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Internet révolutionne la Chine

Censure : la grande muraille électronique

Malgré le nombre considérable d’utilisateurs et des outils toujours plus performants, une particularité propre à la société chinoise concentre l’attention des médias étrangers : la censure. Le premier texte de loi contrôlant à la fois l’accès à Internet et son contenu a été proposé dès l’ouverture d’Internet au grand public en 1996.

Depuis, de nombreuses régulations ont été mises en place qui toutes réunies constituent un dispositif très abouti de contrôle de la toile chinoise que l’on surnomme « La grande muraille électronique » ou encore le grand pare feu.

L’État chinois est propriétaire majoritaire des trois principaux fournisseurs d’accès Internet du pays : China Telecom, China Unicom et China Mobile. Il est donc très facile pour le Parti communiste chinois de contrôler les points d’accès à Internet. Pas moins de cinq départements sont dédiés à la censure et à la surveillance du Web. Pour ce faire, ils utilisent des serveurs spécialisés permettant de contrôler et bloquer l’accès aux adresses IP, les noms de domaines, les mots clés et les contenus jugés indésirables par le Parti.

Les moteurs de recherche américains sont les premiers visés par ce « pare feu ». A la suite à de nombreuses attaques de hackers, le géant Google a été obligé de quitter la Chine en 2011 pour ouvrir une version hongkongaise de son site : Google.com.hk.

Depuis fin mai 2014, le moteur de recherche et ses fonctions images, messages électronique, et cartes sont devenues totalement inaccessibles en Chine à moins de posséder un VPN (Virtual Private Network permettant d’accéder aux sites Internet bloqués dans un pays via des lignes Internet non-sécurisées). Ce blocage technique fait stagner la part de marché de Google en Chine à 10%.

Le 4 septembre 2014, le Gouvernement chinois a bloqué un autre moteur de recherche américain, DuckDuckGo qui protège les données de ses utilisateurs et ne divulgue pas leurs adresses IP. Un dispositif qui prenait à contrepied le contrôle des informations par le Parti.

Enfin, depuis le 28 septembre dernier, le célèbre réseau de partage de photos Instagram est également interdit pour éviter que des images du mouvement pro-démocratique de Hong Kong ne se propagent dans la partie continentale du pays.

Le web bouscule l’information et la communication à l’ancienne…

A la vision parfois univoque et pessimiste des possibilités offertes par l’Internet en Chine, on opposera que son développement a mis en lumière les ressources de créativité et d’innovation de la société chinoise qu’il a probablement contribué à enrichir.

L’arrivée d’Internet a, en dépit des freins et des blocages, permis aux chinois de diversifier leurs activités de loisirs, leurs sources d’informations et leur a ouvert un vaste espace d’expression.

La vitalité et l’inventivité de la société sont particulièrement visibles sur les réseaux sociaux. S’il est vrai que les chinois aiment regarder des vidéos sur Internet - 34% de leur temps sur Internet y est consacré - les données 2013 d’iResearch montraient qu’environ 18% du temps des internautes était consacré aux réseaux sociaux et 10% en recherches diverses.

Les sources d’informations officielles contrôlées par le Parti sont ainsi de plus en plus délaissées par les internautes en faveur de recherches d’information sur les réseaux sociaux. Les chinois sont ainsi extrêmement actifs sur les réseaux sociaux comme Weibo, Wechat et QQ. A tel point que ces canaux ne sont plus uniquement des vecteurs, mais sont en passe de devenir de véritables créateurs d’informations.

Depuis son lancement en 2009, SinaWeibo compte en effet 550 millions d’inscrits dont 50 millions d’utilisateurs journaliers. Leur nombre et leur réactivité propagent l’information si vite et au moyen d’innombrables tactiques de dissimulation (homonymes, jeux de mots, allusions) que souvent la censure est prise de court.

…et modifie les habitudes des consommateurs.

Toujours selon les données d’iResearch, en 2013, 8% du temps des internautes était consacré à l’e-commerce. Sur les 632 millions d’internautes chinois, 400 millions sont aussi de fervents acheteurs en ligne, ce qui fait de La Chine le plus vaste marché d’e-commerce au monde.

Selon Olivier Vérot – Gentlemen Marketing Agency -, « Acheter sur Internet pour les chinois, c’est la liberté de choisir parmi une sélection de produits qui semble infinie, au meilleur prix, et d’être livré chez soi gratuitement. C’est grâce à ces arguments que la vente en ligne est devenu un mode de vie en Chine. » (…).

« C’est d’ailleurs le constat qu’a fait Jack Ma, PDG du groupe Alibaba, propriétaire de Tmall et Taobao, dans un de ces discours l’an dernier. Les chinois peuvent tout acheter sur Internet, des vêtements aux maisons en passant par les voitures. En 2013 Smart avait d’ailleurs vendu 388 de ses voitures en 3 minutes sur le réseau social mobile Wechat. L’avenir de la vente en ligne en Chine se jouera sur les réseaux sociaux qui tendent de plus en plus vers la monétisation de leur grand nombre d’utilisateurs. »

Internet fait désormais partie intégrante de la vie quotidienne des chinois. Il leur permet de se divertir, de s’informer, de s’exprimer, d’acheter en ligne. C’est l’un des grands vecteurs de changement en Chine à l’heure actuelle, et permettra sans aucun doute de faire changer bien des choses dans le futur.

Pour en savoir plus :

- Société civile et internet.
- La vision chinoise très sélective de l’Internet Global.
- Censure des manifestations de Hong Kong.
- La frénésie des bitcoins en Chine.


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