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天宫 2. La revanche céleste de la Chine

Vue d’artiste de la station Tiangong 2 telle qu’elle se présentera en 2020. Au premier plan avec le drapeau chinois, le cœur du satellite 核心船 arrimé à un module cargo 货运飞船 (en bas à gauche). Les deux modules formant une croix sont les laboratoires (实验 船 I et II). Dans le prolongement du module central, un vaisseau habité arrimé à la station (载人飞船).

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S’inscrivant, comme c’est le cas dans de nombreux autres domaines, dans une rivalité avec les Etats-Unis qui l’avaient tenue à l’écart de la station spatiale internationale, la Chine avance son programme spatial dont le cœur est la station chinoise Tiangong 天宫 (Palais Céleste), avec une régularité et une détermination remarquables.

A ces qualités de constance et de ténacité s’ajoute une autre caractéristique : l’éventail très large des projets en cours allant des vols spatiaux habités aux expériences et études scientifiques diverses telles que l’étude du climat, de la matière noire ou la vérification de la théorie des Quanta sur une distance supérieure à 1000 km, en passant par l’exploration planétaire vers la Lune et Mars.

Si les budgets chinois sont encore loin d’égaler ceux de la NASA (6 Mds de $ au lieu de 40, cependant supérieurs au budget russe), leur augmentation rapide témoigne de la priorité accordée par Pékin à l’espace.

Enfin, récemment a eu lieu une évolution remarquable de l’attitude chinoise. Alors que jusqu’à présent les étapes des projets spatiaux chinois, sans être vraiment secrètes, étaient tenues à l’écart des médias et de la curiosité publique, le 25 juin dernier une fusée « Longue Marche 7 » (c’était le premier vol du modèle CZ-7 - Chang Zheng 7 – 长征 7 -) l’un des nouveaux vecteurs avec les Longue Marche 2 et 5 (CZ-5, avec charge utile de 25 tonnes) de la construction de la station spatiale chinoise, a été lancée du nouveau pas de tir Wenchang à Hainan sous les applaudissements d’un vaste public convié pour l’occasion dans des gradins spécialement construits à cet effet.

La fusée emportait une version améliorée de la capsule Shenzhou et le module Aolong 1 (遨 龙) doté d’un bras télécommandé destiné à collecter les débris spatiaux. Au passage, la présence à bord de la fusée CZ-7 d’un tel équipement a ravivé les soupçons des Américains créditant les Chinois d’intentions agressives contre leurs satellites. Lire notre article Shenzhou 10 et Tiangong 1, dernier arrimage. Quelle coopération avec la Chine ?

L’évolution vers plus de convivialité publique observée à Wenchang mérite attention car elle traduit une assurance nouvelle. Même si l’effort d’ouverture ne suffira pas à éteindre les méfiances américaines envers la nature des projets chinois, il ne fait pas de doute que la transparence est de nature à faciliter les coopérations futures avec d’autres partenaires.

Une place parmi les grands de l’espace.

Dans son livre « China in space : The great leap foward » (2013) Brian Harvey, expert des questions spatiales depuis les années 70, auteur d’une douzaine de livres sur les programmes spaciaux russe, chinois et européen, propose une décryptage des intentions et arrières-pensées chinoises. En substance, il spécule que la Chine veut seulement être considérée avec respect et à sa juste place à l’égale des pionniers américains, russes ou des européens.

En même temps, tout en affirmant que les phobies américaines anticipant une menace militaire spatiale chinoise sont largement exagérées, il concède que la quête de coopérations internationales a naturellement pour objet le transfert et la maîtrise des technologies de pointe.

Wang Chi, ingénieur au centre spatial national de l’Académie des Sciences, le reconnaît : « Nous sommes les nouveaux arrivés dans la recherche scientifique spatiale et la coopération internationale est le plus court chemin pour le rattrapage technologique ». Critiquant de manière voilée l’ostracisme américain, il ajoute que le domaine des sciences de l’espace, crucial pour l’humanité, devrait être l’objet d’une coopération de tous les acteurs sans arrière-pensées.

En attendant, bénéficiant de l’aide russe et dans une moindre mesure de coopérations avec l’Europe avec qui les échanges ont parfois été heurtés (lire notre article L’espace, lieu de toutes les méfiances), Pékin, imperturbable, poursuit son programme dont le cœur est sa station spatiale. Celle-ci prendra toute sa valeur au retrait, prévu en 2024, de la station spatiale internationale (International Space Station – ISS -). A cette date la Chine restera le seul pays à mettre en œuvre une base permanente dans l’espace.

En route pour Tiangong 2.

La fusée CZ-2F prête au décollage le 15 septembre dernier depuis la nouvelle base de lancement de Wenchang à Hainan, près de Sanya.

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Le 15 septembre dernier, une fusée Longue Marche 2 (CZ-2F) a placé en orbite le module Tiangong 2 (14,4 m de long et 3,35 m de diamètre) dernière étape avant la construction en 2017 - 2020 de la station spatiale chinoise. Le module, prototype réduit de la future station chinoise, évoluant en orbite basse (moins de 400 km d’altitude) accueillera en octobre prochain la capsule Shenzhou 11 avec à son bord deux astronautes qui devraient séjourner un mois à bord du module.

Une fois achevée (mise en service prévue en 2022 avec une durée de vie initiale prévue jusqu’en 2032) la station composée de trois compartiments pesant au total 60 tonnes sera d’une taille inférieure à celle de l’ISS. Elle sera cependant assez vaste pour abriter 6 astronautes et permettre l’arrimage simultané de deux modules habités et d’un module cargo.

Si la coopération internationale est fermée avec les États-Unis, celle avec l’Agence Spatiale Européenne (ASE) s’était développée au début des années 2000, avant de s’aigrir en 2009 à propos de la participation de la Chine au programme européen de positionnement spatial Galileo.

En 2003 et 2004, participant au projet Cluster destiné à étudier les interactions entre les particules mortelles du vent solaire et le champ magnétique enveloppant la terre qui les dévie, l’Agence Spatiale Chinoise avait lancé 2 satellites baptisés « double star » 双 星 (noms de code TC-1 et TC-2) l’un sur une orbite polaire, l’autre sur une orbite équatoriale, avec à leur bord 7 instruments fournis par l’ASE pour effectuer de mesures synchrones de la magnétosphère terrestre en complément de celles réalisées par les 4 satellites européens de la mission.
Lire aussi La « Longue Marche » du « Palais Céleste »

L’expérience scientifique acquise au cours de ces missions a persuadé la Chinois de l’utilité des coopérations. C’est pourquoi, ayant aussi en arrière pensée une intention de recherche d’influence, Pékin a, en juin dernier, signé un accord avec le Bureau de l’espace à l’ONU pour inviter des équipages venant en priorité de pays en développement à effectuer des séjours d’entraînement à bord de sa station.

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En 2016, la Chine est en passe de rester la seule puissance spatiale mettant en œuvre une base permanente en orbite terrestre. Elle est parvenue à ce résultat avec un budget spatial notablement plus faible que celui de la NASA qui, avec le vaisseau Orion et la mise au point d’un lanceur à 70 tonnes de charge, s’engage dans l’exploration lointaine habitée.

La station spatiale chinoise aborde la phase finale de sa mise en orbite moins de dix années après que la Chine ait été exclue du projet européen de positionnement spatial Galileo, accusée par l’Agence Spatiale Européenne de capter des technologies sans l’accord de ses partenaires et seulement 5 années après l’embargo du congrès américain sur les relations de la NASA avec la Chine.

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NOTES de CONTEXTE

Coopérations avec la Chine

En mai dernier, le Major General Charles Bolden de l’aviation du corps des « Marines » en retraite, aujourd’hui administrateur de la NASA, appelait le Congrès à lever l’embargo sur les relations avec la Chine dans le domaine de l’espace. Compte tenu des actuelles tensions entre Pékin et Washington et du faible soutien parlementaire à Bolden, la perspective d’une reprise des coopérations spatiales entre la Chine et la NASA est faible.

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Alors que dans l’exploration spatiale Pékin coopère avec la Russie et l’Europe (avec les réserves signalées dans l’article), les États-Unis n’ont cessé de multiplier les barrières aux échanges avec la Chine, parfois contre l’avis des scientifiques américains.

Les raisons de l’ostracisme sont doubles : la crainte des captations de technologies à quoi s’ajoute l’accusation américaine devenue une idée fixe chez certains responsables, selon laquelle l’objectif de Pékin serait de développer des armes spatiales pour menacer le réseau de satellites américains. Lire notre article Les armes LASER de l’espace. Projets chinois et peurs américaines

En 2011, une loi votée par le Congrès avait encore durci les obstacles à une coopération spatiale sino-américaine limitant même, sauf autorisation spéciale, les subsides destinés à financer l’accueil de visiteurs chinois à la NASA. La conséquence directe la plus spectaculaire du veto américain est que la Chine a été tenue à l’écart de la station spatiale internationale. Cette réalité a probablement été un des facteurs ayant accéléré le projet de la station spatiale chinoise Tiangong 天宫, devenue l’un des cœurs des projets spatiaux chinois.

Volet scientifique.

Au centre, Pan Jianwei, Docteur en physique de l’Université de Vienne responsable chinois du projet « Quanta ». A sa droite Heinz W. Engl recteur de l’université de Vienne et à sa gauche Anton Zellinger physicien autrichien travaillant sur la connectivité des particules subatomiques qu’il a déjà observée à des distances de plus de 100 km. Au-delà, la courbure de la terre rend l’expérience sur terre impossible. Les trois sont photographiés à Jiuquan (Gansu) le 16 août dernier.

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A côté des expériences opérationnelles directement liées à la mise en œuvre de sa station spatiale destinée à lui conférer un statut (vols habités, manœuvres télécommandées et arrimages, sortie dans l’espace, télémétries, alimentation solaire, maîtrise des trajectoires etc.), la Chine tient à conférer à ses projets une empreinte scientifique. Elle l’avait déjà fait en coopérant avec l’Agence Spatiale Européenne sur le projet Cluster.

Le 16 août dernier, elle a, en coopération avec l’Autriche, lancé depuis son pas de tir de Jiuquan dans le Gansu un satellite destiné à étudier la théorie des « quantas » (selon laquelle les particules subatomiques peuvent se trouver simultanément à deux endroits différents et, en même temps, interagir l’une sur l’autre).

Le domaine dont le potentiel déjà imaginé par nombre de scientifiques dans le monde, entrouvre la voie, encore de l’ordre de la pure science fiction, de la « téléportation ». L’originalité de l’expérience spatiale chinoise réside dans le fait que l’interaction des particules déjà testée par des chercheurs à la distance de 143 km séparant Tenerife de Las Palmas dans l’archipel des Canaries serait testée entre le satellite et la terre à Vienne et à Pékin à une distance de 1200 km.

Polémique autour de Tiangong 1

Selon Xinhua, le laboratoire spatial Tiangong 1, étape expérimentale intermédiaire vers Tiangong 2 et 3, lancé par la Chine en septembre 2011 a terminé sa mission et se consumera dans l’atmosphère à la fin 2017. Démentant les commentaires alarmistes sur le risque posé par le satellite, TS Kelso, chercheur au Space Standards & Innovation (CSSI) explique que la polémique n’a pas lieu d’être, la trajectoire du module étant pour l’instant stable.

Le 23 septembre un article de phys.org (How to see the doomed Tiangong-1 Chinese space station) confirmait que même s’il était impossible de l’exclure totalement, comme le souligne John McDowell, astrophysicien de Harvard, le risque de dommages à la terre et à ses habitants causés par le satellite était infinitésimal.

Au cours de son séjour dans l’espace, Tiangong 1 a arrimé les vaisseaux Shenzhou 8 à 10, (les deux dernières missions du module avaient à bord trois astronautes chinois), confirmant les progrès de la Chine dans le domaine des vols habités et dans celui des manœuvres de précision télécommandées de la terre.

 

 

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