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La marine chinoise fête ses 60 ans et s’impose comme ambassadeur du « soft power » chinois

La revue navale organisée par la marie chinoise en cette fin du mois d’avril à Qingdao, la première depuis l’avènement de la Chine nouvelle en 1949, est une étape de plus dans la quête de reconnaissance de ce parent jadis pauvre, pauvre de l’APL.
Il ne s’agit pas là de faire un inventaire des bâtiments dont dispose ou non cette marine qui de toute évidence doit encore progresser pour devenir une « blue water navy » d’envergure mais de livrer une analyse rapide de l’habileté et de l’opportunisme d’une marine qui guidée par une réelle vision stratégique depuis plus de vingt ans place et avance subtilement ses pions sur l’échiquier des affaires militaires chinoises.

Certes la marine chinoise est plus « jeune » que l’APL qui a fêté son 80e anniversaire il y a deux ans. Mais les marins chinois font de cette jeunesse un atout. Là où l’APL célébrait son anniversaire par des discours martiaux, nationalistes et ultra-politisés, on se souvient du rappel à l’ordre du ministre de la défense Cao Gangchuan sur les risques d’une occidentalisation des mentalités au sein de l’APL et l’indiscutable subordination des armées au Parti, la marine a organisé un habile festival d’ouverture vis-a-vis de l’extérieur en invitant quelque 29 nations à célébrer l’événement avec elle, confirmant ce que tous les experts militaires à Pékin savent déjà, à savoir que la marine est de loin moins compliquée et la moins réticente des armées chinoises dans les échanges de coopération - même si cela reste relatif.

Plus généralement, dans un pays où les symboles ne comptent pas pour rien, la marine inscrit son évolution dans celle du pays, de la Nation qui fêtera elle aussi son 60e anniversaire en octobre prochain. Tandis qu’une APL octogénaire trouve ses racines dans les luttes et les résistances contre l’envahisseur, en un mot dans l’histoire et le passé, la marine se targue d’être née avec la RPC et elle est en ce sens l’armée de la Chine nouvelle, tournée comme cette même Chine des reformes de Deng vers l’avenir et la mondialisation. En bref, l’APL reste attachée à des concepts de « hard power » tandis que la marine se forge jour après jour une identité de « soft power » en phase avec les images de développement pacifique et de monde harmonieux que Pékin entend vendre au monde.

Cette orientation n’est pas nouvelle. Dans les années 80, avant même que l’APL ne réalise à la lecture des événements des années 90 qu’il lui fallait se remettre en cause, la marine, sous l’impulsion de son chef l’amiral Liu Huaqing (Chef d’Etat Major de la marine de 1982 à 1988), lançait des plans ambitieux pour la modernisation de la composante navale des armées chinoises. Ses successeurs ont poursuivi ces plans et l’amiral Wu Shengli, qui préside aux destinées de la marine chinoise n’a pas été le moins inactif. L’Amiral Wu est à la tête de la marine chinoise depuis près de quatre ans maintenant. Il avait assuré l’intérim de son prédécesseur, Zhang Dingfa, gravement malade, depuis 2005 et il lui a succédé officiellement en 2007 après son décès en décembre 2006. L’amiral Wu a énormément œuvré pour la reconnaissance de sa marine tant en externe, avec des contacts réguliers avec les chefs des grandes marines du monde (Etats-Unis et France entre autres), qu’en interne où le projet de porte-avions qui ne manque pas pourtant de détracteur est désormais incontournable et assimilé à un objet de gloire et prestige nationaux. La grande habileté des marins en interne est bien là, ils ont su, par une communication habile, amener la Nation chinoise à se reconnaître dans sa marine et il est bien difficile maintenant pour les autres composantes des armées de contrarier l’irrésistible ascension de l’APL Navy. Ce phénomène pourrait bien influer sur la répartition des crédits dans les années à venir alors même que les vaches de l’APL risquent d’être plus maigres que par le passé.


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