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›› Chronique

La guerre des espions fait rage entre Taipei et Pékin

Si l’on en croit la presse pékinoise, les espions taiwanais sont légions en Chine continentale. En effet, depuis décembre 2003, les arrestations se multiplient parmi les ressortissants de l’île nationaliste (24 en décembre dont un colonel de l’Agence de renseignement militaire, 7 nouveaux en janvier et un vrai-faux couple il y a une semaine). Plusieurs réseaux de renseignements militaires seraient démantelés, non pas tant grâce à la vigilance du contre-espionnage chinois, mais…par la faute de CHEN Shui-bian qui, par intérêt électoral, aurait envoyé les meilleurs éléments du service de renseignement taiwanais en mission casse-cou sur le continent. Le président candidat taiwanais n’a-t-il pas révélé, dans un discours public fin novembre 2003 et au détriment de la sécurité des agents sur le terrain, que la Chine avait déployé contre Taiwan « précisément » 496 missiles balistiques de portée moyenne, ?

Curieuse tout de même est la manière dont la presse des deux cotés a rapporté l’affaire. La médiatisation outrancière de ces incidents contraste fortement avec la discrétion qui est de règle dans ce domaine. Lier les arrestations à un discours politique, si maladroit soit-il, du président taiwanais est peu convaincant. De même le traitement réservé à certains « espions » par les autorités chinoises (en organisant des rencontres en prison avec leur famille devant la télévision de Taiwan) relève plus de la propagande que du contre-espionnage. Bref, les Services de Pékin semblent avoir pour but de saboter la campagne électorale de Chen Shuibian en agissant d’une triple manière :

Premièrement, Pékin entend discréditer le président sortant de Taiwan, en lui collant une image d’incompétence en matière de renseignement, ou de monstre froid qui utiliserait ses concitoyens résidant sur le continent comme des pions et des otages. A ce stade du débat électoral où on use et on abuse du populisme des deux côtés, cette affaire d’espions pourrait constituer une arme assez redoutable.

Deuxièmement, susciter un conflit à Taipei entre les professionnels du renseignement et les politiques serait bon pour Pékin. La manœuvre chinoise viserait, dans les services taiwanais, les éléments assez nombreux qui sont restés proches du Kuomintang et donc de l’opposition à CHEN Shui-Bian. Ici c’est la vieille tactique de Front-Uni qui vise à isoler l’ennemi principal dans son propre camp.

Troisièmement, en inspirant un sentiment d’insécurité à tous les Taiwanais résidant sur le continent, le gouvernement chinois espère dissuader cette population de coopérer avec Taipei. On peut même imaginer que certains « espions » soient libérés à la veille de l’élection s’ils consentaient à prôner le vote (et ceux de leurs proches) contre le président sortant.

La tactique est plus subtile que les exercices militaires et tirs de missiles dans le détroit de Formose, comme en 1995 et 1996. Hu Jintao a choisi cette fois la guerre des espions pour entrer dans le débat électoral à Taiwan. Reste à juger de son efficacité et on ne pourra le faire qu’au lendemain du scrutin du 20 mars.


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