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›› Politique intérieure

Le PCC et la société chinoise. Un maillage très serré, pas toujours efficace

Depuis quelques semaines, le Quotidien du Peuple publie les statistiques du Parti Communiste Chinois. On y trouve quelques indications intéressantes sur l’évolution de son recrutement et ses efforts pour s’injecter quelques gouttes de démocratie. On nous explique aussi comment il accepte de partager des parcelles de pouvoir hors parti, et comment il corrige ou réprime les manquements ou dérapages de ses adhérents en charge de responsabilités, y compris au plus haut niveau, Evidemment l’image présentée est un peu édulcorée. Elle a cependant le mérite de proposer une radiographie - il est vrai parfois un peu floue - du plus grand parti politique du monde, et de donner des indications sur la manière dont le pouvoir comprend son action au sein de la société chinoise, y compris dans le secteur privé.

L’organisation tentaculaire, qui compte plus de 72 millions de membres, a recruté 2,6 millions d’adhérents en 2006, dans une ressource qui rajeunit lentement et où un adhérent sur cinq à moins de 35 ans. La féminisation est au moins aussi avancée que dans nombre de pays démocratiques, avec un ratio de 20%. Quant au niveau d’instruction, il est - toujours selon le Quotidien du Peuple - remarquable, puisqu’un adhérent sur trois est aujourd’hui au moins titulaire d’un diplôme de l’enseignement secondaire. Le taux de recrutement reste exceptionnellement élevé avec 19 millions de candidatures en 2006, suscitées par les avantages que procure le système, dans un environnement où domine encore le népotisme. Ce qui signifie que près de 85% des dossiers ont été rejetés.

C’est dans ce vivier pléthorique que sont choisis les dirigeants chinois, soigneusement sélectionnés, du Comité Central d’abord, dont les membres sont en général titulaires d’un diplôme universitaire, puis ceux promis aux instances élevées de la hiérarchie politique. Mais, même s’il existe des essais de démocratie à la base, assortis d’enquêtes d’opinion organisées par le Parti qui fait du porte à porte pour interroger la population sur la qualité des dirigeants locaux -un des soucis majeurs du PCC- , la montée dans l’échelle du pouvoir suprême n’est pas tributaire du peuple, laissé à l’écart. Au delà de la strate administrative des communes, elle dépend d’un processus complexe de lobbying et de cooptation, articulé autour d’un système de notation assez rigide, dont les critères reflètent les directions stratégiques ou idéologiques que le pouvoir entend imprimer au pays.

La bascule vers une nouvelle direction est d’ailleurs la plupart du temps une source de frictions au sein du Parti, dont une fraction des membres exprime des résistances aux changements, soit par conviction politique, soit parce que les nouvelles directions heurtent leurs intérêts particuliers. Ainsi Chen Liangyu, ancien secrétaire du Parti de Shanghaï, aujourd’hui déchu et en prison, officiellement purgé pour corruption, s’était-il ouvertement et imprudemment opposé à la nouvelle ligne du pouvoir central qui prône le réquilibrage et l’urgence des réformes sociales (retraites, assurances sociales, système de soins, dont la majorité des Chinois est aujourd’hui exclue).

Enfin, notons que, depuis quelques années, les promotions ont tendance à faire la part belle aux juristes et aux gestionaires administratifs, et, dans une moindre mesure, aux spécialistes de la finance et de l’économie, plutôt qu’aux ingénieurs, qui constituent encore la majorité des dirigeants aujourd’hui aux commandes du pays. Les titulaires de diplômes étrangers sont l’objet d’attentions particulières, mais sur les 250 000 étudiants chinois aux Etats-Unis et en Europe, seulement un faible nombre retourne aux pays. Encore ces derniers, qui se méfient de la politique, sont-ils recrutés par les grandes entreprises chinoises ou étrangères. Ce phénomène, qui traduit une difficulté du parti à recruter dans le vivier des élites ayant une expérience hors de Chine, constitue un obstacle à l’ouverture et à la comprehénsion du monde moderne.

Il est un des facteurs qui facilitent la montée d’un nationalisme sans concessions et arc-bouté, qui s’exprime contre le Japon ou sur la question de Taiwan, les deux obsessions de la politique étrangère chinoise.


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