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›› Editorial

Chine 2010, le défi

Mais les actuelles crispations se développement dans un contexte radicalement différent. La nouvelle puissance de la Chine dessine un paysage international nouveau, où le vieil Empire, émergeant de plus d’un siècle de troubles, aujourd’hui plus sûr de son système politique, ayant réussi, à coup d’investissements, à se tisser un réseau d’amitiés fidèles sur tous les continents, gagne en influence et en autorité morale. Devenu la deuxième économie de la planète et le troisième exportateur, rétabli de la crise mondiale plus vite que les autres, au milieu des critiques adressées au capitalisme financier mondial et à Washington, doté d’une redoutable capacité d’investissement à l’étranger, qui modèle une politique étrangère pragmatique, efficace et conquérante, Pékin conteste l’actuelle organisation des finances mondiales et la primauté du dollar, tout en faisant contrepoids aux stratégies occidentales en Iran et en Afghanistan. A l’Ouest se multiplient les analyses sur le déclin des Etats-Unis devenus lourdement débiteurs de la Chine, et le déplacement du centre de gravité du monde vers l’Asie-Pacifique.

Alors que les pays développés et en premier lieu les Etats-Unis ressentent la force des nouvelles assurances chinoises et que l’Union Européenne, empêtrée dans ses réformes institutionnelles compliquées, avance difficilement vers l’unité politique, incapable d’une politique chinoise commune, Washington, qui sait bien qu’à l’avenir plus rien ne pourra se faire sans le concours de Pékin, veut rester optimiste. A la Maison Blanche, qui souligne que les relations avec la Chine n’ont jamais été aussi riches, on met en avant les bonnes volontés chinoises sur la question nord-coréenne et on espère que le récent appui de Pékin à une déclaration onusienne plus dure contre Téhéran, augure d’une meilleure coopération sur le dilemme du nucléaire iranien. Mais, pour les pessimistes, rien n’est moins sûr.

Ces derniers, inquiets du triomphalisme chinois et de ses dérapages qui pourraient heurter l’égo américain, craignent une aggravation des tensions avec la Chine. Lors du sommet de Copenhague, Pékin n’avait envoyé que des participants subalternes à des réunions de Chefs d’Etat, tandis que les services de sécurité chinois avaient tenté de bloquer la participation du président Obama à une réunion présidée par le premier ministre Wen Jiabao.

Selon Bonnie Glaser, expert de la Chine au Center for Strategic and International Studies, « si vraiment les Chinois sont persuadés du déclin des Etats-Unis et pensent que leur pays est sur le point de devenir une superpuissance, il est possible qu’ils prennent des initiatives pouvant créer des tensions avec Washington ». Dans ce contexte, par ailleurs tendu par de nombreux contentieux commerciaux, les menaces commencent à remplacer les discours d’apaisement, d’abord dans les milieux d’affaires (cit.) : « s’ils continuent dans ce style inflexible et dur, il y aura de sérieux retours de flamme, et pas uniquement aux Etats-Unis ».

Mais il y a plus. Le calendrier, le contexte stratégique et l’image que la nouvelle administration américaine veut donner d’elle-même, avec son président lauréat du prix Nobel de la paix, créent des contraintes incontournables et néfastes pour les relations avec Pékin, en dépit des efforts déployés par la Maison Blanche. Deux événements proches auront sans doute des conséquences très négatives sur le climat des contacts bilatéraux.

On attend en effet que le Président Obama rencontre le Dalaï Lama dans le courant du premier trimestre et que l’administration approuve d’ici peu un projet de vente d’équipements militaires à Taiwan, comprenant des hélicoptères Blackhawk, des batteries anti missiles et peut-être des transferts de technologies permettant la construction de sous-marins classiques. Deux décisions qui ne manqueront pas de déclencher des réactions furieuses de Pékin, tandis qu’a Washington on travaille déjà sur les hypothèses et les manœuvres qui permettront de sortir des crises à venir.

Ainsi va l’ouverture de la Chine, aujourd’hui plus sûre d’elle, hantée par son rêve de rattrapage de puissance, rebelle aux pressions extérieures, peu disposée aux concessions, jalouse de sa souveraineté, craignant pour la pérennité de son système politique, et confrontée à l’inquiétude des pays développés, dont l’influence morale est affaiblie.

Ces derniers, saisis par le doute, s’interrogent sur les limites de leur schéma de croissance de moins en moins viable, mais que la Chine, pollueuse et avide de ressources, copie sans trop d’état d’âme. Dans un ordre mondial en pleine recomposition, ils s’alarment des stratégies de Pékin, dont l’efficacité, relayée par une force de frappe financière inégalée et un système politique centralisé qui fait peu de place à la transparence et aux droits des individus, fragilise le magistère moral et politique de l’Occident dans les pays émergents et le tiers monde.


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