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›› Chronique

Covid-19 – Wuhan. L’OMS a rendu son rapport. Satisfait, Pékin invite à regarder ailleurs

Le 9 février, Peter Ben Embarek, présentait les conclusions de la mission de 14 experts de l’OMS à Wuhan. Écartant l’hypothèse de la fuite d’un laboratoire, la mission, restée focalisée sur la théorie d’une origine animale de la pandémie, n’a cependant pas éliminé l’explication privilégiée par la partie chinoise d’une contamination par des produits congelés importés. Placées sous la forte pression politique du parti, les investigations menées avec un retard d’une année n’ont rien apporté de neuf. Elles courent le risque d’être considérées comme une mise en scène.


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Après de longs mois d’atermoiements politiques et de retards dans l’attribution des visas, plus d’un an après l’apparition des premiers cas de Covid-19, une mission de l’OMS étroitement suivie par l’appareil, a réussi à se rendre à Wuhan.

Elle vient de rendre son rapport. Il est très diplomatique et le moins qu’on puisse dire est que les observateurs sont sceptiques.

Tout en rejetant l’hypothèse de la fuite d’un laboratoire à l’appui de laquelle, après un an de délais, il aurait en effet été difficile de trouver une preuve, les conclusions accordent en revanche du crédit à la théorie favorite du gouvernement chinois, que le virus pourrait avoir été importé en Chine par des produits congelés.

Le rapport qui n’apporte rien de neuf, ajoute aussi qu’il est impossible d’écarter l’origine d’une transmission par un animal – pangolin ou chauve-souris – mais que la trajectoire des contaminations n’est pas connue.

Enfin, l’OMS finalement autorisée à venir en Chine après de nombreuses pressions internationales, n’a pas fait état des hésitations et occultations chinoises du premier trimestre 2020.

Elle a au contraire accordé du crédit à la « bonne réaction des responsables » et ménagé la susceptibilité de Pékin. Ce qui, le 9 février dernier, a incité le New-York Times à écrire que Pékin avait obtenu une « victoire diplomatique ».

Pour mémoire, lire nos articles sur les hésitations et occultations chinoises au premier trimestre 2020. Lire : Wuhan, crise médicale et craquements dans l’appareil et Covid-19 : La démocratie, l’efficacité politique et l’attente des peuples.

Aucune certitude.

L’Institut de virologie de Wuhan gardé par la police pendant les investigations de l’OMS. Les autorités chinoises ont insisté sur leur entière coopération avec les enquêteurs
Il reste que la forte emprise de Pékin sur la visite, les limites de temps imposées au travail de terrain et le fait que la mission ait eu lieu plus d’un an après la détection du virus à Wuhan, ont nourri des doutes sur la capacité de la mission à répondre sereinement à des questions dont la difficulté scientifique est, quoi qu’en dise l’appareil, compliquée par une forte pression politique.


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Forte de 14 scientifiques sous la conduite du Dr Peter Ben Embarek, expert de sécurité alimentaire, membre de l’OMS, la mission a donné une conférence de presse le 9 février.

Le ton des interventions était convivial et aligné sur la narration chinoise. Pressé de tourner la page, Pékin qui considère avoir fait sa part, réclame désormais que des enquêtes soit conduites ailleurs qu’en Chine.

Plus généralement, comme il fallait s’y attendre, la mission n’a apporté aucun élément nouveau et aucune preuve concrète appuyant ses conclusions.

Qu’il s’agisse de la théorie de l’origine animale où l’incertitude n’a pas été levée ni sur l’origine animale, ni sur l’espèce elle-même - chauve-souris ou pangolin ; ou du foyer initial du marché de Wuhan mis en doute par certains experts chinois, tandis que d’autres pointent du doigt les congelés importés, hypothèse que la plupart des observateurs extérieurs rejettent ;

Qu’il s’agisse aussi de la fuite d’un laboratoire, au cœur des accusations de l’ancien président D. Trump, dont la mission a estimé qu’elle « était hautement improbable ».

En revanche, la partie chinoise qui dit avoir découvert des virus dans des congelés présents sur le marché de Wuhan, insiste, sans convaincre ses collègues, que l’épidémie pourrait avoir été importée.

Enfin, lors de la conférence de presse, la mission a déclaré avoir eu accès sans empêchements à tous les lieux qu’elle souhaitait visiter. Une restriction a cependant été apportée par l’épidémiologiste danoise Thea Fisher qui – avant de préciser que c’était souvent aussi le cas ailleurs –, a signalé que l’équipe avait dû s’appuyer, non sur des données brutes, mais sur leur transcription par la partie chinoise.

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Au total, la séquence placée sous un très étroit contrôle politique et autorisée avec un important retard, satisfait Pékin.

Mais la résistance que la Chine a opposé à l’enquête pendant plus d’un an et l’absence de preuves confirmant les hypothèses avancées quelles qu’elles soient, portent le risque que la mission soit considérée comme une mise en scène superficielle.

Huang Yanzhong, expert américain de santé globale, fondateur de la revue « Global Health Governance », ayant récemment répondu à une interview de l’Institut Montaigne sur les vaccins chinois, est critique.

Il considère en effet qu’à ce jour, le rapport de l’OMS est la caution « la plus efficace et la plus autorisée » donnée au régime chinois. Comme beaucoup d’experts épidémiologistes, il insiste que les enquêtes qui n’en sont qu’à leur début, doivent se poursuivre : « l’OMS doit continuer à faire pression la Chine. Un enquête qui ne s’appuierait que sur des paramètres pré-établis par les Chinois est insuffisante ».

 

 

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