 2008, le plus élevé de ces 5 dernières années. Les bons résultats sont dus à la baisse en valeur des importations qui n’ont augmenté que de 4,03%, contre une hausse de 7,9% des exportations. Les importations de minerai de fer et de charbon australien ont baissé de 21,8%, la plus forte chute depuis 2009. La plupart des analystes estiment que la tendance à la hausse de l’excédent commercial ne se maintiendra pas sur le long terme, notamment du fait de la hausse du prix des matières premières.

Un autre chiffre positif, mais qui, lui, a toutes les chances de se maintenir est celui des investissements extérieurs de la Chine dans le secteur de l’énergie et de l’industrie. Le trimestre écoulé a vu l’une des plus vastes acquisitions jamais réalisée par une société chinoise avec la prise de contrôle du Canadien Nexen pour 15 Mds de $ par la Compagnie Off Shore chinoise CNOOC. L’événement marque une étape dans l’histoire des investissements extérieurs chinois jusque là considérés avec suspicion par la plupart des pays occidentaux.

Une autre cible des IDE chinois dans le secteur de l’énergie est l’Irak, où la Chine tirant profit du retrait des Occidentaux pour des raisons de sécurité, augmente son empreinte. Pékin, qui a facilité ses affaires dans le pays en effaçant 80% des 8,9 Mds de $ de dettes du Régime en 2010, y a conclu 5 investissements majeurs avec CNPC dans le champ de Rumaila au sud, avec Petrochina, sa filiale cotée à New-York, qui détient 37,5% des parts du gisement de Halfaya également dans le sud, où une autre société chinoise China Petrolueum Engineering Corp. a construit 3 raffineries pour 174 Millions de $. Pékin vise aussi les parts de Total dans le champ d’Alfaya, où la compagnie française est en difficultés pour avoir signé un contrat d’exploration avec l’enclave kurde.

L’année 2012 a également vu l’augmentation des investissements chinois privés dans les secteurs des télécom avec Huawei, dans celui des machines outils avec Sany en Allemagne et avec le rachat de Volvo à Ford par Geely. Il s’agit là d’une stratégie extérieure coordonnée par le Centre qui organise des stages de formation, non seulement pour les chefs d’entreprises, mais également pour les cadres locaux que le Parti souhaite impliquer. La structure des IDE chinois est en effet en train de se modifier puisque, s’il est vrai que 90% du stock des investissements chinois est constitué par des capitaux de sociétés d’état, en 2011, en revanche, près de 50% des investissements ont été le fait de sociétés privées.

Il faut cependant relativiser les chiffres. S’il est vrai que les IDE chinois ont été multipliés par 30 en 10 ans (2,7 Mds de $ en 2000, pour 74,7 Mds de $ en 2012), il n’en reste pas moins qu’en 2012, ils ne représentaient encore que 4,6% du flux des IDE mondiaux, dont la valeur totale s’élevait à 1600 Mds de $ en 2012.

Parallèlement, les IDE en Chine se tassent légèrement pour la 12e fois en un an, mais ils restent toujours voisins de 100 Mds de $, dans un contexte où en 10 ans leur valeur cumulée atteint 1200 Mds $. Il est probable qu’à l’avenir, dopés par l’attrait du marché et l’espoir que la production chinoise montera en gamme, ils continuent à se déverser sur la Chine à un rythme voisin de 100 Mds de $/an, en dépit de l’augmentation des coûts de production (fin 2012, le salaire mensuel minimum chinois était de 139$, contre 50$ au Vietnam).

Enfin, la structure des IDE se modifiera avec une part moins forte consacrée au secteurs exportateurs – seulement 50% en 2012 – et une augmentation régulière de la part consacrée aux services - + de 43% pour les 10 premiers mois de 2012 -.

++++

CHINE – EUROPE – FRANCE

En dépit d’une augmentation, au cours du 1er semestre 2012, des investissements chinois en Europe, attirés par les opportunités liées à la crise, la relation Chine – Europe reste dans une zone grise depuis la récession européenne et la panne du projet de l’Union.

Elle est globalement marquée en 2012 par une baisse de plus de 6% des exports chinois, - 333,9 Mds de $ -, une stagnation des importations à 212,05 $, et un recul du commerce Chine – Europe de 3,7% en 2012 – pour un valeur totale de 546 Mds de $ - qui compte pour 14% du commerce chinois, le tout perpétuant un vaste déficit de commercial européen de 121 Mds de $, dans un ambiance tendue par des querelles commerciales sur les panneaux solaires.

L’impact des investissements chinois en Europe reste encore faible, avec 359 investissements de nature privée ou semi-privée sur les 573 opérations conclues depuis 2000. Mais, en valeur, ce sont les investissements publics qui tiennent le haut du pavé, avec 72% du total des montants investis (soit 21 Mds de $ entre 2000 et 2012, à comparer avec le flux de 40 à 50 Mds d’€, investi chaque année en France) (Lire notre article 3e trimestre 2012. Faits et commentaires).

Début novembre la Chine a introduit une plainte à l’OMC contre l’UE, accusant certains états (probablement la Grèce et l’Italie) accusés de violer les lois du marché en subventionnant des société fabriquant des panneaux solaires. Selon les Chinois, ces pratiques « ont considérablement affecté les exportations de cellules photovoltaïques chinoises en Europe ».

C’est avec en tête la crise européenne et les 27 Mds d’€ de déficit commercial que P. Moscovici et Nicole Bricq, suivis de Martine Aubry, sont venus en Chine le 20 janvier, où ils ont été reçus par le n°2 du régime, Li Keqiang, futur 1er ministre. Le voyage intervient dans un contexte compliqué, marqué par la phobie des captations de technologies, un des modes d’action du partenaire chinois pour accélérer ses progrès dans les secteurs de l’aéronautique et du nucléaire, à quoi s’ajoutent les plaintes françaises contre le non respect par la Chine des règles des marchés publics.

Les grands projets bilatéraux en cours concernent l’installation de Renault à Wuhan, une nouvelle vague d’achats d’Airbus européens et la commande par la Chine d’un 3e réacteur EPR, dont 2 exemplaires sont déjà en construction sur le site de Taishan. La coopération nucléaire Chine – France est compliquée par une forte controverse entre EDF et AREVA, matérialisée par une enquête diligentée par Bercy sur les « agissements d’EDF en Chine », dixit les Echos du 21 janvier dans un article évoquant les querelles franco - françaises et les projets d’EDF contestés par AREVA. (Cette nuit en Asie : Nicole Bricq s’attaque au déficit commercial avec la Chine)

Coopération nucléaire franco-chinoise. Rappel du contexte récent.

Une échauffourée a eu lieu en juin 2012 entre Paris et Pékin à propos des exportations de centrales nucléaires chinoises, construites avec des technologies françaises, dont la vente est règlementée par un accord gouvernemental datant de 1995.

Ce dernier stipule que toute exportation chinoise d’équipements nucléaires construits avec des éléments d’origine française est soumise à un accord préalable. C’est dans ce contexte que Paris a fait pression sur l’Afrique du Sud, et en faisant appel à l’OCDE, pour bloquer la vente par Pékin à Pretoria d’une centrale utilisant des technologies françaises.

Le litige a été suivi d’une réunion bilatérale à Paris au plus haut niveau pour la remise à plat de la coopération nucléaire franco-chinoise, dans un contexte où AREVA ne souhaite pas brader ses compétences, même si le groupe français a conscience que la Chine est un des seuls marchés d’envergure de la planète.

Une fois reconnues les compétences d’AREVA, Pékin et Paris ont convenu que des réacteurs nucléaires seraient développés en Chine, dans le cadre d’une coopération industrielle à majorité chinoise, mais assortie d’accords bilatéraux exclusifs sur les marchés extérieurs, dont les termes seront à négocier en fonction des clients.

L’accord, qui établit une coopération industrielle lourde, dont les produits seront utilisés par EDF pour renouveler le parc des centrales en France, pourrait donner pour un temps au nucléaire français un avantage sur le marché chinois.

Mais il comporte le risque de transferts de savoir-faire avec des conséquences négatives sur le tissu industriel en France. Mis en œuvre en Chine sous la direction d’AREVA, avec l’opérateur EDF sur les marchés d’export, il répond aux difficultés financières d’EDF et de la filière nucléaire française aujourd’hui confrontée à la charge financière considérable du remplacement des centrales vétustes. (Lire aussi L’extraordinaire défi du nucléaire en Chine).

 

 

Evergrande, un « cygne noir » dans la routine des analyses convenues

[18 septembre 2021] • Jean-Paul Yacine

Contrôler le marché des capitaux et consolider la reprise

[21 juillet 2021] • Jean-Paul Yacine

Huarong le fleuron de la « défaisance » dans la toumente. Coup d’œil sur l’endettement chinois

[17 juin 2021] • François Danjou

Performances, vulnérabilités, impasses et risques de sécurité. Tensions sur le marché des microprocesseurs

[21 avril 2021] • Jean-Paul Yacine

Quelques dessous de cartes de la reprise économique

[23 février 2021] • Jean-Paul Yacine