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La Chine de tous les paradoxes

Il est sans doute trop tôt pour proclamer la mort de l’idéologie en Chine. Même si, sur la scène internationale, les dirigeants s’efforcent de montrer l’image d’une puissance pragmatique et responsable, le discours destiné à l’intérieur est sensiblement différent. Pire, un raidissement politique est perceptible à travers la presse, contre la libéralisation politique de Hong Kong, contre le gouvernement actuel de Taiwan et contre les propositions pourtant sincères et mesurées du Dalaï lama dans le dialogue sino-tibétain. A l’origine de cet apparent virage à gauche, se trouve l’appel de Hu Jintao le 28 mai dernier lors du 13e séminaire du Bureau politique dont le thème est l’approfondissement d’études de la philosophie et des sciences sociales, bien entendue marxistes.

Durcir la politique autoritaire dans une conjoncture favorable constitue bien un paradoxe. La vérité est que la situation est loin d’être toute rose. Certes la croissance est toujours là mais le chômage continue à monter et la pauvreté persiste dans les zones rurales. A cela il faut ajouter la corruption et les abus des cadres d’administrations locales qui, avant toute chose, nourrissent le mécontentement de la population contre le pouvoir en place. L’affaire de Jiahe, récemment révélée dans toutes la presse, en est une parfaite illustration.

Jiahe est un district dans la province de Hunan. Pour satisfaire les exigences d’un promoteur immobilier, l’administration locale a, au cours de l’année 2003, utilisé tous les moyens de pression pour chasser les habitants d’un quartier entier, et ce sans aucune base légale. Ces expropriations sauvages ont rencontré naturellement une résistance des victimes mais leurs plaintes devant les instances judiciaires n’ont abouti à rien. Il a fallu attendre une pluie de protestations dans tous les grands forums de discussions sur l’Internet (celui du Quotidien du Peuple entre autres) pour que le gouvernement central commence à agir. Le 4 juin (la date vaut-elle un symbole ?), Wen Jiabao en personne, dans une réunion du Conseil des Affaires d’Etat, a demandé que l’on traite énergiquement ce cas de collusion entre une administration locale et un promoteur immobilier, ce qui a entraîné la démission collective du comité de Parti du district en question.

Pour prévenir la perte de contrôle des pouvoirs locaux, la sagesse serait de procéder à une réforme politique de fond, à savoir séparer les différents pouvoirs et garantir l’indépendance de la justice. Or, Hu Jintao ne s’est pas révélé comme un grand réformateur. Il a préféré l’ancienne méthode et met son espoir dans le renforcement de l’éducation idéologique. Est-il assez naïf pour croire qu’un cadre marxiste est forcément moins corruptible qu’un libéral ? En tout cas, en agissant de la sorte, HU Jintao engage sans doute son action dans une impasse.


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