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›› Editorial

Li Keqiang en Eurasie. Les quelques fausses notes de la « grande musique »

L’Europe, une priorité chinoise

Photo : Li Keqiang entre Martin Schulz président du parlement européen à gauche et Frank Walter Steinmeier, ministre des Affaires étrangères allemand. Alors que Martin Schulz disait vouloir faire de la Chine la priorité extérieure de son mandat, Steinmeier a rappelé à Pékin ses obligations de grande puissance économique.

C’est peu dire que le Vieux Continent et l’Allemagne sont une priorité pour Pékin et Li Keqiang qui, pour son premier voyage à l’étranger, s’était rendu à Berlin et en Suisse ; après quoi il avait, en novembre 2013, assisté en Roumanie au sommet entre la Chine et l’Europe Centrale et Orientale avant de visiter le Royaume Uni en juin 2014.

Ces fréquents périples s’inscrivent dans le rôle imparti au Premier ministre en charge des réformes financières économiques et industrielles, dont le prolongement naturel est la quête de marchés, de technologies et de cibles pour les investissements chinois. Au point que l’Allemagne, devenue le point d’entrée privilégié de Pékin en Europe est aujourd’hui reliée par 4 lignes de chemin de fer à la Chine (Huhehot (Mongolie) – Francfort, Shenyang – Leipzig, Chongqing – Duisburg et Hambourg – Hangzhou).

Les malentendus des relations entre l’UE, l’Allemagne et la Chine.

Lancée par Angela Merkel en 2005 qui a depuis rencontré 7 fois les dirigeants chinois, resserrée en 2012, la proximité franco-allemande porte l’espoir que les investissements chinois seraient une opportunité pour toute l’Europe. Mais elle véhicule aussi le risque de désolidariser l’Allemagne de l’UE en brouillant les stratégies chinoises de Bruxelles au moment où celle-ci tent de fédérer une improbable vision commune des intérêts européens en Chine.

En 2012, une étude réalisée par l’European Council of Foreign Relations soulignait le risque que Berlin, tout à la gestion de ses propres difficultés économiques et préoccupé par sa recherche de débouchés, fasse passer ses intérêts économiques avant les priorités stratégiques de l’UE, compliquant encore plus la difficile marche vers l’intégration politique.

Discrètes fausses notes du partenariat Berlin – Pékin.

Alors que le commerce bilatéral a atteint 138 Mds d’€ en 2013, représentant 50% des exportations européennes vers la Chine et 25% des exportations chinoises vers l’UE, le sommet du 10 octobre entre les deux gouvernements était le troisième cette année, après la visite de Xi Jinping en Allemagne en mars et le voyage d’Angela Merkel à Pékin en juin. Cette fois la rencontre visait à intensifier le partenariat dans les secteurs de la recherche scientifique, de l’agriculture, de l’éducation et de l’énergie.

Mais quelques fausses note sont apparues quand Sigmar Gabriel, le ministre allemand de l’économie et de l’énergie a plaidé pour plus de réciprocité dans la relation marquée par les obstacles posés par la Chine aux entreprises allemandes : « nous voulons un partenariat loyal avec la Chine et nous espérons en retour un traitement équivalent ».

En dépit de l’affirmation du président allemand du parlement européen Martin Schulz qui dit vouloir faire de la Chine la priorité de son action extérieure durant son mandat, ces inquiétudes et agacements étaient présents au sommet de Hambourg où Li Keqiang a présenté les restructurations chinoises et où les participants ont planché, entre autres, sur le défi d’un accord Chine - Europe sur les investissements, l’urbanisation et la coopération avec l’Ouest et les défis environnementaux en Chine.

Au milieu des échanges techniques sur la coopération économique et commerciale, le ministre des Affaires étrangères allemand, Frank Walter Steinmeier a tenu à rappeler ses responsabilités politiques à la Chine devenue une grande puissance économique. « La politique doit prendre le pas sur l’économie ».

Dans l’ombre planaient en effet la question des droits de l’homme et celle des émeutes de Hong Kong avec le harcèlement par la policie chinoise d’Angela Köckritz. La correspondance de l’hebdomadaire Die Zeit est devenue la cible de Pékin pour avoir publié un article critique sur l’arrestation de Zhang Miao, une journaliste chinoise auteur d’un reportage sur la situation dans la R.A.S., sujet sensible et soumis à la censure officielle. Le 10 octobre jour de l’arrivée en Allemagne de Li Keqiang, Christiane Wirtz, porte parole d’A. Merkel jugeait la situation de la journaliste allemande et de sa collègue chinoise « préoccupante ».

Le même jour, Mathias von Hein, un analyste de la Deutsche Welle, paraphrasant André Fontaine (« Histoire de la détente, un seul lit pour deux rêves », Fayard 1981), publiait un article désabusé et critique portant le même titre, dans lequel il insistait sur le contraste entre, d’une part la densité des liens économiques entre Pékin et Berlin (des milliards de contrats d’affaires, 10 accords gouvernementaux et un rapport de 35 pages sur les investissements réciproques) et, d’autre part l’absence de démocratie en Chine, rappelant au passage qu’au moment où le Parti Communiste Chinois déclenchait la répression de Tian An Men, l’Allemagne faisait tomber pacifiquement le mur de Berlin.


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