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›› Chine - monde

Le G.20 de la discorde

Le 28 juin, les responsables des 20 premières économies mondiales (80% du PIB global) étaient réunies à Osaka. Le premier ministre japonais Shinzo Abe leur a certes proposé de se concentrer d’abord sur leurs points d’accord et les sujets d’intérêt commun de l’avenir de l’humanité et de la planète. Il reste que le fond de tableau ayant largement impacté les débats aura été dessiné par les rivalités sino-américaines, les tensions entre Ankara et Washington à propos de l’achat du système de missiles S.400 russe par les Turcs, les différends entre Moscou et Washington et le conflit avec l’Iran. Quelques jours seulement après la publication par l’ONU du rapport sur l’assassinat au consulat d’Arabie saoudite d’Istanbul de Jamal Khashoggi, contributeur au Washington Post, tout le monde aura remarqué le retour au premier rang de Mohamed Ben Salman (MBS) et sa connivence avec D. Trump, critiquée par Erdogan (MBS était absent de l’édition 2017 en Allemagne et, en 2018 à Buenos-Aires, il ne figurait qu’au 2e rang).


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Le G.20 (19 pays + l’UE) qui réunit les premières économies de la planète (85% du commerce global, 2/3 de la population mondiale, 90% du Produit Mondial Brut (PMB) a cette année eu lieu à Osaka au Japon les 28 et 29 juin dernier.

Cette année plus que lors des exercices précédents, la Chine et les États-Unis ont dominé l’exercice, d’abord parce qu’il s’agit des deux premières économies de la planète (31 000 Mds de $ à elles seules soit 39% du PIB mondial) ;

Ensuite parce que tout le monde a les yeux fixés sur les péripéties de leurs querelles douanières dilatées en rivalité stratégique globale ;

Enfin parce que, dans le communiqué final, résultat d’un consensus minimal obtenu in extremis, Washington qui s’est clairement démarqué du groupe des 20, a insisté pour y introduire (point n°36 de la déclaration) le rappel de sa décision de se retirer de l’accord de Paris : « The United States reiterates its decision to withdraw from the Paris Agreement because it disadvantages American workers and taxpayers. »

Lire la déclaration finale du G.20 : G20 Osaka Leaders’ Declaration (document pdf en anglais).

Au passage notons que s’il est vrai que la position américaine qui tient de la provocation diffuse un exemple détestable, les commentaires des médias autour de cette affaire qui diabolisent les États-Unis oblitèrent deux points essentiels :

1) Le rappel du retrait publié par Washington est assorti d’un bilan des efforts américains en matière d’émissions de CO2 réduites de 14% entre 2005 et 2017. Résultats de la mise en place des technologies innovantes de piégeage du dioxyde de carbone, ces progrès ont été obtenus alors même que l’économie enregistrait 19,4% de croissance au cours de la période.

2) Les critiques adressées à Washington oublient de préciser qu’en dépit de ses déclarations en faveur des accords de la COP 21, la Chine dont la part du charbon dans sa production d’énergie est toujours de 67% aura du mal à respecter ses promesses de réduction de gaz à effet de serre. A ce sujet, lire : COP 21 : entre illusions et scepticismes. Réalités et limites des contributions chinoises.

Washington perturbateur et tête de turc.

Dans ses rencontres avec Shinzo Abe en amont du G.20, D. Tusk, le président sortant du Conseil européen a, ciblant Washington, mis en garde contre les dérives « égoïstes » portées par les « émotions nationalistes ».


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En général, l’examen des discours des responsables et des réactions venant d’Asie et d’Amérique comparées aux déclarations européennes traduit une claire divergence dans la perception des urgences entre le reste de la planète et les pays européens ayant fait, président français en tête, de la bataille contre le réchauffement climatique le point focal de leur engament au G.20.

Un autre point de controverse ciblant directement les États-Unis aura été la critique de l’abandon du multilatéralisme au profit d’une approche nationaliste d’affirmation de puissance.

Ces reproches furent clairement exprimés à Tokyo par Donald Tusk, président du Conseil Européen lors de sa visite à Nagasaki le 26 juin en amont du sommet :

« Le monde ne saurait se muer en une arène où le plus fort impose ses conditions au plus faible, où l’égoïsme l’emporte sur la solidarité et où les émotions nationalistes priment le bon sens. Il nous faut bien comprendre que nous assumons la responsabilité non seulement de nos propres intérêts, mais aussi et surtout de la paix et d’un ordre mondial sûr et juste. »

Plus tard Tusk, s’adressant à Shinzo Abe, le 27 juin, a également évoqué les tensions entre les États-Unis et l’Iran.

Enfin, chacun aura noté la virulence de D. Trump pour critiquer l’OMC vertement accusée d’être, par le truchement des passe-droits accordés à Pékin depuis 2001, le principal vecteur de l’accélération de la prévalence commerciale globale de la Chine que le président américain a, dans sa conférence de presse du 29 juin, quelques heures avant de s’envoler pour Panmunjon, assimilé à un « bateau lance-missiles » (« rocket ship »).

Lire : Quand Xi Jinping visite Pyongyang, Trump arpente Panmunjom avec Kim.

Il faut se rendre à l’évidence, hors Europe où l’accent a été mis sur les défis climatiques, les grands titres de la presse globale ont focalisé sur le conflit Chine – États-Unis et ses prémices d’apaisement.

En même temps, les sujets occupant traditionnellement les réunions du G.20, (transparence financière, contrôles prudentiels des banques et supervision des marchés, gestion des risques et rémunération des traders, rôle du FMI et de l’OMC, aide aux économies en difficulté etc.) ont été partiellement occultés ou seulement évoqués avec un caractère de moindre urgence.

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C’est effectivement la relation Pékin – Washington qui a donné le ton du G.20, marqué par l’annonce d’une trêve dans une bataille qui dure depuis plus d’un an.

Lors de sa rencontre le 29 juin à Osaka avec Xi Jinping, D. Trump a fait deux gestes d’apaisement :

1) Un moratoire américain, sans limite de temps, sur les augmentations de taxes contre la promesse chinoise d’acheter plus de produits agricoles américains ;

2) La levée par Washington de l’interdiction faites aux groupes de haute technologie américains principalement les fabricants de micro-processeurs et de logiciels d’exploitation (Intel, AMD, Google) de vendre leurs produits à Huawei ;

Note : La décision d’une levée définitive de l’embargo au groupe chinois a cependant été conditionnée par Trump à la conclusion d’un accord commercial, tandis que Larry Kudlow, précisait qu’il ne s’agissait pas « d’une amnistie générale » et que les ventes de hautes technologies resteraient sous contrôle pour des raisons de sécurité.

Dans la foulée, les deux ont promis de reprendre les négociations commerciales.

L’Amérique d’abord.

Lors de sa conférence de presse du 29 juin, D. Trump exprima de manière caricaturale, parfois brutale, sa vision de la prévalence incontestée de l’Amérique. Ses remarques liminaires et ses réponses aux questions des journalistes ont toutes été sans exception calibrées par le souci chaque fois répété des seuls intérêts de l’Amérique et des Américains.

Rarement dans une enceinte dont le but est de coordonner les politiques des pays les plus avancés au profit des intérêts communs du reste du monde et de la planète, un responsable politique aura exprimé un tel unilatéralisme sans nuance assez souvent teinté de cynisme.

Pour Washington, à Osaka cette année, plus que jamais, la vision des relations internationales qui prévalait fut celle de Lord Palmerson, 1er ministre de la reine Victoria qui, à propos de son pays, disait « L’Angleterre n’a pas d’amis ou d’ennemis permanents, elle n’a que des intérêts permanents. ».

Pékin stoïque et prudent.

Les expressions de Xi Jinping et D. Trump perceptibles sur toutes les photos de leurs rencontres à Osaka traduisent les ambiguïtés de la trêve conclue par Pékin et Washington.


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Après la réunion à huis clos de 80 minutes, le 29 juin entre Xi Jinping et D. Trump, la partie chinoise a réagi sans commentaires par une déclaration laconique. Résumant les décisions prises par Washington, elle ne mentionnait pas Huawei, mais appelait les États-Unis à traiter les groupes chinois d’une manière équitable.

En Chine la presse officielle a également adopté un ton prudent, répétant que la partie américaine avait l’habitude de revenir sur ses promesses et de mettre en avant des obstacles impromptus à chaque nouvelle session de négociations.

Le 30 juin, un éditorial du Global Times, faisant référence aux récents durcissement des négociations, enfonçait le clou en soulignant qu’à l’aune des querelles internes à l’administration américaine et des intérêts électoraux de la présidentielle de 2020, des marche-arrières de Washington seraient toujours possibles, tout comme dans les négociations commerciales. les reculs succédaient aux avancées.

Michael Taylor, Directeur Asie-Pacifique de l’agence Moody’s confirmait que l’absence de mécanisme de conciliation, les sévères divergences à propos de la protection de la propriété intellectuelle et le traitement peu équitable des groupes étrangers en Chine, laissaient présager de nouvelles tensions à venir.

Dans une excellente analyse publiée dans Asialyst, Jean-Raphael Chaponnière, chercheur associé à Asia Center et Asies21, doute de la pérennité de la trêve.

Écrivant notamment que l’imbrication des économies qui semblait indestructible, se délite, il analyse que le jusqu’au-boutisme de la Maison Blanche transforme le conflit commercial qui dure depuis plus d’un an en guerre de tranchées.

Avec les présidentielles de 2020 en vue, elle n’a aucune chance de s’apaiser. Pékin qui, le 2 juin a publié un Livre Blanc sur la guerre commerciale rejetant toute la responsabilité des tensions sur Washington, est d’autant moins disposé à composer que les charges obstinées de D. Trump menacent la pérennité de son système socio-politique, articulé à l’imbrication étroite entre les grands groupes publics et la politique.

Preuve que Pékin est, pour des raisons évidentes de politique intérieure, disposé à tenir fermement une ligne dure face à D. Trump, le 4 juillet, Gao Feng le porte-parole du ministère du commerce, annonçait que la trêve ne saurait avoir un sens que si Washington levait toutes les taxes imposées depuis le début du conflit.

J-R. Chaponnière est l’auteur avec Marc Lautier de Les économies émergentes d’Asie - Entre État et marché, Armand Colin 2014, et Economie de l’Asie du Sud-Est : Au carrefour de la mondialisation (Ed Bréal, 2018).

 

 

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