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Le yuan, troisième moteur de croissance en Chine

Alors que l’Europe et les Etats-Unis doivent faire face à l’un des ralentissements les plus graves de l’après-guerre et que le Japon se débat péniblement contre une crise économique et financière depuis une dizaine d’années, la Chine se démarque par une insolente prospérité : croissance forte, inflation faible et déficit public sous contrôle. Le contraste est saisissant pour tout observateur un tant soit peu attentif à la conjoncture mondiale. Les deux moteurs de l’économie chinoise, à savoir le commerce extérieur et l’investissement, semblent fonctionner à plein régime et n’ont pas encore montré le moindre signe d’essoufflement. Or tous les deux dépendent étroitement du bon fonctionnement du troisième qui constitue la clé de la réussite chinoise : une politique monétaire souple, subtile et, last but not least, véritablement souveraine.

Si le taux de change entre le yuan et le dollar américain n’a pas varié depuis 8 ans, il ne faut pas en conclure que la Banque populaire de Chine n’est qu’une caisse d’émission. Au contraire, la banque centrale chinoise dispose de tout pouvoir pour modifier le taux, le moment venu. Si elle ne le change pas aujourd’hui, c’est parce que cela l’arrange car un lien mécanique avec le dollar US ne freine pas les exportations chinoises sur le marché américain. Mieux, l’affaiblissement de dollar face aux autres devises ne fait qu’accroître la compétitivité des produits chinoises ailleurs, en Europe par exemple.

La souveraineté monétaire se manifeste également par la politique d’endettement extérieur. La Chine choisit le plus souvent d’émettre ses emprunts libellés en une devise au faîte de sa force. Ainsi à la fin des années 1980, un grand nombre d’emprunts chinois étaient émis en yen. A l’époque, un dollar US valait 85 à 95 yen. Et lorsque ces dettes sont arrivées à maturité dix ans après, le yen était tombé à 130 pour 1 dollar. Les Chinois ont pu ainsi rembourser leurs dettes en yen en vendant une partie de leur énorme réserve en dollars et gagner sur la variation de change ! De même, les dettes souveraines chinoises sont libellées en dollars US à la fin des années 1990 lorsqu’il valait 7,35 francs l’unité. Parions qu’ils seront remboursés le moment venu, pourquoi pas, par la vente des euros accumulés par des excédents commerciaux.

Paradoxalement, la non convertibilité du yuan ne constitue pas une faiblesse pour les Chinois. Elle met la monnaie nationale à l’abri des attaques spéculatives tout en donnant aux gouvernants toutes les marges de manœuvres. Elle autorise des pratiques keynésiennes sans crainte de subir une crise de type argentin. Bien sûr, cela n’est possible que lorsque le pays dispose d’un marché intérieur large et profond, peu sensible aux soubresauts de la conjoncture internationale. C’est encore le cas pour la Chine d’aujourd’hui, mais cela ne durera pas éternellement.


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