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›› Editorial

Les Jeux Olympiques. Et après ?

C’est peu dire que le pouvoir est inquiet. Le défi d’ouverture que représentent les JO heurte de plein fouet les habitudes d’opacité, de maquillage et de contrôle de l’information d’un régime mal équipé pour réagir à l’impromptu autrement que par le raidissement. L’accumulation des défis socio-économiques fragilise la légitimité du parti, qui, jusqu’à présent, pouvait se targuer d’avoir réduit la pauvreté et d’avoir libéré les forces vives de l’économie. Mais une baisse trop brutale de la croissance ruinerait ce discours dans l’esprit de l’opinion publique déjà très critique d’un parti, dont l’image souffre des incessantes affaires de corruption qui jalonnent la vie politique chinoise.

Le PCC et les hauts cadres du régime trouveront-ils les ressources morales et politiques pour conduire la Chine au travers des turbulences qui s’annoncent. Et d’abord sauront-ils faire preuve de cohésion ? Rien n’est moins sûr : depuis plusieurs années déjà une gauche conservatrice donne de la voix pour dénoncer les abus et les effets pervers de la modernisation à tout va. Cette mouvance rejoint celle des nostalgiques de la fermeture du pays et la très grande majorité de ceux, de plus en plus nombreux, qui, excédés par les attaques occidentales contre la Chine, attisent les sentiments xénophobes. Inutile de préciser qu’une bonne partie des membres du Parti et la nouvelle classe moyenne, qui sont aussi ceux à qui le régime profite, sont opposés aux réformes politiques.

Mais le sérail intellectuel du système chinois n’est pas univoque. Il abrite aussi un courant d’idées qui met en avant l’urgente nécessité d’un contrôle du gouvernement par des instances indépendantes, milite pour une réelle séparation des pouvoirs, critique la gestion brutale des crises et prône la mis en place progressive d’un système démocratique. En mars dernier les émeutes tibétaines avaient laissé entrevoir une césure entre ceux qui diabolisaient le Dalai Lama, l’accusant d’être un dangereux séparatiste en des termes retrouvant les accents de la révolution culturelle, et ceux qui, se réclamant des idées réformistes de Hu Yaobang, demandaient des comptes au parti pour sa mauvaise gestion de l’affaire tibétaine.

Ce courant d’idées, surgi de l’intérieur même de l’Académie des Sciences Sociales, le plus puissant « think tank » du régime, réputé pour sa liberté de ton et sa capacité à remettre en cause les politiques publiques, s’est longuement exprimé sur Internet, non seulement en Anglais, mais également en Chinois. Qu’un texte aussi critique signé par Zhang Boshu, professeur de philosophie de l’Académie, ait pu être consulté en ligne pendant une assez longue période par les internautes chinois signale à tout le moins que ces idées ont recueilli la sympathie d’une partie des autorités, opposées aux méthodes radicales.

S’il est vrai qu’il est difficile de croire que les JO auront en Chine le même effet de déblocage des verrous politiques qu’en Corée en 1988, rien ne dit non plus que, traversant les turbulences annoncées, le système, tiraillé par de violents courants contraires, réussisse à maintenir sa cohésion.


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