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›› Editorial

Corée du Nord : Désarroi de la puissance. Résurgence du complexe humanitaire

La Chine attentive et préoccupée.

Il ne faut pas s’y tromper, la réfutation sèche du rapport Kirby par la Chine n’est pas l’expression d’une désinvolture, mais la marque d’un souci en face d’une intrusion qui brouille ses cartes. S’il fallait une preuve qu’au-delà de la rebuffade sceptique, la Chine prête une attention particulière à ce qui se trame, il suffirait de s’intéresser à la qualité de son envoyé spécial en Corée du Nord.

Arrivé à Pyongyang, le 18 février, au moment même où Michael Kirby lançait son appel aux consciences internationales - « Le temps est venu d’agir. Maintenant, on ne pourra plus dire qu’on ne savait pas » -, le vice-ministre des Affaires étrangères Liu Zhenmin, 58 ans, n’est ni un spécialiste de la Corée du Nord, ni un familier du nucléaire militaire.

En revanche, expert des questions de droit il a passé toute sa carrière diplomatique au contact des Nations Unies à Genève, base arrière du Haut Commissariat des Nations Unies aux droits de l’homme et fief de Navy Pillay, commanditaire du rapport Kirby. De 2011 à 2013 il a été ambassadeur plénipotentiaire de la Chine auprès de l’ONU à Genève. Au total, entre 1992 et 2013, il a passé 8 ans à Genève et connaît parfaitement les arcanes de la mouvance des droits de l’homme aux Nations Unies.

Tant que la question coréenne restait strictement circonscrite au risque du nucléaire militaire, la Chine manœuvrait sur le terrain connu des intérêts de sécurité partagés entre les grandes puissances atomiques officielles, dans un contexte qui restait un avatar à peine dégradé de la conception westphalienne de non ingérence. Dans ce jeu très contrôlable fait d’atermoiements et de faux espoirs vite déçus, ponctués de quelques énervements passagers, le surgissement de la morale humanitaire réintroduit une carte sauvage dont l’impact est décuplé par l’empreinte grandissante des juges internationaux.

Bien sûr, son effet sur la situation ne sera pas immédiat. D’autres rapports sur la Syrie par exemple n’eurent aucune conséquence sur la situation et sur Bashar El Assad. Avec Pyongyang, la Chine tentera de perpétuer son jeu articulé autour d’une ingérence minimum, de livraisons de fuel et d’investissements financiers, garant de la stabilité. Il n’empêche qu’une instance internationale supérieure vient d’introduire un ferment d’altération du cynisme stratégique dans l’image figée de la péninsule coréenne.

En dépêchant rapidement sur place pour une mission de 3 jours un de ses meilleurs spécialistes du Droit international et humanitaire, le Bureau Politique chinois montre qu’il ne prend pas à la légère le risque qui pèse sur ses stratégies. D’ici le 17 mars, date de la présentation du rapport Kirby au Conseil des Droits de l’Homme, Pékin fera tout pour en limiter des effets.

NOTES DE CONTEXTE


LE RAPPORT KIRBY.

Le rapport Kirby (Michael, Donald) – juge australien âgé de 75 ans à la retraite et ancien président de 1996 à 2009 de la Haute Cour de justice australienne - prend racine dans la volonté de Navy Pillay Haut Commissaire aux Droits de l’Homme des NU qui, en janvier 2013, avait appelé à plus d’efforts internationaux pour corriger la « déplorable » situation des droits de l’homme en Corée du Nord. A l’époque elle avait constaté que l’arrivée au pouvoir de Kim Jong-un n’avait produit aucune amélioration notable de la situation.

Après avoir rencontré en décembre 2012 deux survivants du système des camps nord-coréens, Pillay en a tiré la conclusion que les efforts d’amélioration globale de la situation des droits de l’homme dans le monde semblaient n’avoir aucune prise sur la Corée du nord. Sa décision de braquer les projecteurs des droits de l’homme sur cette région du monde fut aussi motivée par l’impression que les négociateurs du dialogue à six se focalisaient exclusivement sur le risque nucléaire et la menace missiles.

Rendu public le 17 février, le rapport qui sera officiellement présenté au Conseil des Droits de l’Homme à Genève le 17 mars 2014, a été établi à la suite d’une enquête de 11 mois auprès de 80 survivants et témoins exfiltrés de Corée du Nord. 240 interviews ont été conduites à Séoul, Tokyo, Londres, Washington et Bangkok qui évoquent « d’indicibles atrocités » commises par le régime contre le peuple nord-coréen. « Leur nature, leur gravité et leur ampleur révèle un État qui n’a pas d’équivalent dans le monde contemporain » (…) « Les crimes se perpétuent parce que les politiques, les institutions et les schémas d’impunité qui les favorisent n’ont pas été modifiés. ».

La longue liste des exactions, accompagnée de détails atroces comme celui d’une mère forcée de noyer dans une bassine son bébé venant de naître, d’une jeune fille de sept ans battue à mort pour avoir dérobé un peu de céréales ou d’un jeune garçon amputé des doigts pour avoir laissé tomber une machine à coudre, révèle tortures, meurtres, esclavage, viols, avortements forcés, privations de nourriture, persécutions religieuses, politiques ou raciales etc.

Les appréciations sur l’efficacité du rapport sont mitigées. Les plus nombreux soulignent l’influence bloquante de la Chine qui a refusé d’accueillir la commission et mettra son veto à la transmission du dossier à la Cour pénale. Mais selon Jee Jung-hoon, l’ambassadeur de Corée du sud pour les Droits de l’homme à Genève, il ne s’agit pas simplement d’un rapport de plus, mais bien d’une « feuille de route » qui pose un impératif d’action à la communauté internationale.

Le système « westphalien »

Schéma de relations internationales ayant dominé les trois derniers siècles qui tient son nom des 3 traités de Westphalie signés à la fin des guerres de religion en 1648 entre l’Espagne, les Provinces Unies (Pays Bas), le Saint Empire Romain Germanique (composé de territoires d’Europe Occidentale et centrale de dimensions variables entre 962 et 1806), la France et la Suède.

Signés pour mettre fin aux massacres des guerres de religions, les traités fixaient à cet effet une norme de non ingérence et érigeaient l’État-nation souverain comme base du droit international. En théorie, ils mettaient fin au « droit du plus fort ». A noter que la réputation de « cynisme » des traités est fausse puisqu’ils visaient indirectement à faire cesser les massacres perpétrés au nom de la religion dont les premières victimes furent les peuples.

Voir à ce sujet : « Le désarroi de la puissance. Les États-Unis vers la « guerre permanente » ? par Arnaud Blin, chercheur de Diplomatie et Défense 21, ancien directeur du Centre Beaumarchais (Washington, D.C.), qui a inspiré le titre de l’éditorial et une partie des développements qui précèdent.

Photo : Liu Zhenmin, vice-ministre des AE ancien ambassadeur de Chine à l’ONU a Genève, s’est rendu à Pyongyang du 18 au 20 février. C’est le plus haut responsable chinois en visite en Corée du Nord depuis l’exécution par le régime de Jang Song-taek, oncle de Kim Jong-un.


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Par Louis Montalte Le 21/03/2014 à 09h56

Corée du Nord : Désarroi de la puissance. Résurgence du complexe humanitaire.

En guise de préalable, laissez moi rappeler que :

• Aucune atrocité n’est défendable. Toute atteinte aux droits de l’homme est condamnable.
• Personne ne remet en cause les atrocités décrites dans ce rapport. Pas même la Chine.

Mais :

Un de nos diplomates a comparé le régime Nord-Coréen à celui des nazis et aux Khmers rouges.

Ce sont d’anciens khmers rouges qui sont en place à la tête du Cambodge et personne n’a l’air de s’en indigner outre mesure...

L’idée, derrière cette remarque, n’est pas de suggérer que, puisque l’on s’accorde avec des criminels d’une part, on peut toujours s’en accommoder avec d’autres ailleurs.

Ce rapport n’est pas un simple rappel qu’un régime de type stalinien est inhumain. Nous le savons déjà.

En poussant les détails des atrocités (réelles) à l’extrême et en provoquant une indignation (justifiée) à son paroxysme, ce rapport appelle à des réactions (dis)proportionnées et adéquates.

Ce qui est désagréable et incommodant (et ce que montre votre article), c’est que rien n’est proposé depuis la parution de ce rapport, pour apporter une solution concrète à ces souffrances du peuple nord-coréen.

Plus d’embargo ? plus de restrictions de toutes sortes ?

Toutes ces mesures ont montré qu’elle ne mettaient pas en danger le régime et que, paradoxalement elles semblaient le renforcer. Qu’elles le poussent dans sa paranoïa et dans sa volonté d’acquérir l’arme nucléaire.

De plus, (votre article le montre également), toutes ces mesures sont inefficaces tant que la Chine ne les appliquent pas, ou en partie.

Observons cyniquement la situation :

• La chine ne souhaite pas la chute du régime Nord-Coréen.
• Les Etats-Unis semble se satisfaire du statut quo actuel qui a montré une bonne stabilité
• Les Sud-Coréens ne sont pas pressés d’avoir à assister des hordes de nord-coréens, ce qui annihilerait leur croissance pour de nombreuses années.
• Les européens aboient très fort mais la Corée du Nord est hors de leur champ d’actions et de leurs préoccupations immédiates.
• etc.

En accroissant l’hostilité générale, nous ne faisons que renforcer la paranoia du régime, produisant plus d’atrocités, qui renforcent notre indignation, qui nous induit à plus d’hostilité et...

C’est un cercle vicieux...

Si l’on ne souhaite pas trouver une solution de paix à ce conflit qui s’éternise, cela ne peut déboucher que sur une nouvelle guerre dont plus personne ne veut.

Une nouvelle guerre ruinerait la Corée du Sud et tuerait des soldats américains en Asie... Mauvais souvenirs... Voulons nous vraiment à nouveau tenter d’écraser un peuple pour lui apprendre la démocratie ? Cela n’a pas marché au Vietnam pourquoi cela marcherait-il en Corée du Nord ?

Pourquoi alors s’indigner au bord de l’apoplexie et pousser des cris d’orfraie si l’on sait pertinemment que l’on ne peut et que l’on ne veut rien faire ?

Quand allons-nous le courage d’explorer des voies nouvelles ? De pactiser avec le « diable » ?

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