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›› Economie

La manœuvre globale de l’économie chinoise

La période qui vient de s’écouler montre des tendances au développement des fusions et acquisitions (F&A) chinoises à l’étranger qui pourraient s’accélérer en 2014, en même temps que l’explosion du commerce en ligne chinois à l’international.

Mais les priorités stratégiques de Pékin restent doubles : d’abord l’énergie, avec la présence de compagnies chinoises sur des gisements de gaz de schistes aux États-Unis et l’accélération des contrats gaziers entre la Chine et la Russie, avec cependant l’important obstacle du prix du gaz sur lequel Moscou et Pékin n’ont toujours pas réussi à conclure un accord, en dépit de la visite de Medvedev à la fin octobre.

Ensuite, en dépit de tensions territoriales, et à l’ombre des fortes crispations avec le Japon, le développement des relations économiques dans sa zone d’intérêt stratégique immédiate avec les pays d’Asie du Sud-est. Dans ce vaste élan qui s’est accéléré au cours du dernier trimestre, une ombre au tableau : la méfiance stratégique entre Pékin et New-Delhi constitue un obstacle majeur à la mise en œuvre en Asie du Sud de la stratégie commerciale « gagnant – gagnant » qui, pour l’instant, ne parvient pas à émouvoir les élites indiennes, tandis que les séductions chinoises sont contredites par la rigidité de Pékin sur les questions frontalières.

En Europe, les stratégies chinoises se sont ces derniers mois développées en direction de Londres en mal de cash essentiellement, et malgré les critiques de l’opposition, pour cibler les infrastructures nucléaires en liaison avec les Français AREVA et EDF, alors que Bruxelles et Pékin ont commencé un cycle de négociations sur les investissements dont les Européens attendent une plus grande ouverture du marché chinois.

La Commission de Bruxelles considère ce cycle comme un test de la sincérité des promesses chinoises d’ouverture aux lois du marché. La Chine en attend de nouvelles opportunités pour l’engagement de ses groupes, dont il faut rappeler qu’à quelques exceptions près ils sont plus ou moins directement liés à l’État chinois.

Enfin, les relations franco-chinoises toujours plombées par un important déficit commercial français ont été marquées ces derniers mois par les efforts de la puissance publique française pour éviter que le groupe public chinois Dongfeng prenne le contrôle de PSA.

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Plus de Fusions et Acquisitions en 2014

Un article paru le 24 décembre dans le magazine Caijing et le China Daily dresse le bilan des récentes fusions et acquisitions chinoises et anticipe les plus probables pour 2014. En août, le Dalian Wanda group a racheté pour 490 millions de $ le britannique Sunseeker International, fabriquant de Yachts. L’opération faisait suite au rachat en juin 2012 par le même Wanda pour 2,6 Mds de $ du groupe américain AMC, le géant des cinémas Multiplex.

On se souvient qu’en décembre 2009, le Suédois Volvo était passé sous le contrôle de Geely ; en 2012, le géant chinois de l’agroalimentaire Brightfood, se payait la majorité des parts du britannique Weetabix (céréales pour petits déjeuners) pour 1,9 Mds $ ; un an plus tard, Shuangui, le plus gros producteur de viande chinois rachetait pour 7,1 Mds $ le géant américain de la viande de porc Smithfield Foods inc. Il s’agissait de la plus grosse transaction internationale chinoise depuis le rachat par la Chine du pétrolier canadien Nexen (15,1 Mds de $) en 2012.

L’article prédit une croissance de 10 à 15% des F&A en 2014, dans un contexte international où la confiance des prêteurs s’améliore et où les groupes chinois augmenteront leur emprise à l’international pour s’approprier les marques étrangères.

Le premier groupe chinois sur la liste est Shouguan Mining Corp. géant des mines d’or en pleine expansion, dans un secteur où plus de 2 Mds de $ de F&A ont été opérées en 2013. Les équipements de sport sont aussi un domaine à surveiller : on peut s’attendre à une F&A lancée par le groupe Li-Ning (ancien gymnaste chinois devenu entrepreneur) qui viserait des marques de second rang comme les Américains Peak Sports ou New Balance Athletic Shoe, lui-même déjà investi en Chine.

China Shenhua présent en Pennsylvanie

Shenhua, le géant public chinois du charbon s’est allié avec l’Américain Energy Corp of America pour développer des gisements de gaz de schiste en Pensylvanie. Il investira 90 millions de $ pour établir une filiale consacrée au projet qui comptera 25 forages dont le rendement attendu est de 3,8 Mds de m3 de gaz en 30 ans.

Shenhua qui n’a pas l’expérience du gaz de schiste doit démarrer un projet dans le Hunan en 2014 et envisage d’étendre ses explorations dans le Guizhou. A cet effet il compte sur la coopération et les transferts de technologie de son partenaire américain qui maîtrise les techniques de fracturation hydraulique et de forage horizontal depuis 2007.

Pour l’instant la compagnie étrangère la plus agressive en Chine pour l’exploitation du gaz de schiste est Royal Dutch Shell en partenariat avec Petrochina tous deux opérationnels dans le Sichuan. Mais en Chine le gaz de schiste ne se développera pas comme aux États-Unis par le biais de sociétés privées du pétrole. L’exploitation restera étroitement contrôlée par l’État.

Petrochina en Irak avec Exxon Mobil

Fin novembre 2013 le n°1 chinois du pétrole acheté 25% des parts du champ pétrolier irakien de West Qurma situé à 50 km au Nord-ouest de Basra à proximité du gisement de Rumaila déjà exploité par Petrochina avec BP. L’investissement augmente encore l’emprise chinoise au Moyen Orient et de Petrochina qui fut le premier groupe pétrolier étranger à investir en Irak après le départ des Etats-Unis. Il est aujourd’hui le premier opérateur et le premier investisseur étranger en Irak.

Selon un rapport de l’Agence Internationale de l’Energie, la Chine deviendra le premier client du pétrole irakien en 2030. Une tendance qui inquiète les stratèges chinois qui y voient une vulnérabilité liée à la volatilité de la situation irakienne. En 2013 la chine a importé 210 millions de tonnes de pétrole, en hausse de 5,4% par rapport à 2012. Depuis septembre, elle est le premier importateur de pétrole avant les Etats-Unis.

Les hydrocarbures au centre des relations Moscou Pékin.

Lors de la visite à Pékin du Premier ministre Medvedev les 22 et 23 octobre dernier CNPC et Rosneft ont signé un vaste accord préliminaire pour l’exploitation de plusieurs gisements d’hydrocarbures en Sibérie orientale, 51% des parts revenant à Rosneft. L’exploitation est destinée à la consommation russe, le reste ira à la Chine et à d’autres pays asiatiques.

Le contrat prévoit la livraison vers Daqing de 365 millions de tonnes de pétrole sur 25 ans (environ 15 millions de tonnes par an) pour une valeur totale de 270 Mds de $, dont une avance de 20% à 25% serait à la charge de CNPC. Rappelons que dans un accord séparé, le géant chinois du pétrole CNPC a accepté, contre une cession annuelle de 3 millions de m3 de gaz, de prendre 20% des parts d’un projet sur la péninsule de Yamal dans l’océan arctique - liquéfaction de gaz lancé par Yamal LNG (détenu par Novatek et Total) -, dans lequel le français Technip est également partie prenante depuis le 3 avril 2013.

La presse chinoise a situé la visite de Medvedev dans le contexte plus large d’un rapprochement régional également marqué par les visites du Premiers Ministres indien et mongol Manmohan Singh et Noron Aktanhuyang. Mais alors que la Russie devient une des bases énergétiques de la Chine et que le financement des projets rendra les conglomérats russes très dépendants des prêts chinois, l’enthousiasme de Moscou est en retrait par rapport à celui de la Chine.

Pour la première fois Moscou a refusé de vendre des parts de ses gisements sibériens aux groupes chinois et hésite à accepter les propositions financières des banques chinoises, tandis que, objet d’un interminable contentieux, Gazprom n’a contrairement à Novatek, pas réussi à conclure un accord sur le prix du gaz à livrer à la Chine.

Visite en demie teinte du Premier Ministre indien à Pékin.

Le plus remarquable de la visite en Chine de Manmohan Singh le 22 octobre, fut sa vacuité, tant dans le domaine de la sécurité que dans celui des affaires.

S’il est vrai que les deux pays ont signé un accord où ils promettent de ne pas utiliser la force ni de se livrer à des provocations dans les zones frontières contestées de l’Himalaya, la Chine n’a fait aucune concession et réaffirmé le traitement différent qu’elle réservera aux visiteurs indiens venant de de l’Arunashal Pradesh qu’elle revendique. Plus largement la détente reste difficile alors que Pékin reste le principal soutien du Pakistan tandis que l’Inde abrite l’exil du Dalai Lama.

Même si le commerce bilatéral a augmenté pour atteindre 70 Mds de $ par an, son volume reste très en-dessous de celui avec les grands partenaires commerciaux de la Chine (Japon : 284 Mds de $ , Etats-Unis : 450 Mds de $, UE : 546 Mds de $).

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Chine – ASEAN.

L’Asie du Sud-est est sans nul doute l’une des cibles majeures de la diplomatie, du commerce et des investissements chinois. Dans cette arrière cour historique de l’Empire chinois, où Pékin revendique la majorité de la mer de Chine du Sud vaste comme la Méditerranée, le Bureau Politique entend bien faire pièce à l’influence des États-Unis et promouvoir sa stratégie pour résoudre les questions de souveraineté en évitant d’avoir à confronter une ASEAN solidaire et en prônant les dialogues bilatéraux au cas par cas.

Appuyé sur un traité de libre-échange en vigueur pour 6 pays depuis 2010 et qui en 2015 sera étendu aux 4 restant (3 pays de l’Indochine + le Maynmar), le commerce de la Chine à été multiplié par 6 en 10 ans pour atteindre 400 Mds de $. Le stock des investissements cumulés atteint 100 Mds de $ avec en priorité l’Indonésie (26 Mds de $), le Cambodge (12 Mds de $), le Vietnam (11 Mds de $), la Malaisie (9 Mds), Singapour (8 Mds de $), le Laos (7 Mds de $) et le Myanmar (6 Mds de $).

Au cours du dernier trimestre le président Xi Jinping et Li Keqiang en voyage dans plusieurs pays de la région ont rappelé le plan d’action présenté le 3 septembre à Nanning par le premier ministre lors du 10e sommet Chine – ASEAN, qui focalise sur le commerce, les transports, les finances, la coopération maritime et les échanges culturels :

1) Approfondir le traité de libre échange (promouvoir les investissements, accélérer la baisse des taxes douanières et réduire les barrières non tarifaires, conclure des accords de long terme pour l’importation des produits agricoles, ouvrir le marché chinois aux meilleurs produits de l’ASEAN). L’objectif pour 2020 est de porter la valeur totale des investissements bilatéraux à 150 Mds de $ et du commerce bilatéral à 1000 Mds de $ – il était de 400 Mds de $ en 2012 – ;

2) Améliorer la « connectivité » de la région, d’abord par le développement des infrastructures de transport régionales - efforts pour avancer le réseau de chemin de fer pan-asiatique –, ensuite par la création de mécanismes de prêts adaptés au sein du Fonds d’Investissement Chine ASEAN, enfin par des efforts pour améliorer les échanges d’informations sur les taxes douanières et les perspectives d’investissements réciproques dans des zones industrielles écologiques prioritaires ;

3) Renforcer l’harmonisation financière avec la mise en place de fonds de sécurité régionale, la possibilité pour les pays de l’ASEAN, d’acheter des obligations chinoises, et par l’augmentation de la valeur des échanges libellés dans les monnaies locales ;

4) Développer la coopération maritime avec la proposition de Pékin de créer une structure de coopération maritime Chine – ASEAN avec des échanges entre les villes portuaires de la région appuyés par un fond de coopération maritime de 3 Mds de Yuan (371 millions d’€) ; 5) Multiplier les échanges culturels avec notamment l’annonce de l’année de l’amitié Chine – ASEAN en 2014, accompagnée par 15 000 bourses d’études offertes dans les 5 ans qui viennent aux étudiants des pays de l’Asie du Sud-est.

Avec en Indonésie et en Malaise un arrière plan particulier de rapprochement stratégique autour d’échanges de défense, les accords commerciaux et économiques ont conclu à l’exploitation conjointe des ressources d’hydrocarbures avec Brunei, un train à grande vitesse avec la Thaïlande et à la mise sur pied d’un groupe de travail avec le Vietnam dédié à l’amélioration des infrastructures, à la coordination financière et à la coopération maritime dans le golfe du Tonkin, déjà articulée autour d’accords bilatéraux discrètement conclus lors d’une visite en 2011 de Xi Jinping lui-même, alors encore Vice-président.

Notons que ces arrangements discrets avec Hanoï, contredisent les tensions entre le Vietnam et la Chine, sur lesquelles Washington avait un moment semblé vouloir s’appuyer pour se rapprocher du Vietnam. Plus généralement il faut noter la souplesse de l’attitude commerciale chinoise, comparée aux rigoureuses exigences américaines de libre échange qui entourent les négociations pour l’accord Transpacifique.

En Indonésie, Xi Jiping présida à la signature d’un accord de coopération de 30 Mds de $ et à des engagements chinois pour l’exploitation des ressources minières et pour des projets d’infrastructure. En Malaisie, Pékin et Kuala Lumpur ont prévu de porter les échanges commerciaux dont la valeur est de 95 Mds de $ en 2013 à 160 Mds dès 2017 et arrêté un plan en 5 ans pour approfondir la coopération bilatérale dans les technologies, la finance, et les services.

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Chine – Europe

Au cours du dernier trimestre, les relations Chine – Europe ont été concentrées sur la Grande Bretagne avec les visites en Chine du Chancelier de l’Échiquier Osborne accompagné du maire de Londres Boris Johnson le 18 octobre, suivie de celle de David Cameron début décembre.

Le 21 décembre débutaient les négociations Chine – UE pour un pacte d’investissement, tandis que le groupe chinois Zoomlion prenait le contrôle de l’Allemand M-TEC, fabricant de machines à béton, alors que, dans la bataille entre Dongfeng et l’État français, la famille Peugeot pourrait bien avoir perdu le contrôle du groupe PSA.

Des visites britanniques il ressort que Londres en recherche de cash a autorisé les groupes de l’électronucléaire chinois à investir jusqu’à 30% dans la nouvelle centrale nucléaire de Hinckley Point

Lire aussi notre article Les tribulations nucléaires franco-chinoises à l’export.

D’autres accords ont été signés lors de la visite d’Osborne en Chine, comme l’extension de l’aéroport de Manchester par un groupe de Pékin pour 1,3 Mds de $, ou l’autorisation accordée aux Britanniques d’investir jusqu’à 13 Mds de $ en Chine en même temps que l’autorisation de libeller les échanges directement en Livres Sterling ou en Yuan à hauteur de 200 Mds de Yuan (20 Mds de £, 24 Mds d’€ ou 32 Mds de $).

Li Keqiang a évoqué la possibilité d’une ligne TGV chinoise du sud de l’Angleterre au nord, proposition à laquelle Cameron n’a pas répondu. En juin Huawei avait ouvert un bureau à Londres et prévu d’investir 2 Mds de $. Fin décembre le n°1 mondial a annoncé 200 millions d’$ d’investissements pour la création d’un centre de R&D.

Le 25 décembre on apprenait que le Chinois Zoomlion Heavy Industry Science & Technology Co Ltd, appartenant au gouvernement du Hunan, un des géants chinois des machines de chantier, avait racheté l’Allemand M-TEC spécialiste des bétonnières. Au moment de la rédaction de cette note, les détails financiers de l’opération n’étaient pas connus. Ce rachat fait suite à une série d’acquisitions chinoises de fabricants allemands de machines de chantier.

En 2012 Weichai Power a investi 738 millions d’€ (1 Mds de $) pour racheter 20% des parts du groupe Kion GmbH (chariots élévateurs) et 70% des parts de sa division hydraulique. En février 2012, Sany Heavy Industry a, pour 500 millions de $, repris 90% des parts et des dettes de Putzmeister n°1 mondial des pompes à béton. La même année, le Chinois XCMG rachetait Schwing, un autre fabricant allemand de pompes à béton.

En novembre, la Chine et l’UE, ont, lors des leurs premières négociations pour un accord d’investissement, convenu d’étudier un accord qui pourrait porter le niveau des échanges bilatéraux à 740 Mds de $ en 2020.

Plus prosaïquement il s’agit pour Bruxelles d’améliorer l’accès des entreprises européennes au marché chinois, d’ouvrir le marché des banques des assurances et des services et de réduire le déficit commercial de l’UE aujourd’hui évalué à 146 Mds d’€, dont 26 Mds d’€ plombent la relation France-Chine (18% du déficit total européen), alors que les échanges allemands avec la Chine sont excédentaires. Au-delà des bonnes paroles diplomatiques, l’UE considère les négociations comme un test de la volonté d’ouverture de leur marché par les Chinois, tandis que Pékin en attend la reconnaissance par l’UE de son statut d’économie de marché.

Chine – France

Le trimestre a été marqué par l’approbation du Conseil d’administration de PSA de l’alliance avec le Chinois Dongfeng, dans laquelle le gouvernement français investirait pour éviter la prise de contrôle du groupe par Dongfeng. Les actions seraient vendues à l’État français avec une réduction de 40% par rapport à la valeur actuelle de l’action. L’augmentation de capital par les Chinois serait réalisée pour une valeur de l’action à 6,85 € contre 11,50 € actuellement.

Après l’opération, Dongfeng et PSA détiendraient chacun 20% des parts. Si ces chiffres étaient exacts ils signifieraient que la famille Peugeot perdrait le contrôle du groupe.

Lire aussi : Négociations PSA – Dongfeng. Les sous-traitants menacés.

 

 

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