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Deux réflexions contraires sur le risque chinois

Le risque chinois.

Ancienne calligraphie faisant l’apologie vertueuse du concept de Tianxia (de droite à gauche : 誠信贏天下 – Chengxin Ying Tianxia la probité gagne le monde).


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En contrepoint de cette vision dont on reconnaîtra qu’elle est un peu tronquée et édulcorée, « L’essai sur la Sino-Mondialisation », sous-titre du livre de Sophie Boisseau du Rocher et Emmanuel Dubois de Prisque, est un inventaire sans concession des raisons pour lesquelles il est sage non pas « d’avoir peur de la Chine », mais, à tout le moins, de considérer ses stratégies avec circonspection.

Abondamment documenté par le truchement d’un nombre impressionnant de notes et de références parmi les plus prestigieuses, l’ouvrage est une alerte dont l’ampleur interroge aussi le déclassement de l’Europe et la stratégie de « démondialisation brutale » de D. Trump.

Au prix d’un pessimisme parfois alarmiste, les auteurs qui s’en défendent développent une idée maîtresse articulée à la manière centrale dont la Chine se voit elle-même depuis la nuit de temps, mais que la direction du régime exprime aujourd’hui sans complexe, et singulièrement depuis le 19e Congrès, avec une détermination nouvelle.

La force de cet affichage est homothétique de l’affaiblissement global de l’idée de démocratie, dont beaucoup de par le monde s’interrogent si, face aux fléaux et aux crises, elle reste un système de gouvernance efficace, capable à la fois de protéger et de porter les peuples vers une vie meilleure ou au moins de les préserver d’une régression.

La nouvelle puissance d’influence de « l’Empire ».

Le 26 juin 2018, Tsai Ing-wen célébrait à Taïwan le 15e anniversaire de la « Fondation Taïwanaise pour la démocratie ». Dans son discours, elle a mis en garde contre le recul de la démocratie dans le monde au XXIe siècle.


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Tirant opportunément profit de ces hésitations démocratiques, le pouvoir chinois aussi préoccupé de son maintien incontesté à la tête du pays récuse tout autant les ingérences étrangères, l’indépendance de la justice et le principe d’un pouvoir élu et contrôlé.

Bardé de ses références politiques propres, il propose en exemple de gouvernance mondiale, l’antique philosophie du « Tianxia 天下 – tout sous le ciel » datant d’il y a 3000 ans, plaçant la Chine au centre du monde civilisé dont elle régulait les relations de vassal à suzerain par le « tribut », mais dont il faut cependant préciser qu’en Chine même, et au-delà d’une sévère censure, il ne fait pas l’unanimité.

Au-delà de la longue revue des faux-semblants, ambiguïtés chinoises sources de malentendus politiques et stratégiques s’ajoutant aux captations illégales de technologies dénoncées par D. Trump, aux revendications territoriales plus combatives en mer de Chine et à un regain d’agressivité à l’égard de Taïwan, appuyés à un renforcement spectaculaire de la puissance militaire de la Chine, la valeur critique de l’essai sur cet étrange projet d’une mondialisation à la chinoise est incontestable.

L’idée maîtresse du travail renvoie, près de 180 ans après le premier « Traité inégal » de Nankin avec Londres, à un nouveau télescopage entre la prétention universelle de la civilisation chinoise et le monde occidental qui, déjà au XVIIIe siècle, cherchait aux prix de puissants malentendus et beaucoup d’excès d’arrogance des « huit nations – 八国 », à faire rentrer le « Vieil Empire » dans les rangs « des pays normaux ».

Cette fois cependant, et c’est là l’origine probable des inquiétudes, « l’Empire » qui depuis de longues années s’exerce, à ses conditions, aux relations avec l’Occident, est, compte tenu de la moins grande assurance des démocraties, en meilleure position d’influence globale qu’il y a deux siècles.

L’inquiétude est la source d’une prise de conscience exprimée par les auteurs dans la dernière phrase du livre : « En soulignant l’écart entre le système international d’aujourd’hui et ce qu’il serait en cas de leadership chinois, on comprend mieux ce qui se joue et ce qui se perd avec la « déseuropéanisation du monde ».


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