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›› Economie

Fragile reprise. Appel aux financements privés. Faiblesse de l’immobilier

A la fin du 2e trimestre 2014, les chiffres de l’économie chinoise avaient repris des couleurs avec, en juin un index des directeurs d’achat (PMI) à 50,8 (chiffre HSBC) qui, pour la première fois depuis 6 mois, passait l’indice de 50, indiquant une augmentation de la production.

La reprise s’est accompagnée d’une hausse des exportations de 7% depuis mai 2013 et d’une augmentation significative de l’excédent commercial (35,9 Mds de $ en mai à son plus haut niveau depuis 5 ans), cependant en partie due au tassement des importations en chute de 1,6% en mai après une hausse de 0,8% en avril, signe que la reprise est hésitante. L’indicateur signale que l’activité économique répond aux différents stimuli mis en œuvre par le gouvernement depuis avril.

Dans le même temps, tout en renouvelant son appel aux financements privés pour se désengager en partie des groupes publics du secteur de l’énergie, l’État réagit à la faiblesse du marché immobilier, principal pourvoyeur des finances publiques locales et autorise des expériences pilotes de financement des administrations locales par des émissions d’obligations garanties par la banque centrale.

Photo L’économie se redresse grâce à des mesures de relance ciblées. Mais la fragilité du secteur immobilier qui compte pour 15% du PNB pourrait inciter le gouvernement à accentuer la relance.

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Mesures de soutien et appel au privé

Le rebond est en partie le résultat de mesures diverses de soutien à la consommation de plus de 200 Mds de $ et au lancement de projets d’infrastructure faisant appel à l’investissement privé qui fut un des leitmotiv du pouvoir au cours des derniers mois. On observe en effet cette tendance non seulement dans le rail où l’État a par ailleurs lui-même investi 800 Mds de Yuan (120 Mds de $), mais également dans les réseaux de gazoducs et d’oléoducs ouverts aux investissements privés par une directive de la Commission Nationale pour la Réforme et Développement datant de février.

Dans la foulée, le 12 mai, CNPC annonçait ses intentions de privatiser, après épurement des dettes, ses deux réseaux de transports d’hydrocarbures Ouest – Est, sans cependant préciser qui serait autorisé à investir. La manœuvre s’inscrit dans une stratégie générale de désengagement partiel de l’État des grandes entreprises publiques du secteur de l’énergie. Sinopec a déjà prévu de privatiser 30% de ses avoirs, tandis que CNPC développera ses gisements en acceptant jusqu’à 49% d’investissements non publics.

Les autres mesures de relance concernent la possibilité publiée le 22 mai accordée à 10 administrations pilotes, dont les municipalités de Pékin, Shanghai, Shenzhen et les provinces du Shandong, du Zhejiang et de Canton d’émettre des obligations garanties par l’État jusqu’à une valeur de 109,2 Mds de Yuan (17 Mds de $) ; l’autorisation de procéder à des investissements croisés en monnaie chinoise entre Shanghai et Hong Kong ; et la décision du 9 juin de la Banque Centrale d’autoriser une partie des banques qualifiées par leurs performances d’aide aux petits entrepreneurs, de réduire leur taux de réserve obligatoire d’un demi point pour soutenir les PME et les agriculteurs.

Croissance insuffisante du secteur des services

Toutefois, selon Yi Xiaozhun, n°2 de l’Organisation Mondiale du Commerce, la reprise observée sera insuffisante pour atteindre l’objectif d’une croissance de 7,5% ou 7,4% en 2014 envisagée par le gouvernement. La raison en est que, malgré les progrès, la part du commerce des servives en Chine reste très en-dessous de celle des autres économies, (539 Mds de $, contre 4000 Mds de $ pour le commerce des marchandises), soit 11,8% contre un moyenne mondiale de 20%. Toujours selon YI, alors que l’économie chinoise perd ses avantages de bas salaires et que le prix de l’énergie augmente, une situation ayant conduit 300 compagnies américaines à replier leurs centres de production aux Etats-Unis (enquête du Boston Consulting Group), les 7,5% de croissance ne seront atteints que si la part des services augmente de manière significative.

L’immobilier souffre

Dans ce paysage en demi-teinte, le secteur de l’immobilier commence à souffrir. Dans les villes de premier rang de la cote Est le marché au premier trimestre était en baisse de 40%. C’est à Pékin (- 51%), Canton (- 43%), Shenzhen (- 38%) et Shanghai que la contraction du marché a été la plus sévère. Dans les villes moyennes du centre et de l’Ouest la baisse était de 25% couplée avec un tassement des prix observés en juin (baisses de 0,5% en juin contre 0,3% en mai qui mettent fin à 23 mois de hausses consécutives) avec cependant une tendance à l’accroissement de l’écart de prix entre la côte et les régions de l’intérieur (30 000 Yuan le m2 – 4800 $ - à Pékin, Shanghai ou Shenzhen et seulement 7300 Yuan - 1100 $ à l’Ouest -) et, partout, l’accumulation d’un nombre anormal de logements vides.

La contraction du marché pourrait durer

Selon le magazine Caixin qui publie le 2 juillet 2014 une analyse de l’ancien représentant de Morgan Stanley en Chine, Andy Xie, même si de nouveaux rebonds auront lieu, favorisés par des mesures de relance, la tendance à la baisse du marché est irrémédiable, liée à l’excès de l’offre, essentiellement dans les villes moyennes, à la surévaluation des prix qui ne resteront pas à ce niveau et à l’inefficacité sur le long terme des mesures de soutien au marché. Pour l’heure certains promoteurs immobiliers ont entrepris de racheter des appartements au-dessus du prix du marché pour tenter d’enrayer la chute des prix.

Le net recul du marché immobilier commence à impacter les revenus des administrations locales qui dépendent à 57% des taxes aux transactions payées par les sociétés immobilières. Il menace également l’équilibre du système bancaire, d’abord parce que les banques ont beaucoup prêté aux développeurs immobiliers, ensuite parce que les avoirs immobiliers constituent presque toujours les garanties collatérales des opérations financières.

Un passage douloureux mais salutaire de la transition économique

Mais, selon Andy Xie, qui conseille au gouvernement de ne pas céder aux pressions pour accentuer les mesures de relance, le dégonflement de la bulle immobilière qui pourrait durer trois au quatre années, pour douloureux qu’il soit, sera l’un des passages obligés de la restructuration du mode de fonctionnement de l’économie chinoise. A terme le réajustement des prix aura des effets positifs qui réorienteront le capital vers des secteurs productifs à haute valeur ajoutée, condition essentielle de la modernisation du pays.

Photo Il y aurait plus de 60 millions de logements inoccupés en Chine, effets de la spéculation. Le ralentissement qui risque de durer, est un effet correcteur de l’abondance des capitaux dans un secteur qui compte pour 15% du PNB chinois et dont le marché est déséquilibré. Le gouvernement prendra les mesures nécessaires pour éviter un effondrement brutal peu probable.

 

 

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