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›› Chine - monde

L’élan global de la monnaie chinoise, craintes américaines et perspectives

En 2009, dans un article du New-York Times Nouriel Roubini écrivait que la chute du Dollar pourrait n’être qu’une question de temps et que la toute puissance du Renminbi pourrait assez vite remplacer la monnaie américaine comme monnaie de réserve.

Même si la part de la monnaie chinoise dans les transactions globales reste faible, son impact international augmente rapidement. Cet élan est favorisé par l’ouverture prudente du compte de capital en Chine, la multiplication des transactions commerciales libellées en Renminmi, la réduction importante des obligations en Dollars et en Euros durant la crise, et enfin par les initiatives prise par la Chine et les BRICS pour créer des institutions financières concurrentes du FMI et de la Banque Mondiale.

Face à l’internationalisation de la monnaie chinoise et à l’émergence d’institutions financières qui échappent à son contrôle, l’administration américaine craint l’affaiblissement de l’influence du Dollar et redoute une érosion de sa puissance globale. Cette inquiétude s’est exprimée par les fausses manœuvres de la Maison Blanche après l’annonce par Pékin de la création de la Banque d’Investissement d’Infrastructures à l’automne dernier.

L’utilisation croissante du Renminbi pose la question de son rôle comme monnaie de réserve internationale. Il est probable que d’ici une dizaine d’années le Yuan chinois pourrait supplanter le Dollar en Asie. Il est même possible qu’il se hisse à parité avec l’Euro dans l’Eurozone. Mais les réticences politiques chinoises à ouvrir complètement le compte de capital pour rendre le Yuan librement convertible pourraient contrarier sa marche vers le statut de monnaie de réserve globale.

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La Banque chinoise d’infrastructures


et les fausses manœuvres américaines.

La création de la Nouvelle Banque de Développement des BRICS en juillet 2014 et trois mois plus tard de la Banque chinoise pour les infrastructures sonnent le réveil des institutions financières internationales contrôlées par les États-Unis et l’Europe. Répondant aux critiques américaines qui mettaient en doute la gestion et la transparence des nouvelles banques, les fondateurs de l’AIIB ont insisté sur la rigueur de leurs intentions pour évaluer les projets, respecter l’environnement, protéger les cultures locales et le droit du travail.

Une controverse est en cours aux États-Unis autour de la nouvelle banque pour les investissements d’infrastructures (acronyme anglais : AIIB). Elle se développe entre deux attitudes : celle, jusque là adoptée par l’administration démocrate, inquiète de l’influence de la nouvelle Banque bras armé de la stratégie des « nouvelles route de la soie » ; celle contraire, favorable à l’AIIB et à une coopération des États-Unis avec elle.

Alors que les partisans du « containment » tentent de faire pression sur les alliés des États-Unis pour qu’ils s’abstiennent d’y participer, la mouvance contraire y est favorable, au nom de l’ouverture et de la pertinence de ses projets au regard des immenses besoins de l’Asie en financement d’infrastructures.

Critiques de l’ancien patron de la banque mondiale.

L’attaque la plus virulente contre les adeptes du verrouillage a été lancée par Robert Zoellick, proche de Georges Bush, ancien secrétaire d’État au commerce et ancien président de la Banque Mondiale de 2007 à 2012. Selon lui la stratégie de blocage d’abord menée par l’administration Obama était une erreur.

Tout en reconnaissant que la nouvelle banque de développement sera un important vecteur de l’influence chinoise dans les pays émergents dont les besoins en financement d’infrastructures sont insuffisamment honorés par le FMI et la Banque Mondiale, Zoellick considère que Washington aurait du d’emblée coopérer avec Pékin pour précisément inciter la nouvelle institution à la transparence dans l’allocation des crédits et à une gouvernance protégée des tentatives de corruption.

Il sait de quoi il parle puisque depuis la Banque Mondiale il avait coopéré avec la Chine et avec l’actuel premier ministre Li Keqiang, n°2 de l’appareil, pour la réalisation du rapport « China 2030 », aujourd’hui utilisé par le gouvernement chinois comme une des lignes directrices de ses reformes de structures. Au passage, le rapport mettait en garde contre les obstacles politiques aux réformes retranchées dans les féodalités que le bureau politique tente aujourd’hui de réduire, sans toujours y parvenir.

Pour l’ancien patron de la Banque Mondiale l’administration américaine commet également une faute tactique en tentant de bloquer l’action d’une banque dont l’utilité est évidente, sans proposer d’alternative crédible. Il en résulte que les alliés fidèles des États-Unis comme la Corée du sud et l’Australie qui avaient cédé aux pressions de Washington sont désavantagés et seront assez vite tentés de changer d’avis.

Une avalanche de crédits chinois.

La vague des financements chinois hors FMI et Banque Mondiale est en effet irrésistible, au moins si on en croit les annonces chiffrées de Pékin : 50 Mds de $ pour l’AIIB ; 40 Mds de $ pour le fond des « nouvelles routes de la soie » ; 50 Mds de $ pour la nouvelle banque des BRICS lancée en juillet 2014 (lire notre article Les BRICS jettent un pavé dans la mare des finances mondiales). Au total près de 150 Mds de $ proposés par la Chine alors que la plupart des émergents sont mécontents du fonctionnement des institutions mondiales classiques contrôlées par les États-Unis et leurs alliés.

Mais Zoellick tempère les inquiétudes exprimées par les adeptes du blocage en rappelant que chacune des ces institutions doit encore prouver son efficacité et transformer les annonces en réalité du terrain.

La force d’attraction de l’AIIB

Mise à jour le 19 avril : La carte ci-dessus publiée le 17 avril par la magazine américain « The Diplomat » montre les 57 pays membres fondateurs de l’AIIB (à l’exclusion de Taïwan), soit nettement plus du quart des États représentés aux NU. Plus encore : 16 des 20 économies les plus développées participent au projet. A la date du 17 avril le Japon, les États-Unis, le Canada et le Mexique se tenaient encore à l’écart.

Pour l’heure, l’attractivité de la Banque fait des émules. Alors qu’à son lancement à l’automne dernier, une vingtaine de pays seulement étaient candidats, dont l’Inde, le Bangladesh, le Pakistan et Singapour, aujourd’hui la situation évolue : Séoul qui avait initialement refusé de participer vient de se déclarer intéressé ; le 26 mars c’est la Turquie qui a annoncé son désir de se joindre aux membres fondateurs, après que Londres, Paris, Berlin, Luxembourg, l’Italie et la Suisse aient eux-mêmes déclaré leur intérêt. A la grande déception de Washington, l’Australie est sur la même ligne positive.

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Le Yuan chinois vers le statut de monnaie globale.

En décembre 2014 le Yuan chinois s’est avec 2,17% de la valeur des transactions, hissé au 5e rang global de la part des financements internationaux, loin derrière le $ et l’€, respectivement à 44,64% et 28,30%. En 2013, le Renminbi n’était qu’à la 13e place à 0,63% de part globale.

La nouvelle banque chinoise est également un moyen de promouvoir l’internationalisation du Yuan à laquelle le gouverneur de la Banque Centrale Zhou Xiaochuan travaille assidument depuis 2002.

La stratégie comporte trois volets : 1) Le lent assouplissement des restrictions au flux des capitaux entrant en Chine qui augmente progressivement l’intégration de la Chine dans le système financier global ; 2) Les pressions chinoises pour que le Yuan soit partie prenante des « droits de tirage spéciaux » qui sert d’unité monétaire au Fond Monétaire International en remplacement de l’étalon or et dont la valeur est jusqu’à présent calculée sur le Dollar, le Yen japonais, l’Euro et la Livre Sterling ; 3) Les accords conclus depuis 2008 avec 29 pays pour autoriser les règlements des transactions commerciales en monnaie chinoise. Les derniers en date étant l’Union Européenne, la Suisse, le Sri Lanka, le Qatar, le Canada et le Népal, signés entre octobre 2013 et décembre 2014.

La puissance disponible des liquidités chinoises…

Aujourd’hui plus de 10 000 institutions financières dans le monde utilisent le RMB (alors qu’elles n’étaient que 900 en 2011). Au total la monnaie chinoise est utilisée pour 18% des transactions internationales de la Chine, contre seulement 3% en 2010. 25 banques centrales ont signé des accords RMB pour un montant total de 2700 Mds (400 Mds de $).

A coup de dizaines de Milliards de RMB, la Banque de Chine a considérablement rehaussé le niveau de liquidité disponible de sa monnaie et confié à la Banque du Commerce et de l’Industrie chinoise la gestion des services de compensation du Yuan dans 9 centres internationaux à Hong Kong, Macao, Taipei, Singapour, Londres, Francfort, Paris, Séoul et Toronto. Globalement la monnaie chinoise est aujourd’hui la 5e devise la plus utilisée au monde.

…augmentée depuis la crise.

En prenant du recul on constate que depuis la crise financière de 2008 la monnaie chinoise a augmenté son impact international. Même si l’évolution est lente et que les responsables chinois toujours prudents hésitent pour des raisons politiques à relâcher le contrôle du capital, la trajectoire actuelle laisse présager que d’ici une dizaine d’années la monnaie chinoise se sera, au moins en Asie de l’Est, hissée au niveau du dollar.

Selon des documents de la Banque des règlements internationaux, avant 2007, à la veille de la crise des « subprimes », les échanges internationaux libellés en dollar représentaient 85,6% du total des transactions. L’Euro était à 37%. La monnaie chinoise était loin derrière à 0,5%, au 20e rang mondial. En avril 2013, la part du dollar avait augmenté à 87%, celle de l’Euro était tombée à 33,4%, tandis que le Renminbi se situait à 2,2%, au 9e rang. Aujourd’hui il est au cinquième rang en volume de transactions et son internationalisation s’est accélérée.

Elle a été favorisée par la crise, période durant laquelle les émissions d’obligations en Dollars et en Euros baissèrent fortement. En Dollars, elles chutèrent de 3000 Mds de $ entre 2004 – 2007 à seulement 200 Mds de $ dans la période 2008 – 2013 ; en Euro, la chute fut encore plus radicale puisqu’entre 2010 – 2013, les émissions d’obligations qui atteignaient 2000 Mds d’€ entre 2007 et 2009 étaient tombées à zéro. Par contraste, les obligations émises en RMB à l’étranger augmentèrent de 200% entre 2010 et 2013 pour atteindre 31 Mds de $ durant le seul premier trimestre 2014.

Perspectives globales et limites.

Dans une décennie le Renmibi se sera haussé au niveau de la monnaie américaine dans sa zone d’influence directe de l’Asie de l’Est et du Sud-est et pourrait faire jeu égal avec la monnaie européenne dans l’Eurozone. Reste la question fondamentale de l’ouverture complète du compte de capital, condition pour que la monnaie chinoise puisse concurrencer le Dollar ailleurs qu’en Asie. A cet égard, les perspectives sont floues. Même si les zones sous douane et la connexion des bourses de Shanghai et Hongkong ont contribué à relâcher le contrôle du capital, les transactions en Chine restent strictement limitées.

Dans un avenir prévisible, il est peu probable que la main mise de l’État sur le compte de capital disparaisse. Ce souci politique aujourd’hui très visible qui augmente le rôle de la puissance publique constituera à moyen terme le principal obstacle à la concurrence globale du Dollar par la monnaie chinoise.

Lire aussi :
La Chine rehausse son rôle dans les finances mondiales
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