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›› Editorial

Les planètes se désalignent pour Xi Jinping. Doit-on vraiment s’en étonner ?

Notes de contexte

1. Famille de Xi Jinping.

QI QiaoQiao, 71 ans, sœur de Xi Jinping a, jusqu’en 2002 d’abord travaillé pour la police comme n°2 du bureau des affaires extérieures. Après avoir suivi en 2004 à Qinghua un cours de gestions alors qu’elle avait déjà 50 ans, elle a créé avec son mari Den Jiagui, une société d’investissements dans l’immobilier et le secteur minier.

En 2020, le New-York Times publia un article qui révélait qu’elle et sa fille Zhang Yannan possédaient à Hong Kong plusieurs propriétés dont la valeur totale était estimée à plusieurs dizaines de millions de $ américains. L’article faisait notamment état d’une villa à Repulse Bay achetée en 2009, estimée à 19,3 millions de $.


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La sœur de Xi – Qi QiaoQiao et son mari Deng Jiagui ont amassé des fortunes dans des sociétés liées aux terres rares. Le couple a revendu ses actifs à partir de 2013/2014. Après avoir révélé cette information Bloomberg et le New-York Times ont été interdits en Chine. S’il est vrai qu’ils sont à nouveau autorisés, les articles ont été effacés !

Un autre beau-frère de Xi a fait fortune dans les télécoms, tandis que les « Panama papers » révélèrent qu’une partie de la famille de Xi avait placé sa fortune dans des paradis fiscaux ; enfin un cousin de Xi, devenu citoyen australien – Ming Chai – est aujourd’hui suspecté par la justice locale de blanchiment d’argent.

Bien que le reportage n’accusait pas directement Xi Jinping, le simple fait de mettre en lumière les travers de la famille a provoqué la colère de Pékin et l’expulsion des deux journalistes du WSJ qui avait révélé l’affaire.

2. Xi Mingze à Harvard

Xi Mingze, fille de Xi Jinping et Peng Liyuan, aujourd’hui âgée de 28 ans a étudié l’anglais et la psychologie à Harvard de 2007 à 2014. Rentrée en Chine en 2014, elle serait, selon des informations de médias taïwanais retournée aux États-Unis en 2018.


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L’adoption du marqueur idéologique rejetant en bloc les principes de transparence politique, de contrepouvoir et de vérité historique exprimée dès 2013 par l’injonction de la Directive n°9 définissant les sept sujets tabou - « les valeurs universelles », « la liberté de la presse », « la société civile », « les droits civiques », « l’indépendance de la justice », « les erreurs historiques du Parti » et ses actuelles « connivences avec le capitalisme. » - n’a cependant pas empêché Xi Jinping d’envoyer sa fille Xi Mingze à Harvard.

Protégée par l’anonymat d’un nom d’emprunt, - à la manières des enfants de dignitaires nord-coréens scolarisés à l’étranger - elle y étudiait l’anglais et la psychologie, après avoir suivi des cours de français au lycée de Hangzhou quand son père y était secrétaire général du Parti (2002 – 2007). Rentrée en Chine en 2014, (elle avait 22 ans), elle serait, selon la presse taïwanaise retournée à Harvard en 2018.

3. Le branle bas anticorruption et la Rivalité Xi Jinping - Li Keqiang

A gauche le général Zhang Youxia, n°3 et 2e vice-président de la Commission Militaire Centrale, 70 ans, fils du général Zhang Zongxun, ancien haut chef militaire de l’APL durant la guerre contre le Japon, proche du père de Xi Jinping. A droite le général Liu Yuan, qui fut le Commissaire politique du département de logistique est le fils de l’ancien président de la République Liu Shaoqi, harcelé par Mao et décédé en prison en 1969, mais dont la mémoire a été réhabilitée par Deng Xiaoping.

Les deux sont proches de Xi Jinping, le premier par la fraternité d’armes de leurs pères. Le deuxième parce qu’avec Xi Jinping il avait fréquenté la même école des enfants de cadres. Mais alors que Zhang Youxia est resté en poste, Liu Yuan qui avait mis en garde Xi Jinping contre la corruption de l’armée, a quitté ses fonctions en 2015. A t-il été « purgé », ? Désapprouvait-il les méthodes articulées à des dénonciations anonymes ? A t-il été contraint de s’éloigner alors que Xi Jinping semble prendre exemple sur les purges maoïstes qui coutèrent la vie à son père ?


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Liu Yuan s’était illustré dans le passé par sa lutte contre la corruption au sein de l’APL, en particulier au département logistique dont il était le Commissaire Politique. On notera cependant qu’en dépit de ses liens d’amitié avec Liu Yuan et de leur intérêt commun pour la lutte contre la corruption, Xi Jinping ne s’est jamais appuyé sur Liu Yuan pour ses campagnes anti-corruption dans l’APL.

Sa disparition de la scène politique en 2015 à l’âge de 64 ans induit au demeurant des doutes sur la convergence politique des deux amis.

En 2011, une année avant le 18e Congrès qui porta Xi Jinping à la tête du Parti, Liu Yuan, fils de Liu Shaoqi et ami d’enfance de Xi lui avait présenté Zhang Musheng.

Dans son ouvrage intitulé « Modifier notre approche culturelle de l’histoire 改造 我们的文化历史观 - gaizao women de wenhua lishi guan - », il avait sonné l’alerte : « Aujourd’hui il n’y a pas seulement une collusion entre des bureaucrates corrompus, le capital et des intermédiaires parasites, il y a aussi les dirigeants qui se vendent et la manipulation du pouvoir politique corrompu par des réseaux criminels ».

Pour le Parti qui, depuis la chute de l’URSS vit toujours dans la hantise que l’histoire se répète en Chine à la faveur de révoltes sociales, le tableau catastrophique fut une prise de conscience qui déclencha un resserrement drastique et rigide du pouvoir assorti d’une implacable remise en ordre verticale de l’appareil.

Ayant constaté l’extrême loyauté de Xi Jinping au Parti en dépit des avanies infligées à son père – le dissident Yu Jie réfugié aux États-Unis parle du « syndrome de Stockholm » -, le Comité Central et les anciens qui pensaient le contrôler, le coiffèrent d’emblée des « trois chapeaux » du pouvoir, précisément pour cette mission de nettoyage.

La suite, articulée à la censure, à la répression intraitable de toutes les idées contraires et à la mise aux normes générale, y compris des religions sommées de corriger leurs textes sacrés pour se conformer au dogme du Parti, dessine un durcissement tous azimuts dépassant largement le projet de remis en ordre de l’appareil.

Cette fuite en avant d’un contrôle tyrannique de l’espace politique et social, favorisé par un réseau d’hommes lige verrouillant la machine politique et l’administration, porte en elle les germes de la contestation interne.

Aggravée par les ratés du contrôle initial de l’épidémie à Wuhan, l’éclipse momentanée de Xi début février et la mort de l’ophtalmologue Li Wenliang le lanceur d’alerte harcelé par la police, est la source d’un des « little fires everywhere » parmi d’autres. Pris ensemble, ils dessinent une image clairement moins assurée du pouvoir du n°1.

S’il fallait un exemple qu’en Chine le vent de la popularité est changeant, on se souviendra de l’accueil tumultueux que Xi Jinping avait reçu dans les rues et sur les réseaux sociaux lors de sa première visite à Wuhan le 10 mars, plus de six semaines après le début du confinement généralisé de la province.

Les protestations, en grand décalage avec les hyperboles de la propagande qui glosent sur la popularité de Xi Jinping, avaient contraint le protocole présidentiel à organiser une visite très protégée loin des bains de foule escomptés.

On imagine aisément la comparaison qui vint aussitôt à l’esprit des critiques, entre cette visite purement politique, sans risque, et le déplacement de Li Keqiang venu, en pleine crise, le 27 janvier « sur le front de l’épidémie ».

En laissant Li Keqiang aller seul en première ligne à Wuhan au pire moment de la crise épidémique, tandis que lui-même restait à Pékin, Xi Jinping a sans conteste commis une faute politique. Restant en arrière, comme un empereur adepte du « Non Agir-le wu wei er zhi / 无为而治 - », alors même que montait une grave menace sanitaire, il a prêté le flanc aux critiques qui l’accusent de manquer de charisme dans l’épreuve.

En même temps, il a renforcé l’image de Li Keqiang que les réseaux sociaux présentèrent comme un cadre courageux et compatissant, alors même que le style autocrate de la gouvernance du n°1 ne cesse de le marginaliser.

Thomas Piketty et la Chine.

« En résumé ils (les éditeurs chinois) veulent supprimer toutes les références à la Chine contemporaine, et en particulier à l’inégalité et à l’opacité en Chine. J’ai refusé ces conditions, et indiqué que j’accepterai uniquement une traduction intégrale sans coupe d’aucune sorte ». C’est ce qu’a déclaré Thomas Piketty le 31 août par mail à l’AFP, après l’exigence exprimée par tous les éditeurs chinois qu’il censure lui-même les passages sur la Chine qui brouillent l’image idéalisée du pays diffusée par la propagande.


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Récemment, la rivalité entre Xi Jinping et Li Keqiang s’est exprimée sur le thème de la persistance de la pauvreté en Chine. Alors que Xi Jinping se soucie d’afficher l’image du pays la plus radieuse possible à la veille du centenaire de la naissance du Parti en 2021, le Premier ministre préoccupé par les effets de la secousse économique, conséquences de l’épidémie, a l’œil rivé sur la montée du chômage et sur la rémanence des foyers de pauvreté.

Quand, à un an du centenaire du parti, Xi Jinping hisse le grand pavois de l’appareil, qu’il veut sans tâche, auréolé d’une image de modernité sociale et de succès économiques, y compris en tordant la réalité à des fins de propagande, Li Keqiang compte les migrants intérieurs oubliés des statistiques officielles qui s’ajoutent aux licenciés, aux jeunes arrivés sur le marché, restés en rade et aux laissés pour compte des faillites.

La fracture entre les deux est plus clairement apparue quand aux affirmations de Li Keqiang à l’ANP fin mai, évoquant les 600 millions de chinois vivant en situation semi-précaire, avec seulement 140 $ de revenus mensuels, la mouvance proche de Xi Jinping s’est insurgée pour atténuer la mise au point du premier ministre, pourtant articulée à des statistiques officielles.

« Le revenu annuel moyen par habitant en Chine est de 30 000 yuans (4 193 USD), avait asséné Li Keqiang, mais il y a plus de 600 millions de personnes dont le revenu mensuel est à peine de 1 000 yuans (140 US $), ce qui n’est pas suffisant pour louer une chambre dans les villes chinoises ».

Enfin le contraste entre l’exigence de transparence exprimée par Li Keqiang et la tendance à l’opacité de la stricte censure politique, marqueur de de la gouvernance de Xi Jinping a éclaté au grand jour quand, à la fin juillet, l’économiste français Thomas Piketty a rejeté les injonctions des éditeurs chinois qui, sous peine de ne pas le publier, lui intimaient de supprimer vingt pages de son dernier ouvrage « Capital et idéologie » (Ed du Seuil, septembre 2019) analysant la montée « extrêmement rapide des inégalités en Chine. »


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