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›› Chronique

Hong-Kong, sous l’œil de Pékin. Tractations pour la désignation du gouverneur

Les 3 candidats retenus par la Commission électorale. Le 26 mars prochain, l’un d’entre eux sera désigné par vote secret pour être le nouveau gouverneur de Hong Kong. De gauche à droite et dans l’ordre du nombre de parrainages obtenus, Carie Lam, 林鄭月娥, Woo Kwok-hing, 胡 国 興 et John Tsang, 曾俊華.


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La prochaine désignation du nouveau gouverneur de Hong Kong par un vote secret de la Commission électorale dont tout le monde sait qu’elle est sous l’influence étroite de Pékin, aura lieu le 26 mars. Bien que la probabilité pour que la nouvelle direction du territoire échappe au contrôle du Parti Communiste soit faible, la revue des candidats et l’analyse des tractations, déclarations et manœuvres en amont du vote traduisent un subtil glissement des lignes et des rapports de forces qui méritent attention.

Alors que le mandat de l’actuel gouverneur sortant a été marqué par les fortes tensions politiques et sociales ponctuées le 18 juin 2015 par le rejet au Conseil Législatif de la réforme proposée par Pékin d’un suffrage universel strictement encadré, les candidats éligibles devant au préalable recevoir l’onction politique du Parti, trois personnalités connues de la R.A.S ont obtenu le minimum de 150 parrainages de la Commission électorale. Leur combat politique reflète les tensions à l’œuvre dans la R.A.S.

Face à Carie Lam, la favorite, protégée par Pékin, mais attentive aux fortes aspirations d’autonomie et de progrès social du territoire, deux hommes, ayant reçu l’appui de la mouvance démocrate, Woo Kwok-hing, un magistrat inflexible attaché à l’État de droit formé en Angleterre et John Tsang de culture américaine très populaire, ayant éveillé la méfiance de Pékin par ses déclarations en faveur de la mouvance de rupture des « localistes ».

Carrie Lam 林鄭月娥, 60 ans, 580 parrainages

Carie Lam faisait la une des journaux de la RAS en janvier 2016. Critiquée pour son soutien au gouverneur, elle avait fermement démenti les rumeurs de sa démission : 決不留任.


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Ancienne Directrice générale de l’administration de la R.A.S de 2012 à janvier 2017, elle a déjà réuni 580 parrainages [1] et bénéficie des faveurs de Pékin. Diplômée de sciences sociales de l’Université de Hong Kong, proche des intellectuels de Qinghua à Pékin, ses principaux atouts sont une réputation d’intégrité et d’efficacité, à l’écart des circuits d’affaires. Bien que parfois perçue comme arrogante et hautaine, elle a, durant son mandat à la tête de l’administration, montré une capacité de compromis et porte l’espoir des Hongkongais que, sous sa direction, l’exécutif pourrait inaugurer un style de gouvernement plus ouvert, attentif aux questions sociales, au prix des logements et à la bonne marche des services publics.

Une autre particularité qui la distingue de ses prédécesseurs venant directement du monde des affaires proche de Pékin est sa conscience que l’opinion de la R.A.S est très majoritairement attachée à la stricte autonomie conférée par le schéma politique « Un pays deux systèmes » et hostile aux ingérences politiques. Plus encore, Lam sait que depuis 2007, la confiance des Hongkongais dans le montage politique hybride ne cesse de décliner à la suite des incessantes intrusions de Pékin puisque de 75% d’opinions favorables en 2008, « Un pays deux systèmes » ne recueillait plus que 45% de partisans en juin 2016.

Lire : A Hong Kong, la Chine fait face aux contradictions du schéma « Un pays deux systèmes ».

Même si, formellement, sa nomination soutenue par Pékin ne devrait pas poser de difficultés, compte tenu de la composition de la Commission électorale où la mouvance démocrate n’occupe que 325 sièges sur les 1194 membres que compte la Commission (au 5 mars, 6 sièges n’étaient pas pourvus), Carie Lam sait bien que la bataille avec son principal rival dans l’opinion, John Tsang, (65 ans, 165 parrainages) sera le reflet compliqué des humeurs populaires, puisque, dans un vote simulé où il serait son seul rival, l’ancien Directeur des finances favori des sondages la devancerait toujours nettement avec, au 28 février 53,6% contre 33% [2].

Consciente de ces incertitudes et de l’aversion grandissante des Hongkongais pour les ingérences directes du Continent, Carie Lam a récemment fait savoir en privé que le soutien trop insistant du bureau de représentation de Pékin pourrait être contreproductif.

Dans une interview publiée le 1er mars dans le South China Morning Post, elle a clairement marqué que, si elle était élue à la tête de la R.A.S, elle affirmerait sans faiblir le souhait d’autonomie des Hongkongais, mais qu’en même temps, elle se battrait pour tenter d’inverser la tendance montante des sentiments anti-Pékin dans la R.A.S.

Pour elle, cette désaffection serait essentiellement due à deux facteurs : l’afflux des touristes venant du Continent et l’échec de la réforme constitutionnelle en 2015. Interrogée sur la relance du projet d’élection du gouverneur au suffrage universel, Lam, consciente que sur le sujet de l’onction politique préalable accordée aux candidats par Pékin le régime chinois ne transigerait pas, s’est montrée évasive. « Je ne sais pas, je ferai de mon mieux » a t-elle dit.

Woo Kwok-hing, 胡 国 興, 71 ans, 180 parrainages.

Le 27 octobre 2016, Woo Kwok-hing annonçait formellement sa candidature pour prendre la tête de la R.A.S. Fervent défenseur de l’État de droit et appuyé par les démocrates il s’est dit capable de résoudre les contradictions entre l’allégeance politique à Pékin et l’autonomie du Territoire.


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Magistrat à la retraite, ancien vice-président de la Cour d’appel et ancien président de la Commission électorale durant le mandat de Chris Patten, le dernier gouverneur britannique, il est le seul des trois candidats à se présenter sans étiquette formelle. Formé au droit en Angleterre, Woo a la réputation d’intégrité et de probité chevillée à un respect sans faille pour l’État de droit. Premier des candidats déclarés, le 27 octobre 2016, il n’a pas tardé à s’attaquer au bilan du gouverneur en place Leung Chun-ying, ce qui lui a valu une contre attaque stigmatisant son manque d’expérience de l’administration.

Le 14 décembre 2016, il a lancé son slogan de campagne : « Un cœur droit et honnête pour replacer Hong Kong sur la bonne voie » et proposé un projet dans la durée vers la mise en œuvre du suffrage universel dont les premières étapes seraient l’élargissement de la base électorale de la Commission électorale de 250 000 à 1 million dès 2022, puis à 3 millions en 2032.

Plus tard, il a complété son programme en y incluant une proposition de loi n’ayant que peu de chance d’être adoptée, désignant l’ingérence de Pékin dans les affaires intérieures du territoire par le biais de son bureau de représentation, comme un délit. Après un démarrage difficile, sa campagne pour les parrainages a décollé quand, à partir de la mi-février, il a reçu l’appui public de la mouvance démocrate.

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John Tsang, 曾俊華, 65 ans, 165 parrainages.

John Tsang au Consulat de France à Hong Kong, lors de la fête du 14 juillet 2016. Ses prises de position plutôt compréhensives à l’égard des mouvements « localistes » ont inquiété Pékin.


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Ancien secrétaire pour le commerce et l’industrie et directeur des affaires financières du territoire de 2007 à 2017, Tsang qui fut aussi le secrétaire particulier de Chris Patten a été formé aux États-Unis où ses parents ont émigré en 1965. Diplômé d’architecture du MIT, il détient aussi un master d’administration publique de la Kennedy School of governement de Harvard.

En dépit de plusieurs controverses lors de son mandat de directeur des finances où il a été accusé d’être trop conservateur, son projet de budget 2011 ayant été violemment critiqué par le Conseil Législatif et l’opinion qui organisa une manifestation contre lui à Central ; malgré encore des soupçons l’accusant d’avoir favorisé l’attribution d’un contrat de télécom – internet à une société liée à la mouvance pro-Pékin, Tsang est de loin le candidat le plus populaire dans les sondages.

Fin politique, il a depuis 2013 pris ses distances avec le gouverneur Leung aligné sur Pékin condamnant violemment les manifestations de « localisme » prônant la séparation avec le Continent. Adoptant une approche oblique, il a, hors politique, fait l’éloge de la culture locale et considéré sur son blog que « le localisme deviendrait un ferment de cohésion et une force de progrès dans la R.A.S ».

La candidature de John Tsang a été rendue publique le 19 janvier 2017 au milieu de soupçons que Pékin songeait à y mettre un veto à la suite de ses prises de position publiques pour « les localistes ». La rumeur, réfutée par Tsang, dit aussi que le gouvernement central aurait lourdement insisté pour qu’il abandonne la course, lui proposant en échange le poste de n°2 de la Banque Asiatique d’Infrastructure et de développement créée par Pékin à l’automne 2014.

Avec son slogan « Confiance, Unité, Espoir », Tsang tente de se démarquer de sa rivale Carie Lam par une attitude ostensiblement ouverte au dialogue directement et par internet où, le 3 février il a lancé un appel de fonds au succès fracassant ayant permis, en seulement quelques heures, la collecte de plus d’un million de Dollars de Hong Kong (121 000 $).

Le 6 février, il a publié son programme qui comprend la promesse, cependant assez vague, de relancer les réformes politiques. Tsang a aussi promis de supprimer le système de contrôle annuel du niveau scolaire des élèves du primaire et du secondaire par des épreuves écrites et orales en Chinois, Anglais et Mathématiques.

Sous l’oeil de Pékin.

Alors que le bureau de représentation de Pékin faisait pression sur lui, Tsang a d’abord eu du mal à réunir les parrainages nécessaires à sa candidature. Ses appuis de la mouvance pro-Continent sont rares, tandis qu’il recueille 123 parrainages venant des démocrates de la Commission électorale, la plupart venant des secteurs professionnels.

Le même appui est venu du Legco par les 7 législateurs démocrates qui, pour la première fois, recommandèrent un membre de l’establishment. Ce très net positionnement en faveur des « démocrates » lui a attiré les vives critiques des médias et politiciens pro-Pékin (le Wen Weil Po et le Ta Kung Pao) , l’accusant d’avoir passé « un pacte avec le diable ».

La candidature et le positionnement politique de Tsang ont également été critiqués par l’ancien gouverneur Tung Chee-hwa qui, lors d’une réunion à huis clos il y a dix jours a affirmé que, même s’il était élu Tsang ne recevrait pas l’investiture de Pékin.

En riposte, les 30 démocrates de la Commission électorale appartenant au secteur juridique se sont insurgés contre une interférence aussi brutale par une déclaration sans équivoque : « Toute tentative de pression par des menaces contre la Commission électorale pouvant désavantager un candidat est regrettable et pourrait être considérée comme un délit. Elle affaiblit l’impartialité de l’élection et témoigne d’une choquante désinvolture à l’égard des aspirations des Hongkongais pour des élections libres et équitables, qui ne méritent pas d’être polluées par des ingérences aussi ignares et dépourvues de sensibilité. ».

Le 3 mars, pour calmer le jeu, Tsang a promis de se tenir à distance des tentations de corruption, de cultiver les contacts avec les citoyens quelles que soient leurs convictions, de promouvoir les jeunes talents et surtout, de respecter scrupuleusement le schéma « un pays deux système ». Pour se rallier les bonnes grâces de Pékin qui le tient à longueur de gaffe, il a décliné une invitation à participer, le dimanche 5 mars, à un forum organisé par les démocrates sur les élections .

Note(s) :

[1Lam a reçu le support des Conseillers hongkongais à la Conférence consultative du Peuple à Pékin, des représentants des agriculteurs, de la Chambre de commerce de Chine et de l’Alliance démocratique pour le progrès, la plus puissante organisation pro-Pékin du Territoire.

[2L’appréciation de popularité est théorique puisqu’elle ne tient pas compte du 3e candidat, Woo Kwok-hing (non aligné, 180 parrainages), appuyé par une large mouvance démocrate d’intellectuels et de la société civile, crédité de 14% dans un sondage du 28 février.

 

 

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