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›› Editorial

Débats internes sur l’urgence d’une ouverture politique du régime

Reuters a récemment fait état d’un long rapport confidentiel de plus de 300 pages, préparé par l’Ecole Centrale du Parti pour le 17e Congrès, qui alerte le pouvoir sur les risques liés à l’absence de réformes politiques sérieuses. Portant le titre évocateur de « A l’assaut de la forteresse », le document souligne que le blocage du système politique entraînerait de graves dysfonctionnements économiques et un accroissement de la corruption, principale cause du discrédit dont souffre le parti, dans un contexte où la conscience démocratique des citoyens est en hausse. Peu après le 17e Congrès, l’Académie des Sciences Sociales (ASS) a elle aussi publié une étude qui confirme le rapport de l’Ecole du Parti, indiquant que 55% des cadres du PCC étaient préoccupés par l’absence de réformes politiques.

L’Académie des Sciences Sociales et l’Ecole du Parti sont deux entités qui se sont toujours distinguées par leur engagement réformiste. L’ASS a d’ailleurs été un ferment des protestations de 1989. Quelques dissidents, émigrés aux Etats-Unis, sont issus de ses rangs. Régulièrement l’Académie, plus puissant « think tank » du régime, qui s’est taillé une réputation d’objectivité rigoureuse et de contestation des politiques publiques, fait l’objet de recadrage ou de mise au pas, quand ses rapports sont jugés trop iconoclastes. Quant à l’Ecole du Parti, elle reprend souvent les idées de l’ASS, avec laquelle elle semble être entrée en compétition. Mais il est difficile de faire la part de l’affichage destiné aux étrangers.

Les fuites de documents confidentiels peuvent en effet être un moyen de pression sur le pouvoir, utilisé par la mouvance des réformateurs. Elles peuvent aussi être organisées pour accréditer l’idée d’une « démocratie interne au parti », parfois elles sont un peu des deux. Il est difficile de dire si ce mouvement annonce des affrontements. On pourrait arguer que la grande majorité des adhérents au parti profitent du système et en sont satisfaits - ce qui réduirait les risques de conflits. Ou estimer, avec beaucoup d’observateurs, qui examinent ces ouvertures de manière cynique et blasée, que les propositions qui filtrent ne sont que de la « poudre aux yeux ».

Mais rien n’est moins sûr. Il y a quelques solides nouveautés dans cet épais document : notons d’abord la proposition d’un plan d’action de réformes politiques, projection dans l’avenir, à l’échéance de 12 années, d’une libéralisation progressive de la presse, du renforcement de la liberté de culte, des droits des citoyens et des députés. Ces derniers seraient librement élus et dotés d’un pouvoir d’examen du budget de l’Etat. Comme pour minimiser l’ampleur des propositions, un commentateur du Parti précise qu’il ne s’agit pas là d’une évolution vers une véritable « démocratie », mais d’un effort de structuration des réformes politiques qui, jusqu’à présent, n’ont jamais vraiment été encadrées, mais au contraire toujours mises en oeuvre sans souci d’unité.

Cette remarque n’est qu’en partie juste : l’impression d’incohérence vient du fait que les réformes sont toujours introduites de manière hésitante et sous la pression, soit intérieure, soit extérieure, puis à nouveau limitées ou freinées dans leur mise en oeuvre par des courants conservateurs, dans un jeu constant d’avancées et de retours en arrière. Mais les réformes proposées (liberté de la presse et liberté totale de culte, scrutins libres pour l’élection des députés, dotés d’un pouvoir de contrôle des finances publiques), seraient bien plus qu’une simple structuration, mais un considérable pas en avant, même si le parti n’envisage pas de remettre en question son hégémonie.


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Par Anonyme Le 28/02/2008 à 00h14

> Débats internes sur l’urgence d’une ouverture politique du régime.

La réforme politique en Chine est un vieux sujet encadré par le PCC daté depuis l’année 80.

Au sommet de ce parti, les leader chinois ont vu et ont compris les dangers en cours aggravés par des déséquilibres sociales, mais ils n’osent pas réagir en abandonnant leurs pouvoirs absolus actuels. On tourne le rond sur place.

Selon un proverbe connu : avec la réforme politique, c’est le parti qui cherche à se suicider ; sans la réforme politique, c’est le parti qui attends
sa mort.

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