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A qui profite la croissance ?

La prospérité du pays fait-elle le bonheur du peuple ? Une réponse affirmative s’impose si l’on se contente d’une lecture rapide de la presse officielle chinoise. Le taux élevé de croissance, l’excédent confortable de commerce extérieur et la réserve énorme des devises sont autant de signes tangibles d’une économie en bonne santé. Cependant, ces indices globaux ont comme inconvénient majeur de ne nous renseigner en rien sur le bien-être des individus. C’est pourquoi un grand nombre de Chinois estiment, avec raison, qu’ils sont victimes de l’économie socialiste de marché, autrement dit du capitalisme sauvage sous la protection d’un Etat largement corrompu.

Les griefs viennent d’abord du côté des consommateurs. Traditionnellement, la sécurité alimentaire constitue l’une des constantes préoccupations des Chinois. Le contrôle vétérinaire n’existe que sur papier puisqu’il est avéré qu’à l’origine de la redoutable épidémie du SRAS de 2003, était la consommation de la viande de civette infectée du coronavirus. En 2004, la commercialisation du lait en poudre contrefait a causé des centaines de cas de malnutrition des nourrissons dans plusieurs provinces. A ces scandales retentissants il faut encore ajouter des cas plus banals de viande regorgée d’eau (pour augmenter le poids) ou du jambon avec pesticide en guise de conservateur. Récemment, les vagues de contrefaçons ont gagné le secteur énergétique. L’essence « frelatée » distribuée à Harbin par la société nationale PetroChina au mois de mai a mis en panne de carburateur des milliers de voitures. Il est vrai que ce genre n’est pas pris en compte dans le calcul du PIB.

Les salariés ne sont pas, eux non plus, d’heureux bénéficiaires de la dynamique de croissance. Si leurs salaires nominaux ont continuellement augmenté durant les vingt derniers années, la disparition des services sociaux, auparavant assurés par les entreprises publiques, a considérablement alourdi leurs charges. L’éducation et la santé font désormais partie du secteur marchand, tandis que la flambée de l’immobilier dans les grandes villes a barré la route de l’accession à la propriété à la plupart des employés. Par ailleurs, la multiplication des accidents du travail, souvent mortels comme dans les mines de charbon, illustre le peu de cas que les entreprises chinoises font de la vie humaine. Et l’interdiction d’organisation des ouvriers en syndicats libres enlève tout espoir en l’avenir aux travailleurs chinois.

Quant aux personnes âgées, elles ne doivent souvent leur survie qu’à l’aide de leurs enfants. Sans cette solidarité familiale, ils finiraient probablement leur vieux jours dans la mendicité. C’est contre cette absence d’assurance vieillesse que les anciens combattants de la guerre civile (1946-1949) et ceux de Corée (1950-1953) se sont organisés ces derniers temps en délégation pour réclamer quelques subsides, juste retour de leur sacrifice au nom des idéaux qu’ils avaient âprement défendus corps et âme.

Pris isolément, ces sentiments de mécontentement diffus ne semblent pas pouvoir ébranler la stabilité du régime. Ce qui est à craindre, c’est l’effet cumulatif qu’ils peuvent produire à moyen terme. Dans un système de parti unique, le bouc émissaire est vite désigné. Aux yeux de la masse des Chinois, les profiteurs de la croissance sont bien un tandem composé de milieux d’affaires sans scrupule et d’un pouvoir politique corrompu. L’un favorisant l’autre et vice versa. La formation d’un vaste mouvement social est d’autant plus redoutable que certains chercheurs en prévoient déjà les circonstances : ajustement brutal de la parité dollar-yuan, éclatement de la bulle immobilière, aggravation du chômage... Et le miracle chinois se transformerait en...mirage.


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