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›› Editorial

Chine, Vietnam, Russie, ASEAN, États-Unis, les rapports de forces bougent

La carte sauvage du nationalisme vietnamien.

Au Vietnam, la Chine perçue comme un voisin intrusif et agressif ne bénéficie pas d’une image favorable dans le peuple. La photo qui date de 2015, montre une manifestation pour défendre la souveraineté de Hanoi sur les Paracel, conquises par la force par Pékin en 1947 et en 1974. En mars 1988, Pékin, par une opération de vive force qui fit 64 tués Vietnamiens, s’appropria les Johson Reef dans l’archipel des Spratleys.


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Une autre incertitude de taille plane sur les stratégies chinoises. Elle renvoie au nationalisme exacerbé des Vietnamiens. Les successeurs d’Hô Chi Minh, vénéré à Hanoï comme le symbole mythique de l’indépendance nationale, se souviennent que les sacrifices des masses ont successivement permis de triompher militairement de la France et des États-Unis.

En 1979, - l’épisode est ces jours-ci fréquemment rappelé dans la presse de Hanoï – l’armée vietnamienne a, sur les flancs nord du pays, à seulement 150 km à l’ouest de Cao Bang de sinistre mémoire pour le corps expéditionnaire français sérieusement bousculé en 1950 par le Viet Minh, tenu à distance la Chine alors que, dans le même temps, à 1000 km au sud, les héritiers du Général Giap envahissaient le Cambodge.

La presse de Hanoï, alertée par la montée des tensions avec la Chine donne quelques indications sur les débats en cours au sein de l’appareil de défense vietnamien.

Le 30 août un article du journal de la défense nationale signé du ministre de l’information Nguyen Manh Hung également général dans l’armée, évoquait clairement que, dans un conflit futur, c’est encore la « guerre populaire » qui assurerait la défense du pays. Mais il soulignait que, par le passé, le Vietnam avait toujours pris l’initiative. La remarque reprenait un débat interne sur l’opportunité ou non de prendre l’initiative militaire contre la Chine.

Hanoï à la recherche d’alliés.

En avril dernier, l’amiral Richardson Commandant en Chef dans le Pacifique était reçu à Hanoï. Il est probable qu’à la visite du Président Trong à Washington, le niveau de la coopération militaire, sans prendre un tour « stratégique » sera rehaussé.


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Mais depuis 1979, les temps ont changé. Compte tenu du déséquilibre des forces avec un budget militaire vietnamien plus de 40 fois inférieur à celui de la Chine, 10 fois moins d’avions de combat et 11 fois moins de navires de guerre, Hanoï cherche à dissuader Pékin en multipliant les coopérations de défense récemment avec l’Afrique du sud, l’Australie, l’Union européenne et le Japon.

Mais à Hanoï on a conscience que c’est d’un rapprochement militaire avec Washington à l’occasion de la visite du Président Trong que viendrait la dissuasion la plus efficace.

S’il est vrai que le Vietnam s’interdit des accords de défense avec d’autres pas, on peut néanmoins s’attendre à une montée en gamme des relations existantes, avec une plus grande fréquence des escales au Vietnam de l’US Navy – souhaitées par Washington - et des achats par Hanoï d’équipements militaires américains, diversifiant ses fournisseurs qui, pour l’heure, sont presque exclusivement Moscou et Tel Aviv.

Asia Time souligne que la perspective est d’autant plus probable que l’augmentation des achats vietnamiens d’armes américaines pourraient tenir à distance les sanctions infligées à Hanoï dans le cadre du « Countering America’s Adversaries Through Sanctions Act – CAATSA - », pour avoir acheté des armes russes sous embargo.

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Alors que la querelle entre Hanoi et Pékin en mer de Chine du sud pourrait s’aggraver autour de l’exploration d’hydrocarbures, la persistance de l’ancienne coopération entre Moscou et Hanoï et les perspectives encore ténues, mais réelles d’un apaisement des tensions entre la Russie, les États-Unis et l’Europe, font courir à Pékin le risque d’un isolement.

D’autant qu’une partie de ses explorations empiètent sur les droits de Hanoï, tandis que ses pressions de souveraineté exercées par sa marine entrent en conflit avec le fait accompli de l’occupation depuis 48 ans par Manille de l’îlot Thitu.

Au moment où la rigidité doctrinale de Pékin est sur la sellette à Hong Kong et Taïwan, tandis que l’autocratisme chinois commence à être perçu comme une menace globale, les tensions en cours confirment la raideur stratégique chinoise.

Mettant à nouveau en exergue le conflit de droit par lequel Pékin réfute l’arbitrage de la cour de La Haye de juillet 2016 qui déboutait la Chine de ses réclamations de souveraineté sur toute la mer de Chine du sud, les tensions avec Manille et Hanoï portent le risque que, dans l’ASEAN, l’image chinoise d’une puissance douce, contrepoids pacifique au militarisme de Washington, se brouille.

Lire aussi :
- Sérieuses discordes dans le triangle Chine – Inde – Vietnam.
- Querelles sino-vietnamiennes. Rivalités des frères ennemis et enjeu global.

Et l’Europe ?

Le visage fatigué et soucieux d’Angela Merkel avec Li Keqiang le 6 septembre dernier à Pékin exprime que la relation Chine – Allemagne est arrivée à la fin d’un cycle. Hésitant entre la défense des droits à Hong Kong, ses intérêts commerciaux directs et la solidarité européenne, la Chancelière exprime aussi l’ambiguïté européenne face à la Chine.


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Dans ses plaques tectoniques de la puissance entrant lentement en mouvement, un absent : l’Europe.

Incapable de parler d’une seule voix, non seulement face à la Chine qui tente de défaire le lien transatlantique, mais également face aux États-Unis qui la malmènent, elle peine, dans les tensions qui montent, à jouer le rôle d’arbitre dont elle-même se prévaut.

A cet égard, la dernière visite à Pékin d’Angela Merkel est éclairante.

« Le dernier sommet Allemagne-Chine a-t-il été un succès ? » Titre le Guardian qui cite Maximiliane Koschyk correspondante de la Deutsche Welle.

« À en juger par le nombre de transactions signées et la fréquence à laquelle les « droits de l’homme » ont été mentionnés, oui. Mais alors que la chancelière allemande Angela Merkel a commenté publiquement et en privé les manifestations en cours à Hong Kong, et qu’elle retournera en Allemagne avec pas moins de onze accords de coopération, sa récente visite en Chine ne satisfera ni les représentants d’entreprises ni les défenseurs des droits de l’homme. »

« La Fédération des industries allemandes (BDI), par exemple, critique le fait que l’industrie allemande se trouve perdante en essayant de concurrencer l’économie gérée par l’État chinois. Et ceux qui avaient espéré que le voyage de Merkel mènerait à un véritable dialogue avec la société civile chinoise ont également été déçus. Après tout, Merkel ne rencontre que des avocats spécialistes des droits de l’homme en privé. »

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L’ambivalence de Berlin hésitant entre ses intérêts commerciaux directs en Chine et la solidarité européenne qu’elle appelle de ses vœux ferme un cycle. Ce dernier s’était affirmé au temps où la puissance industrielle allemande exerçait un attrait irrésistible en Chine. C’était aussi le temps où tournant le dos à l’Europe, l’Allemagne ménageait d’abord ses intérêts directs. Lire à ce sujet : Chine – Allemagne – Europe. Le grand malentendu.

Aujourd’hui, la réalité est non seulement que le temps de la force impérieuse des exportations de machines-outils est passée en Chine, montée en gamme technologique et que, comme Bruxelles, Berlin cherche sa voie dans un monde en effervescence où s’étalent les attributs de puissance auxquels l’Europe a renoncé.


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