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›› Chronique

Mer de Chine du Sud : Avec le Cambodge à sa botte, Pékin ajuste le Code de conduite aux caractéristiques chinoises

Les 2 frégates lance-missiles Handan et Wuhu et le navire logistique Dongpinghu à quai à Sihanoukville du 9 au 12 janvier 2019. S’il est vrai que les visites de courtoisie des navires de combat sont une routine, celle-ci recèle en réalité une vassalisation sans nuance du Cambodge à la Chine. Compte tenu de la puissance rémanente du Vietnam dans le Royaume, l’insistance sans limites de Pékin dans cette arrière-cour stratégique de Hanoï pourrait produire des retours de flammes. Déjà des rumeurs courent que lors d’une visite à Pékin le ministre de la défense Tea Banh aurait refusé de signer une lettre d’intention entérinant l’installation d’une base militaire dans le Royaume. On peut prévoir que Pékin ne renoncera pas. La base s’installera sous couvert de logistique civilo-militaire et de sécurité.


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En novembre dernier, peu après le 33e sommet de l’ASEAN à Singapour, le premier ministre cambodgien Hun Sen niait publiquement les rumeurs selon lesquelles la Chine allait installer une base navale dans la région de Koh-Kong.

Établie sur l’emprise de plus de plus de 40 000 hectares cédée par un bail de 99 ans où le groupe public chinois Union Development Group (UDG) a déjà construit une piste d’aviation de 3500 mètres, partie d’un vaste projet touristique, la base chinoise, si elle était avérée à Koh-Kong même, ou dans le voisinage, sur l’emprise de l’actuelle base navale khmère de Ream, 20 km à l’est de Sihanoukville et 120 km au sud de Koh-Kong, constituerait un irritant de première grandeur pour Hanoï et Washington.

Anciens ennemis de la guerre du Vietnam, les deux se retrouvent en effet aujourd’hui dans une posture commune de résistance à l’emprise stratégique chinoise dans la région.

Selon le PM cambodgien qui réfutait l’accusation transmise par une lettre de mise en garde du Vice-Président Pence lui-même, l’établissement de bases militaires étrangères sur le sol cambodgien était prohibé par la constitution du Royaume.

Il n’empêche que la rumeur persiste. Elle est amplifiée par la récente visite du 9 au 12 janvier à Sihanoukville de 3 navires de guerre chinois [1], alors que Paul Chambers, Directeur de recherche à l’Université Chiang Mai en Thaïlande cité par le South-China Morning Post, affirme que l’hypothèse lui a été confirmée par une source fiable proche du pouvoir cambodgien.

Pour Chambers, Phnom-Penh serait bien tenté de céder aux pressions de Pékin qui, tirant profit de son influence économique et financière grandissante dans le Royaume, installerait un point d’appui militaire à l’entrée du golfe de Thaïlande en face de l’isthme de Kra situé 320 nautiques à l’Ouest, de l’autre côté du golfe.

Dans l’actuel contexte, de conflits larvés avec l’US Navy en mer de Chine du sud, alors qu’avec Hanoï la querelle autour des Paracel, des Spratleys et des prétentions chinoises dans la ZEE vietnamienne est loin d’être réglée, l’établissement d’une base navale chinoise au Cambodge sent le soufre, alors que dans le Royaume, l’influence politique vietnamienne héritage des 11 années d’occupation entre 1979 et 1990, reste puissante, même si elle est moins visible que celle de la Chine.

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Le Cambodge relais des stratégies chinoises.

Financière, politique, stratégique, l’influence de la Chine dans le Royaume est devenue omniprésente. Ici un officier de l’armée de libération remet des insignes de grades à des élèves officiers cambodgiens à l’école de formation des cadres établie près de Sihanoukville. Chaque année celle-ci envoie par centaines ses élèves en stage en Chine pour suivre des cours accélérés de Chinois.


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Pour l’heure Phnom-Penh qui n’a pas d’enjeu en mer de Chine du sud est devenu le principal appui de la Chine en Asie du Sud-est. Le Royaume qui bénéficie des généreux subsides de Pékin – en juin dernier l’armée royale a reçu 100 millions de dons chinois pour moderniser ses équipements et ses bases – relaye fidèlement la vision stratégique chinoise articulée au rejet de l’Amérique et à la rédaction d’un code de conduite entérinant sans la moindre nuance le magistère chinois en mer de Chine du sud.

Après avoir annulé en 2017 un exercice militaire conjoint avec l’Australie et l’Amérique, l’armée royale khmère a, à la place, participé à l’exercice « Dragon d’Or » avec la Chine du 15 au 30 mars 2018. Dans un futur très proche se dessine déjà une sévère controverse où 2 propositions de Pékin pour la rédaction du code de conduite visent à affirmer la prévalence du suzerain chinois et à exclure les États-Unis de la région.

La première exigerait qu’aucun exercice militaire conjoint impliquant des forces armées extérieures à la zone ne soit conduit sans l’aval de toutes les parties. Ce qui, avec Phnom-Penh à sa diligence inconditionnelle et empressée, confèrerait à Pékin un droit de veto sur les manœuvres de la marine des États-Unis.

La proposition chinoise se décline aussi dans une version civile stipulant que toute coopération économique – ce qui impliquerait les activités d’exploration et d’exploitation des ressources d’hydrocarbures – ne pourrait inclure des compagnies extérieures à la région sans l’aval des autres pays de l’ASEAN. Là aussi la vassalité obligée du Cambodge confèrerait à Pékin un droit de veto.

Les très désinvoltes exigences chinoises faisant peu de cas de la liberté de choix de chaque membre de l’ASEAN s’inscrivent dans un contexte où depuis le sommet de Manille prévalait l’impression générale que Pékin avait, dans la région, gagné sa bataille d’influence contre Washington. En réalité rien n’est moins sûr, la superbe outrecuidance de Pékin poussée à ses limites pouvant elle-même provoquer des contrefeux anti chinois.
Lire : L’ASEAN s’aligne progressivement sur la Chine. Volte face et contrepied américains.

Un « Code » aux « caractéristiques chinoises ».

Une ébauche du Code de conduite en gestation difficile depuis plus de 15 ans vient d’être proposée et acceptée en vue de négociations ultérieures par la Chine et les 10 de l’ASEAN en août dernier.

Produite après la réunion Chine – ASEAN (10 +1) à Changsha (juin 2018) sous l’égide du ministre des Affaires étrangères de Singapour Vivian Balakrishnan qui coordonnait les négociations depuis 2015, le projet qui, selon l’accord de Changsha des 10+1 ne doit pas être communiqué hors du cercle des pays directement concernés, constitue certes une avancée géopolitique. Mais tel quel, il n’augure en rien de l’adoption d’un texte final acceptable par tous.

Alors que Singapour passe le relais de la coordination aux Philippines, on voit mal comment les prétentions hégémoniques chinoises mises en avant avec l’appui de Phnom-Penh pourraient ne pas bloquer la suite du processus plombé par de nombreuses divergences, notamment à propos de la désignation des souverainetés territoriales au regard du droit de la mer, clés d’un mécanisme de résolution des conflits, ou encore sur les dispositions réglant les modalités de l’exploration et de l’exploitation des ressources dans les zones économiques exclusives et les zones contestées à quoi s’ajoutent les différends sur les zones de pêche.

Aussi longtemps que la Chine tentera d’affirmer sa position hégémonique de principe par l’élimination du contrepoids américain, elle ne parviendra qu’à diviser l’ASEAN et à susciter des réactions adverses dans les rangs de ceux qui contestent son magistère (Vietnam, Philippines, Malaisie, Brunei, Indonésie) [2].

Le Code de conduite qui devrait être approuvé par toutes les parties : - la Chine qui se pose en suzerain, les plaignants qui contestent son hégémonie et ceux qui ne sont pas partie à la querelle (Cambodge, Laos, Singapour, Thaïlande, Myanmar) -, n’est certes pas prévu pour être une enceinte d’arbitrage.

Son seul objet est d’empêcher un dérapage militaire des différends. Rôle que le Code n’a aucune chance de tenir si, précisément, Pékin manœuvre pour que son énoncé ne reconnaisse pas la réalité des revendications de chacun.

Notes :

[1Commandée par le Vice-amiral Xu Haihua, la flottille comptait les 2 frégates lance-missiles Handan et Wuhu de la classe Jiankai II – 054A -, partie d’une flotte moderne de 23 unités. Respectivement lancées en 2015 et 2017, les deux bâtiments jaugeant 4000 tonnes, participent en unités tournantes aux missions d’escorte anti-piraterie du golfe d’Aden. Ils étaient accompagnés du navire logistique Dongpinghu jaugeant 23 000 tonnes de la classe Fuchi dont la marine possède 9 exemplaires.

[2L’Indonésie ne conteste pas la souveraineté chinoise sur les îlots, mais elle s’est récemment crispée à propos du tracé de la ligne en 9 traits passant non loin du gisement de gaz des Natuna. Le 18 juillet 2017, agacé par les empiètement de la ligne de base chinoise sur sa ZEE, Djakarta avait, entraînant les protestations de Pékin, rebaptisé sa zone économique exclusive, « Mer de Natuna septentrionale - North Natuna Sea -) ».

La décision s’appuyait sur le jugement de la Cour d’arbitrage de La Haye qui, en juillet 2016, avait statué qu’il n’existait aucune base juridique ou historique justifiant le réclamation chinoise sur toute la mer de Chine du sud.

Lire aussi : Les tensions avec Hanoï (2014)
- Explosion de violences anti-chinoises au Vietnam.

Le Cambodge sinisé (2012) :
- ASEAN : Phnom-Penh dans l’œil du cyclone.
et (2018) :
- Dans le sillage scabreux des routes de la soie.

L’impérialisme chinois (2012) : Mer de Chine. La tentation de la force.

Un faisceau de revendications : Mer de chine du sud. Mythes et réalités.

 

 

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[2 juillet 2019] • La rédaction

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