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›› Economie

2e trimestre 2013. Réformes et turbulences. Energie verte et or noir russe

Alors que la croissance chinoise semble ralentir durablement à moins de 8%, suite à la restructuration de l’économie et à la crise mondiale qui plombe les marchés européen et américain, la Banque Centrale a lancé une offensive contre la tendance des banques d’État à financer l’économie grise spéculative.

Décidée à la fin du printemps, la mesure qui fait partie d’une stratégie de remise en ordre du secteur financier, a asséché les financements interbancaires dont les taux se sont envolés. Elle a aussi provoqué une résurgence des commentaires sur les risques d’une crise systémique.

Durant tout le trimestre, la direction du régime a affirmé sa détermination à garder le cap d’un contrôle de la masse monétaire et à résister aux incitations de relance répétées par nombre d’acteurs inquiets de la raréfaction du crédit qui handicape d’abord les petites et moyennes entreprises.

Dans un contexte où la masse des crédits en circulation a été multipliée par 2,5 depuis 2008, le premier ministre rappelait que seuls les secteurs des hautes technologies prioritaires ou ceux en difficultés, à forte intensité de main d’œuvre porteurs de risques sociaux, étaient susceptibles de bénéficier de mesures financières de relance.

Ce durcissement du contrôle monétaire s’inscrit dans un mouvement général qui vise à modifier les schéma de développement du pays et à réformer les secteurs industriels publics comme l’acier, le rail et l’énergie. Ce dernier domaine a été marqué par deux tendances majeures :

1) Un effort de l’État pour développer les énergies renouvelables, dans un contexte où le secteur a accumulé 3 Mds de $ de dettes, et où l’exportation des cellules photo-voltaïques chinoises est handicapée par des accusations de dumping aux États-Unis et en Europe, tandis que le n°1 de l’éolien chinois est accusé par un grand jury américain de vol de technologie.

2) La signature à Saint-Pétersbourg entre la Chine et la Russie d’un des plus gros contrats de pétrole jamais conclus entre deux pays.

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CONTRÔLE MACRO ÉCONOMIQUE – FINANCES

La Banque centrale contre les finances parallèles.

Le 2e trimestre a été marqué par l’attention du pouvoir porté à la remise en ordre des finances grises et à la baisse de la croissance – dont l’estimation la plus basse pour 2013, proposée par le groupe bancaire ANZ était à 7,6%, contre 7,7% pour la banque mondiale -, la plus faible croissance depuis 1999. Encore certains prévisionnistes estiment-ils qu’en 2013 la croissance sera inférieure à 7%.

L’action de la Banque Centrale contre les circuits financiers parallèles a donné lieu à un bras de fer avec les banques commerciales et à un assèchement du crédit interbancaire qui a suscité des commentaires alarmistes des observateurs, au point que le pouvoir chinois est intervenu pour tenter de freiner la diffusion des analyses trop pessimistes.

Alors que lors de son voyage en Allemagne, en mai dernier, le premier ministre Li Keqiang expliquait à une assemblée d’hommes d’affaires allemands que la Chine, confrontée à de « considérables défis », avait réduit ses objectifs de croissance à 7% en moyenne pour les dix ans à venir, (comparés aux 10% de la décennie passée), le gouvernement était une fois encore confronté au dilemme de ne pas céder à la tentation de la relance par l’investissement, sous peine de donner un mauvais signal qui remettrait en cause les efforts d’assainissement des finances et la restructuration industrielle.

Au printemps, sans qu’on puisse préjuger de sa capacité à tenir le cap de la rigueur, la tête politique du régime prenait, avec un bel ensemble, nettement position pour le choix de l’assainissement et du long terme.

En avril, Zhou Xiaochuan, gouverneur de la Banque de Chine maintenu à son poste en mars, expliquait que « la Nation devait sacrifier le court terme pour réformer l’économie ». Le 24 mai, le Président Xi Jinping lui-même rappelait que l’exécutif ne renoncerait pas à la remise en ordre de l’économie et du système financier pour le bénéfice d’une croissance de court terme.

A la mi-juin, provoquant un tumulte en Chine et chez les observateurs, la Banque Centrale refusait d’injecter des capitaux dans le circuit financier. Le raidissement fut à l’origine d’une envolée des taux interbancaires de court terme qui grimpèrent de moins de 4 % à près de 13 %, installant un début de panique. Le 23 juin, les hommes de Zhou Xiaochuan mettaient en garde les banques commerciales contre leur tendance à financer l’économie grise et à injecter des capitaux dans les circuits financiers parallèles, en marge de l’économie réelle.

Mais, dans le même temps, constatant la crise du crédit, Li Keqiang concédait que le système financier devait venir en appui du développement. A cet effet, il a autorisé une injection de crédits de 8 Mds de $ au profit de secteurs prioritaires tels que les industries de hautes technologies et le secteur en difficultés à forte intensité de main d’œuvre de la rivière des perles. En revanche, il a rappelé que les industries en surcapacité ne bénéficieraient pas d’appuis financiers.

L’offensive, qui porte le risque d’assécher les liquidités, est dirigée contre le système enkysté de financement des administrations locales et de leurs projets de long terme à fort rendement, par des prêts à court terme sans cesse rééchelonnés.

Le système de financement, où les banques acceptent des garanties dont la liquidité est différée ou nulle, s’est emballé depuis 2008 - depuis 5 ans, le niveau des crédits est passé de 9000 Mds de $ à 23 000 Mds de $ -.

Par le truchement de la corruption et de la connivence entre affaires et politique, il conduit mécaniquement à une mauvaise allocation des crédits, aux surcapacités industrielles et aux bulles financières et immobilières. Dans ce contexte, la décision du premier ministre de ne plus financer les surcapacités et les secteurs spéculatifs pourrait assez vite mettre en difficulté des banques locales trop exposées.

Le 19 juin, Xu Gao, chef économiste du fonds d’investissement Everbright Securities Co, soulignait que le pouvoir « semblait tester les limites basses de la croissance », ajoutant que la Chine se rapprochait d’un scénario de crise.

Cette tendance catastrophiste des analyses s’est affirmée au cours du trimestre, lorsque la crise du crédit a eu pour conséquence un assèchement des liquidités disponibles pour les entreprises privées et les PME - responsables de près de 70% du PIB en 2012 -, tandis que le capitaux disponibles étaient en grande majorité déviés vers les groupes publics, dont le retour sur investissements a pourtant plafonné à 5,9% en 2012 contre 10,2% en 2010.

A la mi-juin, l’index Hang Seng, qui liste les sociétés chinoises cotées à la bourse de Hong Kong avait perdu 3,3%, effaçant toutes les hausses depuis la détente du 13 septembre 2012. Le 24 juin, la bourse de Shanghai chutait de 10%. A la fin juin, Zhou Xiaochuan intervenait à nouveau pour tenter de redonner confiance aux investisseurs en garantissant la stabilité du marché et en promettant un réajustement des taux le moment venu.

Le 4 juillet, la société d’investissement Haitong Security annonçait que les dettes cumulées des secteurs financiers et industriels avaient atteint 270 % du PNB, contre 200 % en 2008, tandis qu’un rapport de la direction du Trésor français situe les dettes des provinces à 150 % du PNB, soit 3 fois plus qu’un rapport officiel chinois de 2011. Le même jour Cai Fang, démographe à l’Académie des Sciences Sociales, inquiet du tumulte financier en cours, conseillait au gouvernement de réduire le rythme de l’urbanisation, dont la charge financière a été estimée à 6500 Mds de $.

Parmi les alarmistes, signalons Gordon Chang (auteur de The coming collapse of China – 2001 -), qui avait anticipé une crise grave avant 2012. Il persiste et signe avec quelques arguments d’alerte.

1) Si on les rapporte à la hausse de la consommation d’électricité limitée à 2,7%, les chiffres de la croissance affichée sont surévalués. Selon Chang, la vraie croissance chinoise serait plutôt comprise entre 3 et 4% ;

2) La production et l’activité freinent plus que ne l’indiquent les chiffres officiels - au 1er trimestre l’Indice des prix à la production a baissé de 1,9% - ce qui fait dire à Gordon Chang que l’économie chinoise vient d’entrer en déflation ;

3) En dépit des efforts du pouvoir, la consommation interne, principal outil de la modification du changement de schéma de croissance, reste faible ;

4) Sur la cote Est, les investissements publics qui ont repris depuis 2008 sont gaspilleurs et de moins en moins efficaces pour la croissance, qui doit évoluer vers un schéma moins gaspilleur et plus qualitatif.

Dans une analyse publiée le 27 juin, Andy Xie, commentateur du magazine Caixin, mettait en garde : « Si le gouvernement central acceptait d’imprimer de la monnaie pour soutenir la bulle financière chaque fois qu’elle donne des signes de fragilité, l’excès de liquidité augmentera de manière exponentielle, créant un risque systémique majeur. L’effondrement de la monnaie et une hyperinflation détruiraient l’économie chinoise (…) ».

Il ajoutait qu’il fallait surmonter la panique née de l’assèchement des liquidités de court terme et s’assurer que la croissance monétaire était affectée aux activités de production les plus efficaces. Telles sont bien les intentions de Li Keqiang. Reste à savoir s’il sera en mesure de s’y tenir.

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PRODUCTION – ÉNERGIE

Ralentissement industriel.


Des énergies vertes dynamiques, mais couvertes de dettes

Sur le trimestre, l’indice de production a baissé à un rythme plus rapide que ne l’avait anticipé la direction chinoise. Malgré un rebond de l’index PMI (Purchasing Managing Index), publié en juin à 48,3 par HSBC, la moyenne des chiffres du trimestre montre que la production s’est contractée.

Le 3 juillet, le Bureau National des Statistiques ajoutait à la méfiance en retardant la publication des données du secteur de l’acier, prétextant une « nouvelle méthode de compilation des chiffres ». D’autres absences de données n’ont pas été justifiées par le gouvernement. Elles concernent les commandes à l’import-export et l’inventaire des produits manufacturés.

En mai, les prix à la production étaient les plus faibles depuis 15 mois, tandis que les chiffres de l’export atteignaient leur plus bas niveau depuis 10 mois. Une autre indication que la production se contracte est la chute de la demande en pétrole pour la première fois depuis 2009. La conjoncture a un impact direct sur les titres des transporteurs cotés en bourse qui anticipent une chute de 20 à 30% dans les mois qui viennent.

Le ralentissement de la production survient alors que sont lancées des restructurations industrielles indispensables et longtemps retardées, dont certaines ciblent les prébendes des groupes publics. Les aciéries d’abord, dont les profits ont décliné en mai pour le 5e mois consécutif, ont été l’objet d’une mesure de remise en ordre en faveur des groupes privés.

Depuis avril 2013, une décision du ministère de l’industrie et des technologies de l’information, en phase avec la volonté du pouvoir de s’attaquer aux prébendes industriels, a en effet admis 15 sidérurgistes privés au sein du concert industriel officiel, dans un paysage habituellement dominé, presque sans partage, par les grands groupes publics. Pour ces groupes privés, la nouvelle est d’importance puisqu’elle les fait sortir de l’inconfortable zone grise d’où ils opéraient jusqu’alors.

Par ailleurs, le 23 mai, on apprenait que la nouvelle « China Railway Corp -中国铁路总公司 – » surgeon du ministère du rail en cours de démantèlement depuis mars, allait lancer un emprunt de 150 Mds de Yuan (19 Mds d’€). Déjà, certains projets ferroviaires, notamment au Xinjiang, sont financés par des capitaux privés. Encore marginal, l’investissement privé dans le transport ferroviaire est une première dans un autre secteur traditionnellement contrôlé par l’État.

Il vise d’abord à renflouer les comptes laissés en déshérence par Liu Zhijun et à lever des capitaux destinés aux équipements d’infrastructure. Mais, pour l’heure, il est peu probable que ce mode de financement parvienne à se substituer complètement aux anciennes largesses des financements publics.
Lire à propos de Liu Zhijun Le rail chinois, la corruption du ministre et les ramifications occultes d’un scandale.

Au cours du trimestre, la Chine a aussi continué à mettre l’accent sur les énergies renouvelables, dans un contexte où le secteur, accablé de dettes (cf. le § Chine – Monde de la présente note) est en difficultés. Les efforts de la Chine pour réduire la dépendance aux combustibles fossiles pollueurs est attestée par un rapport d’une Commission australienne indépendante sur le climat intitulé « The Critical Decade : International Action on Climate Change » qui présente une vue d’ensemble des 9 derniers mois.

On peut y lire que la Chine a réduit de moitié la croissance de la demande énergétique et qu’elle est en « première ligne de la lutte contre le changement climatique, prenant des initiatives ambitieuses pour augmenter la part des énergies renouvelables ».

Le rapport confirme celui du groupe Rhodium (China’s 2012 Energy Report Card), publié le 27 février 2013 qui atteste des progrès de la Chine vers les objectifs d’abaissement de la consommation d’énergie et des émissions de carbone fixés par le plan quinquennal 2010 - 2015 (réduction de l’intensité énergétique de 16% ; une augmentation de 11,4% de la part des énergies non fossiles - nucléaires et renouvelables - ; une réduction de l‘intensité carbone de 17%).

En 2012 notamment, la consommation de charbon n’a augmenté que de 2,5%, contre 9% en 2011 et la hausse de la demande d’énergie s’est contractée à 3,9%, la plus faible hausse depuis 10 ans. Le rapport affirme aussi que la réduction de l’impact énergétique est le résultat à la fois d’économies d’énergie, et de modifications de la structure de la production avec une baisse notable de la part des industries consommatrices d’électricité (acier, ciment, aluminium).

Toutefois, alors que la planification chinoise envisage de porter la production d’énergie solaire à 100 000 MW en 2020, contre 800 MW en 2010, « The Economist Intelligence Unit » rappelle que, même en baissant notablement la consommation de charbon, dont la hausse ne sera que de 18% au cours de l’actuel plan quinquennal contre 46 % entre 2006 et 2010, les émissions de dioxyde augmenteront encore de 40% d’ici 2020. Aujourd’hui le charbon est encore à l’origine des 2/3 de la production d’énergie en Chine.

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CHINE – MONDE

Dans les relations économiques de la Chine avec l’étranger on retiendra deux faits majeurs : un très puissant rapprochement énergétique avec la Russie et l’exacerbation des querelles commerciales avec les États-Unis et l’UE.

Après le jugement de l’OMC en octobre 2012 condamnant le dumping sur les pièces d’acier destinées aux transformateurs électriques et la mise en place, à la même époque, de taxes américaines sur les panneaux solaires, mesures qui font suite à d’autres jugements en 2011 condamnant les quotas imposés par la Chine sur les Terres Rares, la création en février 2013 aux États-Unis d’une administration spéciale antifraude ciblant la Chine, montre que rien ne va plus dans les échanges commerciaux entre la Chine et les États-Unis, qui ont récemment pris un tour très agressif.

Les affres de l’énergie verte

Aujourd’hui, compte tenu des efforts chinois dans le domaine des énergies renouvelables, il n’est pas étonnant que les conflits touchent les secteurs du solaire et de l’éolien, qui, après quelques années d’expansion échevelée, sont aujourd’hui confrontés à de graves difficultés – le secteur des énergies renouvelables est accablé de plus de 3 Mds de $ de dettes, conséquence de la crise mondiale et d’une série d’investissements imprudents -. Lire à ce sujet les déboires de Suntech au printemps dernier.

Aujourd’hui c’est au tour de SINOVEL, le n°1 chinois de l’éolien d’être pris dans la tourmente des relations tendues entre Washington et Pékin. Mais cette fois, le conflit commercial se double d’une péripétie d’espionnage industriel, mise à jour grâce au système de surveillance américain dénoncé par l’ancien contractuel de la NSA, Snowden, lui-même au centre d’une saga planétaire de chasse à l’homme, sur fond de réprobation des pratiques américaines d’espionnage du net.

L’habitude est cependant courante chez la plupart des services de renseignement, qui tirent profit de l’aubaine des nouvelles technologies de l’information et de la circulation plus ou moins bien protégée d’innombrables informations sensibles. (Lire notre article Cyber-guerre. Une autre perspective).

Déjà sur la sellette judiciaire en Chine pour fausses déclarations sur ses profits, SINOVEL, dont les affaires sont en chute libre est en procès aux États-Unis. Lui-même et 2 de ses employés ont, à la fin juin 2013, été inculpés par un grand jury fédéral américain pour avoir dérobé en 2011 les programmes informatiques d’un composant électronique fabriqué par le groupe American Supraconductor et équipant les turbines de SINOVEL, elles-mêmes exportées par centaines au Massassuchetts.

Le transfert illégal de données a été organisé contre un pot de vin de plus d’1,5 million de $ à un ex-ingénieur du groupe américain basé à Vienne. Selon le site Boursier.com, le groupe chinois pourrait être condamné à près de 5 milliards de $ d’amende et de dommages et intérêts.

Le trimestre a également vu l’UE emboîter le pas aux États-Unis et imposer une taxe sur les panneaux solaires chinois, ayant déclenché d’assez fortes tensions entre Bruxelles et Pékin. Le sujet a déjà été évoqué dans la note du 8 juin : Guerre commerciale entre la Chine et Bruxelles.

Hormis la nécessité de se protéger contre le pillage technologique flagrant qui ne cessera pas, phénomène consubstantiel d’un monde en mutation rapide, on peut en revanche s’interroger sur la logique et l’efficacité de sanctions commerciales contre le dumping ou les subventions que les pays européens ont eux-mêmes accordées à leurs entreprises du secteur des énergies renouvelables.

Plus encore, alors que Pékin paraît prêt à la conciliation en acceptant de s’imposer des quotas d’export et des prix minimum (10 GW de cellules photovoltaïques par an, au prix minimum de 0,47 € pièce), les sociétés chinoises ciblées par les sanctions européennes – 11% de taxes pouvant aller jusqu’à 48% - s’apprêtent à contourner le barrage fiscal européen, envisagent déjà de délocaliser leur production dans d’autres pays d’Asie, en Turquie, en Afrique du Sud, en Arabie Saoudite ou au Portugal.

En même temps, l’Allemagne, la Grande Bretagne et d’autres pays du Nord de l’Europe craignent que les crispations nées de la guerre commerciale qui vient de commencer ne constituent un handicap à leurs affaires sur le marché chinois, dont les opportunités se développeront rapidement avec l’urbanisation du pays.

Aux États-Unis, les taxes – de 25 à 250 % -, qui devaient favoriser l’embauche sont controversées. Selon Rhone Resch, président du syndicat des industries solaires, cité par le Financial Times du 2 juin, elles n’auraient eu qu’un faible impact sur le marché. En dépit de l’effondrement des importations venant des Chine - 900 000 au 1er trimestre 2013, contre 11 millions en 2011 -, les prix des cellules photovoltaïques ne se sont pas envolés et les industriels américains n’ont pas recruté.

Même le chinois Yingli Green Energy, implanté aux États-Unis, n°1 mondial du secteur en 2012, qui constate un effet sur les prix américains, aujourd’hui plus élevés que sur d’autres marchés, reconnaît cependant la résilience du marché. Les sanctions sont contournées par Taïwan ou la Malaisie au point que les résultats du 1er trimestre 2013 furent parmi les meilleurs enregistrés, avec en prime la perspective de doubler les ventes en 2013.

L’américain First Solar, n°2 mondial, qui a délocalisé 85% de sa production en Malaisie, construit plusieurs champs de panneaux solaires aux États-Unis. Grâce à la chute du prix des cellules depuis l’entrée en lice de la concurrence chinoise, il est en mesure de livrer de l’électricité à des prix impensables il y a seulement quelques années. Le projet « Macho Springs » au Nouveau Mexique, propose le kW/h 40% moins cher qu’une centrale au charbon et même 10% en dessous des prix d’une centrale au gaz.

Puissance de l’or noir russe.

Dans les relations internationales, l’autre fait significatif au 2e trimestre, fut le développement considérable des liens énergétiques avec la Russie, amorcé lors du voyage de Xi Jinping en Russie à la fin mars et concrétisé par un accord sans précédent de 270 milliards de $, signé le 20 juin à Saint-Pétersbourg entre Vladimir Putin et le Vice-Premier ministre Zhang Gaoli, pour la livraison par Rosneft sur 25 années de 360 millions de tonnes de pétrole.

Dans un accord séparé, le géant chinois du pétrole CNPC a accepté, contre une cession annuelle de 3 millions de m3 de gaz, de prendre 20% des parts d’un projet sur la péninsule de Yamal dans l’océan arctique - liquéfaction de gaz lancé par Yamal LNG (détenu par Novatek et Total) -, dans lequel le français Technip est également partie prenante depuis le 3 avril 2013.

L’accord du 21 juin, l’un des plus importants jamais signés dans le secteur du pétrole, double les livraisons annuelles à la Chine à hauteur de 31 millions de tonnes. Répondant aux appétits chinois, il signale une bascule des projets d’hydrocarbures russes vers l’Asie, alors que la demande européenne stagne.

Déjà 20% des livraisons à la Chine viennent de la Sibérie occidentale, traditionnellement orientée vers les exportations en direction de l’Europe. La Russie voit le déplacement vers l’est du centre de gravité de ses exploitations d’hydrocarbures, comme les prémisses d’une mise en valeur de la Sibérie orientale grâce aux financements chinois.
Lire aussi Les habits neufs de la diplomatie chinoise.

 

 

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