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›› Chronique

Leçons d’une crise atypique

La dernière chose dont le Président Hu Jintao avait besoin, c’est sans doute la survenue brutale d’une épidémie. Le transfert de pouvoir du Parti l’hiver dernier et celui du gouvernement, il y a un mois, s’étaient réglés comme du papier à musique, au moment où la Chine s’apprêtait à célébrer ses onze ou douze ans consécutifs de croissance forte et sans inflation dans un environnement international pourtant en proie à une récession rampante.

Justement qualifié d’aigu et sévère, le syndrome respiratoire a en effet largement débordé du domaine purement médical et sanitaire. En témoignent les revirements dans les déclarations officielles successives et un mini-remaniement gouvernemental (et municipal dans la capitale chinoise) intervenus le dimanche pascal, à l’issue duquel le ministre de la Santé publique et le maire de Pékin ont dû rendre leurs marocains. Le corona-virus a ainsi pris pour cible des hommes politiques qui depuis des décennies cultivent l’opacité et le goût du secret dans la gestion des affaires publiques.

Face à cette crise pour le moins atypique, le sentiment de désarroi est perceptible dans la population et atteint probablement le cercle du pouvoir. Il n’est certes pas assez fort pour menacer le fondement du régime politique, mais n’entame pas moins la crédibilité d’un système qui se veut réformateur. Au delà des mesures d’urgence à prendre afin de stopper la progression de l’infection virale, les dirigeants de Pékin devront sérieusement se livrer à un examen approfondi de leurs méthodes de gouvernement. Il leur faudrait tenir compte de la nouvelle donne, qui se manifeste avec ses trois aspects essentiels :

D’abord, les rouages du pouvoir semblent perdre leur efficacité dans une société en profonde mutation. Les autorités locales n’ont pas su réagir, aussi bien dans la capitale qu’en province, devant une situation imprévue et en l’absence de directives émanant des instances supérieures. Des réformes structurelles s’imposent dans l’organisation des collectivités locales : moins de bureaucratie et plus d’efficacité.

Ensuite, l’opinion publique est plus exigeante à l’heure d’internet. Les tentatives d’entraver l’accès à l’information peuvent dégrader rapidement et durablement l’image du gouvernement. Les citoyens de base ne se contentent plus d’avoir leur bol de riz quotidien. Ils réclament maintenant un droit de savoir, en ce qui touche leur vie quotidienne et celle de leur pays.

Enfin, sans être franchement hostiles, les réactions de la communauté internationale sont sans complaisance. Les recommandations de l’OMS en sont le meilleur exemple. L’entrée de la Chine dans l’OMC et l’insertion du pays dans l’économie mondiale imposent aussi des contraintes de transparence que les autorités se doivent de respecter.

Le mot tabou qui suscite l’horreur du pouvoir mais circule largement dans les forums de discussions (internet oblige) est le nom d’une ville ukrainienne : Tchernobyl. En son temps, Mikhaïl Gorbachev brillait lui aussi par sa volonté réformatrice mais se heurtait à la résistance tenace d’un appareil habitué à des pratiques d’une autre époque. L’accident de la centrale nucléaire, camouflé pendant une dizaine de jours, était révélateur de fissures profondes au cœur d’une super-puissance. Il est sans doute trop tôt pour tirer les conséquences de la pneumonie atypique. Parions qu’elles seront tout, sauf anodines.


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