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La marine chinoise passe de la pataugeoire au grand bain

Si l’on en juge par la rapidité avec laquelle le « Wuhan », le « Haikou » et le « Weishanhu » ont appareillé pour le golfe d’Aden après l’annonce officielle par la Chine qu’elle se joignait à l’opération anti-piraterie de l’ONU initiée par l’Union Européenne, nul doute qu’un tel engagement de la marine chinoise loin de ses bases était planifié de longue date.

De fait, depuis quelques mois, la Chine qui voyait ses intérêts de plus en plus souvent visés se devait de riposter. Pékin avance que 20% de ses bâtiments de commerce sont victimes d’actes de piraterie, en mer de Chine du Sud, dans le détroit de Malacca ou au large de la Somalie où un équipage - dont un membre a perdu la vie - a été retenu 200 jours en otage courant 2008.

L’opération internationale dans le golfe d’Aden a fourni à la RPC une occasion idéale de résoudre en toute légitimité ce problème de défense de ses intérêts nationaux tout en satisfaisant l’ambition de puissance et d’image internationale de Pékin.

Cet engagement de l’APL-Marine loin de ses bases reflète ouvertement les orientations stratégiques des autorités chinoises : cap au Sud (le Pacifique Sud n’étant pas exclu ; loin s’en faut) et à l’Ouest vers l’Océan Indien, option qui ne soulagera pas les fièvres obsidionales de Delhi ! Ce faisant la Chine se consacre certes aux voies d’approvisionnement les plus vitales (notamment en hydrocarbures) mais elle prend soin aussi de ménager les Etats-Unis en évitant de s’ingérer trop à l’Est dans la zone d’opérations de PACOM (commandement Pacifique des armées américaines, basés à Hawai). Ceci, au moment où nul ne trouve en Chine de qualificatifs assez dithyrambiques pour qualifier les relations sino-américaines qui célèbrent leur trentième anniversaire.

Bien sûr, un tel engagement est nouveau pour les armées chinoises et il comporte des risques et des incertitudes, notamment opérationnels, liés au soutien logistique loin de ses bases pour une marine dont la première circumnavigation est récente (2001). Par ailleurs, la façon dont les Chinois réussiront (ou consentiront) à s’intégrer dans le dispositif multinational de coordination est une inconnue.

Le risque est aussi politique. La Chine, qui a déjà compris qu’un accroissement de son action internationale l’oblige à une certaine flexibilité dans le respect des grands principes tels que celui de la non ingérence dans les affaires intérieures d’un Etat, ne cesse de s’interroger sur la façon dont sera perçue son implication au large de la Somalie et plus encore comment serait interprétée une action coercitive conduite par ses unités.

Pour autant, au-delà du fait que la Chine pouvait difficilement rester à l’écart de cette opération, tant pour des raisons « domestiques » que pour sa crédibilité internationale, les opportunités et les avantages à retirer de cette participation sont sans commune mesure avec les risques.

La Chine peut, en toute légitimité, projeter sa puissance et montrer sa capacité à intervenir partout dans le monde sans être taxée d’expansionnisme. Politiquement la Chine s’impose comme un acteur responsable de la lutte contre le terrorisme et les menaces non traditionnelles dans une opération dénuée de toute ambiguïté (à la différence des raids anti-terroristes au Xinjiang ou au Tibet par exemple).

Cette opération conduite par trois bâtiments 100 % chinois est aussi une vitrine de l’industrie de défense de la RPC. Ce secteur est une des priorités de Hu Jintao qui entend par là échapper à une dépendance vis-à-vis de la Russie et, à terme, imposer la Chine sur le marché global des armements avec des équipements fiables et plus sophistiqués que ce qu’elle propose actuellement.

Cette initiative de Pékin est aussi, au même titre que l’épopée spatiale chinoise, un formidable symbole, motif de gloire et facteur de cohésion d’une Nation qui renoue, plus de 450 ans après, avec les exploits de Zheng He et de Qi Jiguang. Cet aspect est loin d’être négligeable au moment où le trentième anniversaire des réformes de Deng Xiaoping est terni par les incertitudes et les appréhensions socio-économiques que celles-ci engendrent dans le climat actuel de crise financière.


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