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›› Editorial

Corée du Nord : Désarroi de la puissance. Résurgence du complexe humanitaire

Deux conceptions des relations internationales.

Ici comme ailleurs, face à l’impuissance onusienne incapable d’un consensus pour mettre un terme aux souffrances du peuple coréen tourmenté par ses dirigeants, c’est le sentiment d’absurde qui domine. A l’origine de cette catalepsie internationale en dépit de la longue liste d’atrocités décrites dans le rapport Kirby, s’affrontent deux conceptions théoriques de l’ordre international.

D’une part la Chinoise, calquée sur le système westphalien de relations entre États qui garantit l’équilibre des puissances, l’inviolabilité de la souveraineté nationale et le principe de non-ingérence dans les affaires d’autrui. Un principe que la Chine qui tente de modifier le statu-quo territorial en mer de Chine du sud, ne respecte cependant pas partout avec la même rigueur quand il gène des ambitions territoriales.

A quoi s’ajoute que Pékin, inquiet d’éventuels bouleversements à ses portes, a toujours, à tort ou à raison, la conviction que la survie du régime de Pyongyang est historiquement partie intégrante de sa sécurité, tandis que la menace internationale qu’il représente constitue un élément de marchandage de sa stratégie asiatique et un facteur de sa pertinence face à Washington, Séoul, Tokyo et Moscou.

S’il est vrai que la Chine s’inquiète comme d’autres des progrès du nucléaire militaire nord-coréen, ayant à l’occasion accepté de s’associer aux sanctions contre Pyongyang, le surgissement dans le paysage du risque posé par la justice internationale constitue pour Pékin un répulsif cristallisant à l’extrême l’ingérence extérieure de très sinistre mémoire, qu’il serait imprudent de minimiser et dont Pékin mesure le pouvoir déstabilisant.

L’autre conception des relation internationales se nourrit du système de sécurité collective né de l’après-guerre avec les Nations Unies et la déclaration universelle des droits de l’homme qui constituèrent une première tentative visant à mettre fin au cynisme froid de l’équilibre entre États indifférents au sort des populations. Aux États-Unis, le Président Carter opposé aux tenants de la « Realpolitik » et adepte des principes wilsoniens fut, à la fin des années 70, le chantre de la réhabilitation morale de la politique qui plaçait les droits de l’homme au centre de la stratégie, y compris militaire.

La carte sauvage du devoir d’ingérence. Les déboires militaires.

De proche en proche, sont nés « le devoir d’ingérence » et la « responsabilité de protéger » les populations martyrisés par leurs dirigeants, exactement opposés aux principes westphaliens. A partir de 1990, ces concepts furent véhiculés non plus par les États mais par l’ONU et les ONG internationales des droits de l’homme, dont l’action est considérée par Pékin comme politiquement suspecte et stratégiquement dangereuse.

Comme Moscou, la Chine la juge en effet propre à modifier les équilibres qu’elle s’applique au contraire à promouvoir dans le cadre illusoire d’une multipolarité qui tarde à émerger, alors que l’hyperpuissance américaine continue à avoir une influence prépondérante.

Mais depuis le 11 janvier 2001 la situation géostratégique de la planète et la prévalence de l’ONU et des ONG ont subi une double secousse.

Washington et le Pentagone s’étant approprié la morale politique articulée autour de la diffusion de la démocratie, ont engagé, toujours contre les principes westphaliens, mais avec la légitimité initiale de la sécurité des États-Unis, une série de campagnes militaires en Irak et en Afghanistan dont les effets furent catastrophiques, jetant un doute sur l’efficacité des opérations militaires pour réguler un ordre mondial en plein bouleversement. La conséquence est que, partout, le réflexe militaire comme première solution aux conflits recule même s’il se déploie encore en Afrique, avec cependant la conscience accrue des risques d’enlisements.

Navy Pillay trouble le jeu chinois. Les États-Unis pris à contrepied.

En Asie du Nord-est, sans cesse traversée par des tensions militaires ponctuées par des démonstrations de force, la dissuasion installée par la montée en puissance de l’APL tient à distance les velléités guerrières. La Chine y a même réussi à domestiquer les réflexes interventionnistes anti-westphaliens contre la Corée du Nord et à les limiter à des sanctions économiques dont elle s’applique à réduire les effets autant qu’elle peut.

En même temps elle prône la coopération économique vue comme le principal ferment d’un changement, selon le modèle de l’ouverture chinoise. Enfin, en focalisant, comme les États-Unis sur la menace nucléaire nord-coréenne, Pékin a réussi à faire passer au second plan les formidables atteintes aux droits de l’homme perpétrés par la famille Kim et les militaires.

Pourtant, partout dans le monde, la vague de promotion du droit des individus née en 1948 continue inexorablement à faire pression sur le cynisme stratégique. En Asie, son étendard brandi par une militante sud-africaine universellement respectée, elle-même ancienne juge du tribunal pénal international et peu suspecte d’arrières pensées cyniques ou de manipulations, trouble le jeu chinois de la stabilité à tout prix. Il dérange aussi les stratégies américaines dont la priorité est d’abord l’élimination de la menace nucléaire nord-coréenne.

Photo : Le 14 février à Pékin, John Kerry, également préoccupé par la querelle Sino Japonaise, a appelé la Corée du Nord à revenir à la table des négociations. Le ministre des Affaires étrangères chinois Wang Yi a affirmé que la Chine veillera par tous les moyens à ce que le chaos ne s’installe pas en Corée du nord.


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Par Louis Montalte Le 21/03/2014 à 09h56

Corée du Nord : Désarroi de la puissance. Résurgence du complexe humanitaire.

En guise de préalable, laissez moi rappeler que :

• Aucune atrocité n’est défendable. Toute atteinte aux droits de l’homme est condamnable.
• Personne ne remet en cause les atrocités décrites dans ce rapport. Pas même la Chine.

Mais :

Un de nos diplomates a comparé le régime Nord-Coréen à celui des nazis et aux Khmers rouges.

Ce sont d’anciens khmers rouges qui sont en place à la tête du Cambodge et personne n’a l’air de s’en indigner outre mesure...

L’idée, derrière cette remarque, n’est pas de suggérer que, puisque l’on s’accorde avec des criminels d’une part, on peut toujours s’en accommoder avec d’autres ailleurs.

Ce rapport n’est pas un simple rappel qu’un régime de type stalinien est inhumain. Nous le savons déjà.

En poussant les détails des atrocités (réelles) à l’extrême et en provoquant une indignation (justifiée) à son paroxysme, ce rapport appelle à des réactions (dis)proportionnées et adéquates.

Ce qui est désagréable et incommodant (et ce que montre votre article), c’est que rien n’est proposé depuis la parution de ce rapport, pour apporter une solution concrète à ces souffrances du peuple nord-coréen.

Plus d’embargo ? plus de restrictions de toutes sortes ?

Toutes ces mesures ont montré qu’elle ne mettaient pas en danger le régime et que, paradoxalement elles semblaient le renforcer. Qu’elles le poussent dans sa paranoïa et dans sa volonté d’acquérir l’arme nucléaire.

De plus, (votre article le montre également), toutes ces mesures sont inefficaces tant que la Chine ne les appliquent pas, ou en partie.

Observons cyniquement la situation :

• La chine ne souhaite pas la chute du régime Nord-Coréen.
• Les Etats-Unis semble se satisfaire du statut quo actuel qui a montré une bonne stabilité
• Les Sud-Coréens ne sont pas pressés d’avoir à assister des hordes de nord-coréens, ce qui annihilerait leur croissance pour de nombreuses années.
• Les européens aboient très fort mais la Corée du Nord est hors de leur champ d’actions et de leurs préoccupations immédiates.
• etc.

En accroissant l’hostilité générale, nous ne faisons que renforcer la paranoia du régime, produisant plus d’atrocités, qui renforcent notre indignation, qui nous induit à plus d’hostilité et...

C’est un cercle vicieux...

Si l’on ne souhaite pas trouver une solution de paix à ce conflit qui s’éternise, cela ne peut déboucher que sur une nouvelle guerre dont plus personne ne veut.

Une nouvelle guerre ruinerait la Corée du Sud et tuerait des soldats américains en Asie... Mauvais souvenirs... Voulons nous vraiment à nouveau tenter d’écraser un peuple pour lui apprendre la démocratie ? Cela n’a pas marché au Vietnam pourquoi cela marcherait-il en Corée du Nord ?

Pourquoi alors s’indigner au bord de l’apoplexie et pousser des cris d’orfraie si l’on sait pertinemment que l’on ne peut et que l’on ne veut rien faire ?

Quand allons-nous le courage d’explorer des voies nouvelles ? De pactiser avec le « diable » ?

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