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Le retour d’un singe à Pékin

Dans la tradition chinoise, l’année du singe (commencée le 22 janvier 2004) symbolise le bonheur (ce qui n’est pas une exception) et plus accessoirement…les surprises. Les mauvaises langues disent que le retour d’une épidémie de SRAS n’en serait pas une, tant les braves gens continuent à consommer (avec quelle insouciance !) la viande de civette réputée porteuse du redoutable coronavirus, agent de la pneumonie atypique. Inutile aussi de spéculer sur l’élection présidentielle à Taiwan car le statu quo restera la tacite ligne de conduite de deux côtés du détroit de Formose. Les surprises, on les réserve pour la sphère politique et en voilà une qui laisse les Chinois pantois : par les forums de discussions sur Internet d’abord, confirmés ensuite par une radio américaine (VOA), on apprend la libération anticipée pour « raison de santé » de M. Chen Xitong, ex-maire de Pékin condamné à 16 ans de réclusion en 1997 pour corruption passive et détournement de fonds publics.

Tel un singe sorti de sa cage, l’ex-maire de Pékin semble prêt à jouer un tour de cirque dans sa ville, au grand plaisir des Pékinois ébahis. Des rumeurs savamment orchestrées circulent, ce qui n’est qu’une demi-surprise, sur cette victime des luttes de pouvoir au milieu des années 1990. Le malheureux édile de la capitale aurait remis à cette époque une lettre à Deng Xiaoping, dénonçant certains « méfaits » de Jiang Zemin dont le détail n’a jamais été révélé. Décidé à conserver Jiang à la tête du Parti, Deng n’avait pas donné suite à cette dénonciation. Par l’intermédiaire de Bo Xilai, l’un des vétérans du régime, Jiang s’est procuré copie de cette lettre et a alors décidé d’éliminer politiquement son adversaire. Dans le calcul de Jiang, 16 ans de prison était suffisamment long pour prévenir tout retour de Chen sur l’échiquier politique. Il devrait s’en mordre les doigts aujourd’hui et regretter de ne pas avoir exigé la peine de mort à l’encontre de l’ex-maire de Pékin.

Ce qui est extraordinaire aux yeux des Chinois, c’est que non seulement Chen Xitong retrouve sa liberté alors que la campagne anti-corruption bat son plein, mais aussi qu’il a apparemment retrouvé le droit à la parole, par ses proches interposés sur l’antenne de VOA et dans les forums de discussions. Sans doute a-t-il des soutiens au plus haut niveau du régime. Il est inimaginable que M. Hu Jintao n’en soit pas informé et, au minimum, il ne s’y oppose pas, ce qui est déjà un signal clair. Sa stratégie consiste à fédérer tous les mécontentements « anti-shanghaïens » pour consolider son pouvoir. Le décor d’une confrontation majeure est maintenant posé. On n’annoncera bientôt l’ouverture du cirque.


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