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›› Editorial

Investiture de Ma Ying Jeou. L’histoire revisitée par le KMT

Les partisans du DPP pourraient d’ailleurs opportunément rappeler à Ma Ying Jeou que le KMT, qui régna sur la Chine de 1927 à 1949, loin d’être démocratique, était l’allié des classes possédantes et des seigneurs de la guerre, dans un contexte mondial qui voyait le surgissement de régimes fascistes, dont Tchang Kai Chek, hostile aux forces révolutionnaires et admirateur des régimes forts, s’efforça d’imiter les méthodes. Ces dernières furent d’ailleurs perpétuées dans l’Ile jusqu’au milieu des années 80, par le biais de l’ordre moral confucéen appuyé par une police politique qui faisait la chasse aux opposants.

Enfin, du point de vue de la Chine, le rappel de la légitimité historique de Tchang Kai Chek, héritier de Sun Yat Sen, et adversaire malheureux de Mao dans la conquête du pouvoir après la chute du système impérial, exerce une pression qui ne manquera pas d’indisposer les caciques du régime qui continuent d’affirmer que seul le PCC serait en mesure de gouverner la Chine.

On voit bien que la route de la réconciliation avec la Chine par l’histoire n’est pas simple. Le nouveau président doit en effet naviguer entre les susceptibilités nationalistes et partisanes chinoises qui ne voient aucune alternative au PCC, les aspirations identitaires de plus en plus fortes des habitants de l’Ile et les réminiscences néfastes de la règle brutale du KMT à Taiwan. Mais du moins ce dernier peut-il se réclamer d’avoir, sans heurts majeurs, réussi une véritable transition démocratique, une perspective qui, pour le PCC, reste encore du domaine de la pure théorie.

Beaucoup d’analystes spéculent sur les possibilités d’un réel apaisement dans le Détroit, après le départ de Chen Shui Bian et les bonnes dispositions exprimées par Ma. Ce dernier, citant le discours de Hu Jintao à Boao le 12 avril dernier, n’affirme t-il pas dans son allocution d’investiture que les vues du Président chinois et les siennes étaient « assez semblables ».

Il reste que en dépit de ces bonnes paroles, la solution du différend entre les deux rives est encore bien loin. Elle restera tributaire des surenchères de politique intérieure à Taiwan, qui accusent déjà Ma de « vendre l’Ile à la Chine ». Elles dépendront aussi des capacités de Pékin à surmonter les réticences que le discours du nouveau Président a fait surgir, notamment quand il a fait l’éloge de la démocratie sous la forme d’une leçon de science politique et d’histoire administrée au Parti Communiste.

Le nouveau pouvoir à Taipei peut difficilement aller plus loin dans le discours d’ouverture sans se mettre en porte à faux à l’intérieur. C’est maintenant à Pékin de faire des gestes dans le domaine des relations directes - mise en place des vols charter sans escale le week-end et envoi de touristes de la Grande Terre sur l’Ile - et dans celui de la participation de l’Ile, en son nom, à des instances internationales telle que l’OMS. Enfin, la réduction par Pékin du nombre de missiles qui menacent l’Ile constituerait un geste d’une grande portée symbolique, sans pour autant remettre en cause la situation de sécurité dans le Détroit.

Mais avec les JO dans moins de trois mois et surtout la désastre du tremblement de terre au Sichuan, dont le bilan sera probablement supérieur à 100 000 morts, le Parti est aujourd’hui beaucoup moins disponible qu’à l’époque de Boao, un mois avant le séisme, quand l’ambiance à Pékin était encore au soulagement du départ de Chen Shui Bian.


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