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›› Chronique

La Chine est-elle en retard d’une guerre ?

Le dernier des contrôles que le gouvernement chinois serait prêt à relâcher est probablement celui de l’opinion publique. La répression contre les contestataires en général et ceux qui utilisent Internet en particulier n’a jamais cessé, alors que l’on peut raisonnablement estimer que la nuisance des dissidents dans la société chinoise d’aujourd’hui reste marginale pour ne pas dire inexistante. Faut-il voir là la force d’inertie d’administrations habituées depuis un demi siècle à la pratique de la « dictature du prolétariat » ? Toujours est-il que les autorités gardent une crainte ancestrale de la contestation, quelle que soit sa forme. Or chacun sait que si la « stabilité sociale » est menacée quelque part, cela ne vient pas du côté de quelques intellectuels dissidents. Le contrôle de l’Etat s’exerce là où il est superflu tandis que son absence dans d’autres domaines, cruciaux qui plus est, sera lourde de conséquences. Nous en avons identifié quelques uns et ils sont d’une importance majeure quant à la stabilité sociale.

Le contrôle sanitaire de l’alimentation n’est plus fiable : il n’existe pas de crise de la vache folle en Chinen mais si les vaches folles existaient, elles passeraient inaperçues. Plus grave encore : selon la télévision centrale, des lots entiers de jambons fumés sont traités volontairement avec des pesticides d’usage agricole. Un scandale révélé il y a 15 jours a provoqué l’une des crises les plus sévères de la filière porcine dans la province de Zhejiang justement célèbre pour ses jambons. Les autorités de contrôle ont visiblement fermé les yeux sur ces pratiques dangereuses, sans doute corrompues par les producteurs dont la santé publique n’est pas le premier souci. Une semaine plus tard, c’étaient les consommateurs de soja qui se plaignaient dans la province du Hunan d’un abus de colorants toxiques. Derrière ces faits, c’est bien la crédibilité de l’Etat qui est minée.

La sécurité du travail dans les entreprises n’est pas contrôlée non plus. Depuis le début de l’année, le nombre des morts par accidents dans les mines s’élèvent à environ dix mille et la presse commence à s’en émouvoir. Là encore, l’Etat est curieusement absent. De même dans les secteurs concurrentiels, des pans entiers de garanties en matière de sécurité du travail sont tombés dans l’oubliette. Du jour au lendemain, des ouvriers mineurs quittent le paradis socialiste pour se retrouver…dans un roman d’Emile Zola. La transition brutale d’aujourd’hui prépare-t-elles les révoltes désespérées de demain ?

Encore plus sérieux peut-être, l’éducation obligatoire et gratuite n’est plus qu’une vague promesse du gouvernement. Afin d’améliorer le niveau de vie des enseignants sans faire exploser le déficit budgétaire, les autorités politiques n’ont pas trouvé d’autres moyens que d’autoriser les établissements scolaires à se financer directement auprès des élèves. L’Etat n’assure désormais en moyenne que 47% de frais scolaires et le reste doit être payé par les parents. Une ligne de fracture est en train de se former entre une future élite riche et bien instruite et la masse grandissante des jeunes dont l’avenir n’est plus assuré que par une hypothétique demande de main d’œuvre à bon marché.

Fracture sociale, délabrement de services publics et affaiblissement du rôle de l’Etat dans la sphère socio-économique, voilà les ennemis les plus dangereux du régime politique à Pékin. Et la machine formidable de la répression ne sert à rien devant ces menaces d’une autre nature. Au lieu de s’acharner sur une dissidence fantomatique, le gouvernement chinois ne doit-il pas s’attaquer à de vrais maux de société ?

 

 

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