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Complexités thailandaises et aléas de la démocratie

A bien des égards ce qui se passe en Thaïlande mérite réflexion car les troubles qui sévissent depuis deux ans soulignent non seulement les difficultés des démocraties en Asie, mais également les limites du principe majoritaire, conférant trop de pouvoir au plus grand nombre, déjà soulignées par Tocqueville ou Benjamin Constant. Evidemment on ne peut pas non plus éluder un autre aspect des choses : les troubles actuels expriment aussi des luttes sourdes entre la mouvance populiste et corrompue de Thaksin et l’oligarchie traditionnelle, soutenue par le Roi, dont les intérêts directs et l’influence politique sont menacés par ce nouveau style de pouvoir.

Résumons.

Le 2 décembre 2008, en prononçant la dissolution du parti au pouvoir (Parti pour le pouvoir du Peuple - PPP -) pour fraude électorale, obligeant le Premier Ministre Somchai Wongsawat à démissionner, la cour suprême thaïlandaise mettait un terme à plusieurs mois de troubles graves déclenchés par les partisans de l’Alliance pour la Démocratie (PAD), opposée au « système Thaksin », corrompu et clientéliste, pourtant plébiscité par une partie de la population lors de plusieurs scrutins nationaux.

Plus d’une centaine de membres de ce parti, dissous aux termes de la constitution votée en 2007 - alors que le pays était contrôlé par l’armée après un coup d’état en 2006 -, étaient interdits d’activités politiques pendant cinq ans. Après la dissolution du parti de Thaksin, le Thai Rak Thai en 2007, ce sont au total plus de 200 proches de l’homme d’affaires sino-thaï qui ont ainsi été exclus du jeu politique. Le PAD espère ainsi que ce nettoyage par le vide ouvrira la voie à une moralisation massive de la vie politique.
En effet, les démocrates et les cinq partis qui se sont alliés à eux - y compris une trentaine de députés, anciens amis de Thaksin en fuite, condamné pour corruption massive et fraude fiscale et dont le visa n’a pas été renouvelé par la Grande Bretagne - pourraient disposer d’une majorité permettant leur retour au pouvoir.

Depuis leur dernière apparition au pouvoir dans les années 90, où le poids de la monarchie et des institutions traditionnelles (armée, intellectuels, hommes d’affaires, élites urbaines) est resté considérable, le pays a connu une ère nouvelle, marquée par l’arrivée au pouvoir de Thaksin Shinawatra, homme d’affaires Sino Thai d’origine hakka. Ce dernier, auquel ses actions au profit des pauvres des campagnes ont procuré une assise politique inébranlable dans le nord-est du pays, avait, par des méthodes de gouvernement clientélistes (achat massifs de vote) et démagogiques, installé tout un système de corruption, de népotisme et de prébendes que les élites urbaines, appuyées par des hommes d’affaires exclus du système Thaksin, les intellectuels, l’armée et la monarchie, avaient pris en horreur.
Enfin, la soif de pouvoir et le sentiment de puissance l’ont peut-être conduit à commettre l’irréparable erreur de tenter de corrompre la monarchie au travers du prince héritier, connu pour sa vie dissolue.

Le retour au pouvoir des démocrates, qui se profile en dehors d’élections démocratiques aura eu lieu après de sérieuses effervescences politiques : un coup d’Etat, une réforme constitutionnelle concoctée par les militaires, la dissolution de deux partis politiques, l’exclusion de la vie politique pour 5 ans de 200 proches de Thaksin, la passivité de la police devant l’occupation des locaux gouvernementaux et des deux l’aéroports de Bangkok, occasionnant de très lourdes pertes économiques qui restent à chiffrer.

Mais les problèmes de fond subsistent : la pugnacité des fidèles de Thaksin non touchés par l’exclusion est en effet redoutable. Déjà ils rejoignent le Puea Thaï (qui signifie « pour les Thaï »), parti créé en septembre 2008, spécialement pour accueillir les membres non exclus du PPP en cas de dissolution. La nouvelle formation politique a été enregistrée par Madame Yaowapha Wongsawat, épouse du premier ministre Somchai et sœur de Thaksin. Tous entendent militer pour mener la vie dure au nouveau pouvoir, notamment lors des élections partielles prévues en janvier 2009 pour renouveler le personnel politique écarté de la scène par les décisions de la cour suprême. A cette occasion la fragile majorité actuelle pourrait à nouveau vaciller, ouvrant peut-être la voie à un retour d’un premier ministre fidèle de Thaksin.


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