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›› Chronique

Atelier du monde, marché de l’État

La déferlante du textile chinois n’est pas une surprise, puisque la suppression des quota d’importations a été décidée par le GATT (l’ancêtre de l’OMC) dix ans auparavant. Ce qui l’est plus, c’est bien la réaction suscitée en Europe, chez les fabricants du secteur d’abord et dans les instances gouvernementales ensuite. Le recours éventuel à la clause de sauvegarde pourra certes, si elle est appliquée, donner un répit au secteur concerné, mais ne résoudra pas le problème de fond. En revanche, des crises similaires pourraient se produire à plus ou moins long terme, dans d’autres secteurs d’activité. Car la Chine n’est pas une économie de marché comme les autres. Elle est l’atelier du monde, comme chacun sait, mais aussi et surtout un marché de l’Etat où les autorités politiques exercent une forte influence sur nombre d’activités.

Dans le commerce international, la Chine a choisi de privilégier les secteurs qui utilisent une main d’œuvre très nombreuse : textile, jouet, plastique, électronique civil. La liste est loin d’être exhaustive. Dans un premier temps, ce sont surtout les distributeurs internationaux qui trouvent dans ces produits à bas prix une aubaine. Ensuite, pour résister à cette concurrence chinoise, les industriels ne trouvent pas d’autre solution que de délocaliser leur production vers la Chine. Ces deux effets conjugués sont la base d’expansion des produits chinois. A l’heure de libre circulation des marchandises, il est quasiment impossible de contrôler ces flux qui proviennent essentiellement des demandes de consommateurs occidentaux.

Les Européens vendent aussi leurs produits en Chine. Seulement, ils sont constitués pour l’essentiel de gros équipements industriels et commerciaux, tel les avions Airbus, les centrales nucléaires ou les locomotives et équipements ferroviaires. Ces produits ont certes une haute valeur ajoutée, mais ne mobilisent pas autant de main d’œuvre que le textile. De plus, les contrats de ventes sont souvent assortis d’un volet de transfert technologique, ce qui permet aux Chinois de venir chasser sur le même terrain quelques années plus tard. Enfin, dans ce type d’échanges, l’Etat chinois se pose en acteur incontournable. L’effet de la « main visible » impose des concessions politiques (dans le domaine de droits de l’homme par exemple) aux pays fournisseurs. La pratique du libre commerce conjuguée au régime de parti unique a fait de la Chine une redoutable machine de guerre économique.

A tout cela il faut ajouter les effets d’une monnaie faible. La sous-évaluation effective du yuan a rendu les produits chinois hyper-compétitifs. L’anticipation d’une réévaluation de devise chinoise aggrave encore plus le déséquilibre : les Chinois ont tout intérêt à retarder les achats à l’étranger dans l’attente d’un cours de yuan plus élevé, et se précipitent pour vendre leurs produits avant que la hausse de devise ne réduisent les marges commerciales.

Plus grave qu’un incident de parcours, il est à craindre que la crise du textile ne soit la première d’une longue série qui risquerait d’affecter durablement les relations entre l’UE et la Chine.


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