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Chine – Taïwan – Etats-Unis, sérieux orages en vue

La marée Facebook

Page Facebook de « Fans de Han ».


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La présence écrasante de Han a submergé Internet et les médias sociaux. Selon le Taïwan Public Opinion Centre, la puissance de cette campagne numérique a joué un rôle essentiel dans la victoire du KMT.

Par exemple, les organismes d’observation de l’opinion et des médias ont constaté que les informations relatives à Han initiaient systématiquement un ensemble de réactions, de commentaires et d’activités partagés sur Internet nettement supérieur à ceux de tous les autres candidats du KMT réunis.

La présence en ligne est extrêmement importante à Taïwan, une société hautement connectée, où la voix numérique du candidat amplement relayée peut être un facteur essentiel du succès électoral.

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En première analyse on pourrait dire qu’un candidat populiste chevauchant l’impopularité du président en exercice pourrait défier une logique électorale défavorable grâce à son charisme et au pouvoir des médias sociaux. Le cas s’est maintes fois présenté. Mais ce n’est pas ce dont il s’agit ici.

A Taïwan, Facebook domine le paysage Internet et les médias sociaux. Environ 19 millions des 23,5 millions d’habitants de l’île possèdent un compte Facebook. Or le compte Facebook officiel de Han Kuo-yu fut un succès. A la fin de la campagne, il attirait un demi-million de « followers », soit le double de son adversaire du DDP, Chen.

Un autre groupe a joué un rôle crucial dans la campagne. Identifié sur Facebook et nommé « Fans de Han Kuo-yu pour la victoire ! » dont le slogan était « En partance pour un ciel bleu ! », il a été créée le 10 avril 2018, le lendemain du jour où Han déclarait sa candidature à la mairie de Kaohsiung.

À l’époque, écrit Paul Huang, Han n’était qu’une obscure note de bas de page de la politique taïwanaise. Seuls quelques dizaines de supporters se présentèrent à son premier meeting.

Mais, à mesure que la campagne prenait de l’ampleur, le groupe est rapidement devenu la plus grande page non officielle de la communauté des inconditionnels de Han sur Facebook, avec un total de plus de 61 000 membres au moment de l’élection de novembre (Il compte actuellement 88 000 membres.).

Une cyber-unité de l’APL ?

S’il est probable que des intrusions venant de Chine eurent lieu en amont des élections de mi-mandat de Tsai, en revanche l’identification de la source reste plus difficile.
Certains affirment qu’il pourrait s’agir de « hackers » free-lance dont le PCC aurait loué les services. D’autres comme Lin Ying-Yu, professeur assistant à l’université nationale Chung Cheng suggère que le « Cyber-groupe » pourrait être rattaché aux forces de soutien stratégique de l’APL créées en décembre 2015 dans le cadre de la réorganisation des armées par Xi Jinping.

Rattachée au commandement de la 2e artillerie, la force de soutien stratégique se compose de centres de R&D et d’unités opérant dans les domaines de la guerre électronique classique et dans l’espace (cyberguerre spatiale). Elles ont des capacités d’espionnage électronique, de télémétrie et de détection et peuvent opérer sur terre, sur mer, dans les airs et dans l’espace, à partir de station spatiale chinoise.


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Les utilisateurs y ont fait la promotion de Han en publiant ses discours, des mémos et très souvent de fausses informations attaquant son adversaire Chen, le gouvernement du DPP et, en vrac, tous ceux qui osaient critiquer Han.

Des milliers de messages de ce type ont été partagés par le groupe au cours de la campagne, ce qui en fit le lieu de prédilection pour la création, la diffusion et l’amplification d’informations récoltées sur les médias sociaux par les cercles d’amis. Les fausses nouvelles en provenance du groupe furent souvent diffusées sur « Line », une application de messagerie similaire à WhatsApp utilisée par la plupart des Taïwanais connectés.

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La manœuvre n’est pas passée inaperçue au sein de l’équipe électorale de Chen. Ce dernier a tenu une conférence de presse pour la dénoncer et menacer de poursuivre en justice quelques utilisateurs spécifiques du groupe pour avoir diffusé des informations manifestement fausses.

Selon l’équipe de campagne de Chen, un utilisateur particulièrement actif était lié à une adresse IP domiciliée en Chine, laissant supposer qu’il pourrait s’agir en fait d’un cybergroupe professionnel chinois. Ying-Yu Lin, professeur adjoint à l’Université nationale de Chung Cheng à Taiwan et expert de l’armée chinoise, estime que le cybergroupe peut être rattaché à la Force de soutien stratégique (SSF) de l’APL.

En novembre 2018, la page du groupe répertoriait six administrateurs. Deux d’entre eux, identifiés sous les noms « Fang Jianzhu » et « Yun Chi », ont rejoint le groupe le 10 avril 2018, date de son lancement par Fang. Un autre administrateur, « Chen Geng », a rejoint le 18 avril, alors que tous les autres n’ont rejoint la page que plusieurs mois plus tard.

Or les trois administrateurs initiaux se sont aussi identifiés sur Linked’In avec leurs noms Fan, Yun et Chen comme des employés de Tencent, la société chinoise de technologies et de médias sociaux, contrôlant « WeChat » la plus prolifique application de messagerie au monde, coopérant étroitement avec le gouvernement chinois à des fins de surveillance et de censure.

Toujours selon leurs profils Linked’in, les trois se disent également diplômés de l’Université de Pékin, deux d’entre eux ayant, disent-ils « travaillé dans les relations publiques pour de nombreuses entreprises étrangères ». Or tous les experts s’accordent à dire que LinkedIn est l’un des terrains de jeu préférés de Pékin pour mener ses opérations d’espionnage et d’influence.

Les agences de renseignement américaines et allemandes ont toutes deux documenté de nombreux cas soupçonnés d’espionnage chinois qui exploitaient le site de réseautage professionnel à des fins de renseignement. Leur technique de prédilection consiste à créer de nombreux comptes et identités factices - parfois des centaines, voire des milliers -.

Ils les utilisent pour approcher et recruter des cibles peu méfiantes (souvent des ressortissants occidentaux) susceptibles de divulguer des secrets par naïveté ou deviendraient éventuellement des sources actives de renseignements.

Il n’existe aucune preuve que Han lui-même ait comploté avec ce groupe ou un autre. Mais il était certainement conscient que son soutien en ligne était quelque peu mystérieux. « Je ne sais pas qui ils sont, mais je les remercie pour leur soutien », a été la réponse habituelle de Han aux accusations selon lesquelles des « cyber-forces » inconnues, éventuellement originaires de Chine, alimentaient sa campagne et sa popularité.

Han Kuo-yu est officiellement dans la course à la présidentielle au nom du KMT. Tout indique qu’en amont du scrutin il continuera à bénéficier de l’appui de Pékin qui, compte tenu de l’enjeu, ne reculera devant aucun expédient.


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