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La Zone d’Identification Aérienne chinoise. Symbole de souveraineté et de rivalité avec Tokyo et Washington

Le 23 novembre dernier la Chine annonçait qu’elle établissait au-dessus de la mer de Chine de l’Est une « zone aérienne de défense et d’identification – ZADI - 东海防空识别 » de forme rectangulaire comprise entre 23° 11’ et 24° 45’ de latitude Nord, approximativement longue de 1000 km et large de 600 km, dont le centre est situé à environ 450 km à l’est de Ningbo.

Dans le coin sud-est de cette zone se trouve le petit archipel des Senkaku dont la plus grande île qui mesure 3,6 km de long sur 1,7 km de large, est à 91 nautiques de Taïwan, 230 nautiques d’Okinawa et 190 nautiques des côtes du Fujian. Les îlots ont de ce fait une grande valeur stratégique, à quoi s’ajoutent les gisements de gaz naturel que Tokyo et Pékin avaient, par le passé, envisagé d’exploiter conjointement, perspective aujourd’hui abandonnée par la Chine.

L’archipel est depuis de nombreuses années l’objet de tensions entre Pékin et Tokyo. L’acuité de la querelle s’est brutalement aggravée en septembre 2012, quand le Premier Ministre de l’époque Yoshihiko Noda décida de nationaliser les îlots pour éviter que le gouverneur de Tokyo Ishihara, de la mouvance très anti-chinoise, n’en fasse l’acquisition et y construise des infrastructures, ce que Pékin considèrerait comme un casus belli. Aujourd’hui, Tokyo rejette les limites de la ZIA chinoise parce qu’elles incluent l’espace aérien au-dessus de l’archipel, laissant ainsi entendre qu’il est territoire chinois.

Lire notre article Chine – Japon. Dérive guerrière, volonté d’apaisement et dangers nationalistes.

Mais il est évident que les événements auxquels nous assistons depuis un peu plus d’une semaine renvoient à de bien plus larges perspectives : dans un contexte où la présence militaire américaine et l’alliance entre Tokyo et Washington constituent pour elle un obsédant obstacle et un irritant de première grandeur, la Chine manifeste la volonté de maîtriser sans contrainte toutes ses approches, que l’APL voudrait de surcroît débarrasser des intrusions militaires américaines.

Enfin, les réflexes belliqueux véhiculent d’importants risques d’accrochages au-dessus de la mer de Chine de l’Est. Sans compter que, pour Pékin, comme pour Washington - qui doit aussi maîtriser les nouvelles tentations martiales de son allié japonais -, les dérives guerrières portent le risque de brouiller considérablement l’image apaisante que l’un et l’autre prétendent se donner.

Photo : Chasseurs de combat chinois au-dessus des Senkaku - Diaoyutai.

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La nouvelle ZADI chinoise et ses détracteurs.

Selon l’agence Xinhua, tout aéronef civil ou militaire ayant l’intention de traverser la Zone Aérienne de Défense et d’Identification chinoise doit communiquer son plan de vol aux autorités chinoises, rester en contact radio, répondre « sans délais et avec précision » aux demandes d’identification, activer son transpondeur durant la traversée de la zone et porter, clairement visibles, les marques de sa nationalité et son numéro d’identification.

L’initiative a provoqué une avalanche de commentaires sur les risques d’escalade militaire – le 30 novembre The Economist titrait « Poursuivant le rêve chinois Xi Jinping crèe un casus belli », ainsi que de multiples réactions crispées, avec, en premier lieu, celles des États-Unis, du Japon et de la Corée du Sud. Pour marquer leur désapprobation et leur intention de ne pas se conformer aux injonctions chinoises, ces derniers envoyèrent rapidement dans la zone des aéronefs militaires sans donner de préavis ni de réponses aux demandes d’identification chinoises. Pour Séoul et Tokyo il s’agissait de chasseurs de combat et pour les États-Unis de 2 bombardiers B-52 non armés dépêchés de Guam le 25 novembre.

« Nous n’avons pas l’intention de modifier nos patrouilles aériennes dans la zone » expliquait le 28 novembre, le porte parole du gouvernement japonais Yoshihide Suga, tandis que, le même jour, le vice-ministre de la défense sud-coréen Baek Seung-joo se plaignait auprès du général Wang Guangzhong, n°2 de l’état-major de l’APL en visite à Séoul, que la zone chinoise recouvrait celle de la Corée du sud et demandait une modification de son tracé. Ce que le Chinois a refusé.

Le 27 novembre, lors de sa première intervention publique, Caroline Kennedy, nouvel Ambassadeur des États-Unis à Tokyo accusait la Chine de vouloir changer le statu-quo en mer de Chine de l’Est et d’attiser les tensions. Pékin a répondu par un éditorial du China Daily accusant Washington de se tromper de cible, qualifiant l’attitude de Tokyo et de la Maison Blanche « d’hystérique » et de « potentiellement dangereuse », car, dit l’éditorial, elle était basée sur « un malentendu » ou, pire, une « distorsion volontaire des intentions stratégiques chinoises ». Au passage, Pékin signalait que son administration avait les moyens de contrôler la zone et qu’elle avait bien identifié les deux B-52 et suivi leur vol.

Les Philippines et l’Australie ont également protesté. Le 29 novembre, l’Union européenne a emboîté le pas précisant, par la voix de Catherine Ashton, que l’initiative chinoise « aggravait les risques d’escalade et augmentait les tensions dans la région. » A Taïwan qui, comme la Chine, revendique les Senkaku, c’est de l’opposition indépendantiste que sont venues les plus vives réactions. Pour le DPP, la ZADI chinoise qui englobe les Senkaku (Diaoyutai 釣魚台), était clairement « expansionniste » et « risquait de déstabiliser la région Asie-Pacifique (…) Ne pas riposter encouragerait Pékin à agresser ses voisins ».

En revanche, la réaction du président Ma a été mesurée. Tout en expliquant que Taipei allait exprimer sa préoccupation à la partie chinoise qui, par cette initiative, gêne incontestablement son plan de paix en mer de Chine de l’Est, Ma Ying-jeou assurait que les lignes chinoises qui ne « chevauchent qu’à la marge la Zone d’Identification de l’Île, n’auront aucun impact sur l’entraînement des forces aériennes taïwanaises. »

Autres initiatives d’apaisement : évoquant la « sécurité et l’intérêt public », les compagnies aériennes taïwanaises suivies par celles de Singapour, Hong-Kong et des Philippines se sont conformées aux injonctions chinoises. Les compagnies américaines s’y sont également pliées le 30 novembre après une consigne du Département d’État, qui précisait cependant que « la décision n’impliquait pas que les États-Unis acceptaient les prescriptions chinoises. »

A l’inverse, les compagnies nippones qui, dès le 24 novembre, avaient adopté une attitude identique ont ensuite fait marche arrière et sans donner d’explications se sont replacées dans une position de refus. Le 30 novembre le Yomiuru Shimbum estimait que les deux grandes compagnies aériennes japonaises ne modifieraient pas leur attitude, même après la concession faite par Washington.

Photo : Zones d’identification aérienne chinoise et japonaise.

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Nouvel acteur, nouvelle zone. Maladresses, tensions et risques.

De cette cascade d’informations mêlées de commentaires alarmistes qui spéculent sur un probable risque de dérapage militaire, il faut tenter de dégager une appréciation objective de la situation. Certains commentateurs ont comparé les tensions à celles qui avaient surgi en 1995 et 1996, quand Pékin avait lancé des missiles inertes au large de Taïwan en riposte à une visite du président Lee Teng Hui aux États-Unis et pour dissuader les électeurs de l’Île de voter pour lui aux présidentielles. A l’époque, le Pentagone avait déployé dans la zone deux groupes de porte-avions et, le 19 décembre 1995, le porte-avions USS Nimitz, accompagné de 4 navires d’escorte, traversait le détroit de Taïwan.

S’il est vrai que le passage des 2 B-52 dans la Zone d’Identification chinoise, le 25 novembre renvoie à la survivance des réflexes américains de démonstration de force, la comparaison s’arrête là. Cette fois en effet, c’est le porte-avions chinois Liaoning en route pour la mer de Chine du sud qui, le 28 novembre, entrait dans le détroit de Taïwan escorté par deux destroyers lance-missiles et deux frégates. C’était une première. Non pas que la marine chinoise, avec son unique porte-avions ait atteint le niveau opérationnel et la puissance des 12 groupes aéronavals américains, mais le fait est là : l’équilibre des forces est aujourd’hui tel que la marine des États-Unis ne peut plus ignorer la menace missiles de l’APL et son aéronavale. Et un passage par le Détroit d’un de ses porte-avions aurait aujourd’hui été improbable.

Ce qui se joue autour de la nouvelle zone chinoise tient donc plus du bluff et de la posture que d’une veillée d’armes. Cela ne signifie cependant pas que la controverse ne présente aucun risque de dérapage ni qu’elle n’aura aucune conséquence négative pour l’image de la Chine, ou qu’elle ne lui créera pas des difficultés. De même, il n’est pas certain que la querelle ne mettra pas en porte à faux les autres acteurs qui brandissent des menaces de représailles militaires dont la mise en œuvre pourrait s’avérer problématique.

Surtout, la Zone d’identification chinoise n’est pas une agression, même s’il est vrai que l’initiative tente de peser sur l’interminable chicane territoriale des Senkaku avec le Japon dans laquelle aucune des deux parties ne parvient à justifier ses droits de manière crédible. Elle n’est pas non plus une manœuvre illégale et encore moins une zone d’exclusion. Tout bien pesé, elle ne fait que s’ajouter aux trois autres zones existantes dans la région : celle du Japon dont la dimension considérable couvre une surface 10 fois plus grande et celles, plus petites, de Corée et de Taïwan.

Les zones d’identification aériennes ne sont pas règlementées par la Convention de Chicago (CCH) signée en 1944 et entrée en vigueur en 1946. Leur établissement est donc libre et, à ce jour, une vingtaine de pays, dont les États-Unis, le Canada, la Russie, le Japon, la Corée du sud, Taïwan, le Vietnam, la France, la Grande Bretagne en possèdent, aux limites de leur espace aérien. Compte tenu des vitesses d’approche des avions, ces zones sont conçues comme un « espace tampon » donnant à la défense aérienne d’un pays le temps de réagir face à un appareil hostile se dirigeant vers son espace aérien national.

Bien que soumises à des contraintes d’identification, ces zones dont il arrive parfois qu’elles se chevauchent comme c’est le cas de celles de la Chine et du Japon, sont considérées comme un espace aérien international. Abattre un aéronef à l’intérieur d’une de ces zones, même s’il ne répond pas aux demandes d’identification, constituerait une infraction flagrante au droit international. Enfin, selon les habitudes internationales en vigueur, seuls doivent s’identifier les appareils qui se dirigent vers l’espace aérien national du pays à qui appartient la ZIA. Ceux qui ne font que transiter ne sont tenus à rien.

En établissant sa zone, la Chine a ignoré cette jurisprudence. Non seulement elle exige que tous les aéronefs fassent connaître leur identité et leur plan de vol, mais, de surcroît, elle a d’abord menacé les contrevenants de représailles militaires. En quoi elle s’est mise en porte à faux.

Il n’est pas impossible qu’une fois les premières effervescences passées, Pékin accepte d’assouplir cette contrainte que tous les voisins jugent inacceptable. Déjà, le 28 novembre, le ministère de la défense a jugé bon de clarifier sa position, précisant que la zone chinoise qui venait 40 ans après celle du Japon, n’était nullement une extension de l’espace aérien du pays. Il a aussi expliqué, dans un évident geste d’apaisement, que les avions militaires chinois se contenteraient « d’accompagner les contrevenants ».

Le danger des malentendus et des interprétations divergentes.

Il reste qu’en attendant, les irrationnels des nationalismes attisés par le spectacle des postures guerrières pourraient provoquer de graves incidents. On se souvient que le 1er avril 2001 un appareil de reconnaissance américain de type EP-3 en mission au-dessus de la zone économique exclusive chinoise (ZEE) à 70 nautiques au sud de l’île de Hainan avait été percuté et forcé de se poser par un chasseur J-8 chinois dont le pilote a disparu en mer. La cause de l’accident était déjà une interprétation différente des dispositions des traités internationaux. Dans ce cas particulier, il s’agissait de la convention du droit de la mer (Montego Bay 1982), signée par la Chine, mais jamais ratifiée par les États-Unis.

Son article 58 garantit la liberté de navigation et de survol des ZEE, mais il stipule aussi que les usagers doivent se conformer aux lois et règlements du pays côtier. Pékin considérait donc que, dans cette zone, la disposition lui conférait le droit d’interdire les activités militaires étrangères. Alors qu’au contraire, Washington estimait que le traité (que le Congrès n’a pas ratifié) garantissait la liberté de navigation et de survol à tous les bâtiments navals et à tous les aéronefs, qu’ils soient militaires ou civils.

La Zone d’Identification établie par Pékin ne se situe qu’en partie au-dessus de la Zone Économique Exclusive, mais si on ajoute le hiatus dans les interprétations des traités au fait que les zones chinoise et japonaise se chevauchent largement, on se trouve en présence d’un ensemble de facteurs néfastes capables de provoquer quelques catastrophes dans le ciel de la mer de Chine, d’autant qu’après avoir fait transiter leurs deux B-52, le Pentagone et le Département d’État on rappelé à Pékin le traité de défense qui les lie à Tokyo.

Depuis quelques jours on assiste à une recrudescence des patrouilles aériennes dans les parages des Senkaku. Le 29 novembre, Shen Jinke, porte parole de l’armée de l’air chinoise annonçait qu’un appareil de surveillance de type KJ-2000 (l’AWACS chinois) et plusieurs chasseurs de combat dont des Sukhoi 30 et des J-11 avaient été dépêchés sur zone, où ils avaient identifié 2 appareils de reconnaissance américains et 10 chasseurs japonais. Il est évident que cette escalade aérienne augmente notablement les risques d’accident.

Photo : EP-3 américain endommagé sur la base chinoise de Hainan après l’accrochage du 1er avril 2001.

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Volontés hégémoniques et tentations belliqueuses.

Si on considère la modernisation des forces armées chinoises depuis 20 ans, sur fond de querelle territoriale avec le Japon de Shinzo Abe redevenu plus sûr de lui à l’extérieur, les tensions qui jaillissent de temps à autres n’ont rien d’étonnant. Elles surgissent autour des affirmations de souveraineté chinoises, dont la récente zone d’identification est une expression emblématique, y compris face à Washington.

De l’ordre de la posture symbolique de souveraineté et de puissance, exprimée de manière mimétique - la ZIA, 40 ans après celle du Japon, le porte-avions Liaoning dans le détroit de Taïwan, 18 ans après le Nimitz -, les initiatives chinoises surviennent à un moment crucial de l’histoire du Parti en pleine anxiété réformiste et confronté au défi de sa légitimité politique interne. A quoi le Président Xi Jinping a répondu par un nouvel appel à la renaissance pour la réalisation d’un « rêve chinois », dont les contours flous se cristallisent cependant assez souvent dans l’opinion autour de la puissance militaire.

Un fois de plus, la direction chinoise se trouve placée devant le dilemme interne de contrôler sans perdre la face les crises de nationalisme qu’elle a elle-même attisées. Ces jours-ci, après que le Japon ait envoyé des chasseurs de combat dans la ZIA chinoise, la presse chinoise fourmille d’appels à la rétorsion qui pèsent sur le gouvernement pour l’inciter à « riposter sans faiblir ».

Le Global Times ajoutait : « si la tendance continuait, il y aura sans doute des frictions et des conflits comme c’était le cas durant la guerre froide entre Washington et Moscou. Nous sommes préparés à un affrontement de longue durée avec le Japon ». Mais, la presse du régime, consciente qu’il serait malhabile d’engager simultanément un conflit avec le Japon et les États-Unis, ménage Washington : « Si les États-Unis ne vont pas trop loin, nous ne les prendrons pas pour cible ».

Toute cette effervescence martiale ravive une fois encore chez les observateurs occidentaux les obsédantes questions de l’émergence de la puissance chinoise et de son agressivité. Comme s’il était vraiment possible qu’un ancien empire qui se sent renaître au milieu de si grands défis, traversé par autant de tensions internes sur son régime politique et son rôle dans le monde, puisse rester serein et maître de ses émotions, alors que ses approches directes sont sans cesse l’objet de démonstrations de force de la première puissance occidentale.

A la fois partenaire commercial, en même temps modèle et repoussoir, les États-Unis sont sans conteste le plus grand rival stratégique de la Chine, que tous les chefs militaires de l’APL considèrent d’autant plus comme un ennemi militaire potentiel que, partout, en mer de Chine de l’Est, à Taïwan et en Asie du Sud-est, l’aéronavale des États-Unis affiche sa puissance incontestable qui fait obstacle au désir d’empire des Chinois.

Dans ce contexte, encore traversé par les réminiscences très présentes des humiliations coloniales subies par la Chine, on peut, sans risque de se tromper beaucoup, formuler, l’hypothèse que les démonstrations de force telles que l’étalage ostentatoire des bombardiers B-52 de l’US Air Force, dont la vertu dissuasive à court terme est indubitable, auront pourtant, à la longue, très exactement l’effet inverse : par mimétisme de puissance, ils attiseront la capacité militaire de la Chine et son agressivité.

Ainsi, les deux grands rivaux stratégiques du XXIe siècle sont ils confrontés à un dilemme assez semblable : celui de maîtriser la tentation militaire sous peine d’écorner durablement leur image qui se nourrit, pour l’un des perspectives d’apaisement articulées autour des échanges commerciaux et du sentiment d’appartenir à une communauté de culture asiatique apaisée, pour l’autre de sa victoire sur le Japon en 1945, dont il a, pour l’instant, réussi à transmuter les bénéfices en s’attribuant les rôles de défenseur du droit et de contrepoids rassurant à l’appétit hégémonique de Pékin.

Photo : Bombardier B-52 américain.

Navires de guerre. Itinéraires croisés

(Mise à jour le 18 décembre)

Il n’a pas fallu longtemps pour confirmer que la conjonction – Zone d’identification aérienne (ZIA) et mission du porte-avions Dalian et de 4 navires d’escorte en Mer de Chine du Sud – était non seulement une riposte à l’inflexibilité japonaise sur les Senkaku, mais également un nouveau message à Washington pour signifier une fois de plus que la lourde présence militaire américaine dans la zone était considérée par Pékin comme un intrusion indésirable.

Le 5 décembre 2013, soit 11 jours après l’annonce par la Chine de sa ZIA au large de Ningbo, le croiseur lance-missiles USS Cowpens qui suivait à faible distance la route du Dalian a été forcé de changer de cap pour éviter une collision avec un navire amphibie de la marine chinoise qui tentait de le stopper. Selon le Pentagone, au moment de l’incident les deux bâtiments étaient à moins de 500 m l’un de l’autre.

Il est intéressant de noter les réactions des deux parties. Tout en reconnaissant qu’un contact radio entre deux navires avait permis d’éviter la collision, le Pentagone stigmatise le « comportement inhabituel et peu amical du bâtiment chinois » qui lui avait d’abord demandé par radio de stopper, alors qu’il se trouvait dans les eaux internationales. Ajoutant qu’une note de protestation avait été envoyée au plus haut niveau politique chinois.

Pékin n’a pas réagi officiellement, mais d’intéressants commentaires ont été publiés par des experts militaires chinois dans les médias proches du pouvoir. Le 16 décembre, le Global Time jugeait que la marine américaine prenait depuis longtemps prétexte de la liberté de navigation pour « rôder » aux portes de la Chine et harceler ses navires près des côtes chinoises.

Cité par le China Daily, Su Hao directeur du Centre de recherches sur l’Asie-Pacifique à l’Université des Affaires étrangères expliquait que « les États-Unis devaient reconnaître que l’armée chinoise s’était renforcée et qu’il leur appartenait de réévaluer leurs stratégies de containment ».

La même idée était répétée par un autre article du Global Time estimant que la navigation à proximité du PA chinois ne pouvait pas être considérée comme « un passage inoffensif », mais comme un acte hostile « mettant en cause la sécurité de la nation » (ndlr : selon le droit de la mer l’expression « passage inoffensif » n’est utilisée que pour caractériser le comportement d’un navire dans les eaux territoriales d’un autre état. En haute mer il n’existe aucune restriction autre que la sécurité de la navigation.)

Tant que la marine chinoise considérera la mer de Chine du Sud comme une « mer intérieure », tandis que les marins chinois seront offusqués par les patrouilles de reconnaissance insistantes de la marine américaine, le risque que ce type d’incident se répète sera élevé.

Début mars 2009, deux sous-marins américains non armés le USNS Victorious et le USNS Impeccable en mission de recherche océanographique avaient déjà été harcelés par des navires et aéronefs chinois en mer jaune et en mer de Chine du Sud.

 

 

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