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›› Société

Pollution et prostitution : Les effets mitigés de la transparence

Récemment l’État chinois s’est essayé à deux exercices de transparence destinés à corriger des pratiques désinvoltes catastrophiques ou des comportements amoraux dont, à l’évidence, la machine politique attendait des réactions positives de la société.

L’un avait pour objet la lutte contre la très grave pollution dont souffre la Chine et a bénéficié de l’appui enthousiaste de la société civile, dans un contexte général où les dégâts écologiques commencent très sérieusement à endommager l’image du Parti.

L’autre concernait la lutte contre la prostitution dans la province de Canton avec probablement en arrière plan une offensive contre les cadres du Parti impliqués dans le commerce du sexe, lui-même noyé dans de vastes réseaux de corruption. Contrairement au premier, la transparence sur l’aspect glauque du commerce du sexe ne reçut pas le même accueil favorable du public.

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Pollution : Une initiative sans précédent des pouvoirs publics.

Le premier effort de transparence publique qui touche au très sérieux problème de la pollution de l’air et de l’eau consiste depuis le 1er janvier 2014 à obliger 15 000 entreprises les plus polluantes, y compris les grands groupes publics à faire état de leurs émissions polluantes et décharges toxiques dans les rivières. Compte tenu des habitudes de maquillage et des vastes collusions entre les administrations locales et les usines en cause - ces dernières participant parfois elles-mêmes au financement des systèmes de contrôle, ce qui réduit d’autant leur efficacité -, l’initiative marque une évolution majeure de la manière dont le pouvoir aborde désormais la question.

Ma Jun, ancien journaliste d’investigation et directeur d’une ONG baptisée « Institut des affaires publiques et environnementales » se dit interloqué par l’initiative tant elle lui paraît sortir des habituels réflexes d’omerta de la bureaucratie : « elle dépasse de loin tout ce que nous attendions ». Seule l’urgence et l’ampleur catastrophiques des niveaux de pollution expliquent que le pouvoir ait décidé de jeter en pâture à la société les chiffres exacts de la pollution des entreprises, comme il oblige depuis 2012 les villes chinoises à publier la quantité de particules nocives dans l’atmosphère.

L’état de l’atmosphère urbaine est donné par le calcul du poids de particules nocives inférieures à 2,5 microns en suspension par mètre cube, à partir d’un critère fixé par l’OMS stipulant que toute mesure au-dessus de 10 microgrammes/m3 signale un risque pour la santé. Or en Chine, une bonne centaine de villes affichent un niveau de pollution 10 fois plus sévère que ce niveau d’alerte. La situation étant, hors coût économique, à l’origine d’un million de décès prématurés chaque année et de la réduction de 5,5 ans de l’espérance de vie dans le nord du pays, sans compter l’impact négatif sur l’image du Parti.

La palme revient à la province du Hebei où, du fait le l’abondance des centrales thermiques et des sites industriels (cimenteries, aciéries, raffineries, usines chimiques) 7 villes figurent parmi les 10 plus polluées de Chine, affichant toutes un taux de microparticules supérieur à 100 microgrammes. Cette révélation choc a fait prendre conscience au pouvoir, soucieux des pertes économiques, préoccupé de la santé de Chinois et de son image, que l’air de la capitale ne serait jamais assaini si une action vigoureuse n’était pas entreprise pour réduire les émission toxiques des usines de la grande périphérie de Pékin. D’où la dernière obligation de transparence imposée aux industriels.

La prise de conscience est déjà à l’œuvre. En septembre dernier, le gouvernement publiait un premier plan accompagné de 280 Mds de $ pour améliorer la qualité de l’air et imposait à la conurbation Tianjin – Pékin de réduire la concentration de microparticules de 25% d’ici 2017. Le mois suivant, il décidait de réduire en 4 ans la production d’acier de 10%, soit 80 millions de tonnes, avec la plupart des abattements effectués dans la région de Pékin.

La société civile et les activistes de l’environnement accueillent ces mesures de transparence avec enthousiasme, même s’ils savent que longue sera l’élimination des obstacles qui vont de la cupidité de certains entrepreneurs désinvoltes à la crainte sociale de la perte d’emplois dans des usines polluantes dont l’activité sera réduite, en passant par la survivance dans nombre d’administrations locales de la prévalence donnée à tout prix à la croissance et à l’emploi.

L’optimisme des environnementalistes vient aussi du fait que les pollueurs sont désormais ouvertement ciblés et désignés à l’attention publique. Même si toutes les provinces n’ont pas encore respecté l’injonction gouvernementale, les données du Hebei sont disponibles affichant brutalement celles des usines qui dépassent les limites autorisées. Profitant de la vague de transparence, Ma Jun va plu loin et envisage de mettre en place un numéro d’appel d’alerte permettant aux citoyens de dénoncer les fraudeurs, assorti de la publication régulière d’un palmarès désignant à l’aide d’un code couleurs les bons élèves (en bleu) et les mauvais en rouge. « Notre but est d’aider le bureau de protection de l’environnement à faire respecter la loi. »

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La lutte contre la prostitution reçoit un accueil en demie teinte.

Si la transparence écologique a reçu un accueil favorable, parfois chaleureux dans les milieux des activistes de l’environnement, l’autre exercice de vérité sociale pour dénoncer la prostitution, lancé par le jeune Secrétaire Général de la région de Canton Hu Chunhua (50 ans), membre du Bureau Politique, a suscité des réactions plus mitigées.

Le 9 février au soir, la télévision d’État a diffusé un reportage qui détaillait les affres du trafic des charmes féminins à Dongguan au nord du golfe de Zhuhai à 50 km à l’est de Canton. Utilisant des caméras cachées, les journalistes de CCTV ont investi plusieurs hôtels de luxe de la ville et quelques Karaokés pour montrer des images de femmes exposées en petite tenue affichant le prix de leurs services, parfois derrière des vitres sans tain permettant aux clients de faire leur choix en toute discrétion. Le reportage mettait à jour toute l’organisation très efficace de la prostitution à l’œuvre dans la ville, avec même des cahiers de doléances à la disposition des consommateurs.

Ce n’est pas la première fois que le pouvoir politique s’en prend à la prostitution interdite mais tolérée et utilisée par un nombre important de cadres du Parti. A la veille des JO de 2008, de multiples descentes de police avaient brutalement fermé les bars et nombre de maisons closes opérant sous le couvert pudique de l’hôtellerie ou d’établissements de bains. Cette fois aussi, la rafle a permis d’arrêter plusieurs dizaines de prostituées et de fermer nombre de bars. Mais c’est la première fois que la mesure était accompagnée d’une telle publicité télévisée.

L’intention qui était moralisatrice avait aussi pour but de lutter contre la corruption de l’administration et de la police, dérapages collatéraux habituels du commerce de femmes. Elle a été suivie d’un raid d’assainissement par la police assistée d’équipes spéciales venues de Pékin dont l’action, annoncée le 11 février, durera trois mois. 162 suspects ont été mis en examen, 39 établissements ont été fermés et le radar de la sécurité publique a pris dans son collimateur Liang Yaohui, propriétaire d’un groupe pétrolier, membre de l’Assemblée Nationale Populaire et président du Crown Prince Hotel, un cinq étoiles compromis dans la prostitution mis sur la sellette par l’émission de CCTV.

Dans un contexte où le pouvoir n’est pas prêt d’éradiquer le commerce de femmes, partie intégrante de la culture de loisirs des cadres du parti et des nouveaux capitalistes, une activité lucrative qui, à Dongguan concerne 800 000 prostituées, il n’est pas impossible que le cas de Liang et ceux de ses semblables soient en réalité les véritables cibles de la campagne dont le coup d’envoi a été donné en fanfare par une émission de la télévision d’État.

La surprise est que l’émission, au lieu de recueillir l’approbation de la société a suscité des réactions d’hostilité sur les réseaux sociaux où fleurirent les critiques contre ce qui était perçu comme une atteinte injuste à une activité professionnelle comme une autre. D’autres soupçonnaient une manœuvre de la propagande pour détourner l’attention publique des vrais problèmes du pays « on s’acharne sur les prostituées, pendant que les cadres volent l’argent public et sont à l’origine d’une importante fuite des capitaux ». Des commentaires critiquèrent aussi l’aspect superficiel, accrocheur et voyeur de l’émission, stigmatisant l’absence d’analyse des causes sociales de la prostitution.

Le statut de la prostitution fut également abordé, avec nombre de commentaires cités par le Global Times réclamant la décriminalisation du commerce de sexe et l’instauration de taxes obligatoires. A quoi Lu Weiqi un des adjoints du bureau de la sécurité publique de Dongguan a répondu que la ville s’efforcerait de mieux réguler une activité qui avait brouillé les valeurs humaines. Peu de commentaires se sont inquiétés du sort des femmes, hormis les prostituées elles-mêmes qui s’insurgèrent contre leur « discrimination ».

Enfin une des seules réactions stigmatisant la liberté laissée aux proxénètes qui asservissent les femmes traitées comme un objet économique est venue de Lü Xinyu, directrice du département de journalisme de l’université Fudan à Shanghai : « la libéralisation de l’industrie du sexe soumise aux règles du marché ne résoudra pas le problème des femmes réduites en esclavage par la prostitution ».

En s’attaquant à la prostitution Hu Chunhua a ouvert une boîte de Pandore noyée dans une avalanche d’hypocrisies morales et commerciales, entourant une activité lucrative qui profite à nombre d’officiels. La contradiction a été pointée du doigt par un internaute : « Ce type de commerce n’est pas possible en Chine sans l’appui de la police (...). Ce que le peuple veut réellement que vous fassiez, c’est d’abord nettoyer vos soit-disant forces de police ».

 

 

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