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›› Editorial

Nouveau pouvoir, vieille sclérose et anciens défis

Le rocher de Sisyphe des écarts de revenus et de la corruption.

L’ampleur de la corruption et l’urgence d’y mettre fin, leitmotivs de l’équipe précédente, n’a pas échappé au nouveau Secrétaire Général, qui a évoqué le sujet lors de son investiture . Il avait certainement en mémoire la double expérience personnelle d’avoir eu à remplacer à Shanghai un haut dirigeant, tombé pour corruption et une autre plus ancienne, au Fujian, qui pourrait expliquer la nomination de Wang Qishan au poste de président de la Commission de discipline du Parti, en charge de lutter contre la corruption.

Xi Jinping était en effet aux premières loges à Fuzhou, comme Directeur de l’Ecole du Parti, puis secrétaire général adjoint du Fujian quand éclata l’affaire Lai Changxing, extradé du Canada le 23 juillet 2011 et condamné à perpétuité pour ses vastes activités de contrebande, qu’il mettait en œuvre depuis Hong Kong, avec la complicité de nombreux cadres locaux.

A cette époque, c’était Zhu Rongji lui-même, l’ancien premier ministre symbole de la lutte contre les gaspillages, les incohérences administratives et la corruption qui s’était saisi en personne du dossier. Il était précisément secondé par Wang Qishan, dont il avait fait son bras droit, et qui, à ce titre, avait participé en 2000, alors qu’il était en charge de la réforme économique au Conseil des Affaires d’état, à la première création d’une unité antifraude, supervisée par les douanes et l’appareil de sécurité.

Aujourd’hui et malgré ces efforts, la tâche relève toujours du rocher de Sisyphe, que les équipes précédentes n’ont jamais réussi à rouler efficacement en dépit de quelques épisodes célèbres. Des centaines de membres du Parti sont millionnaires et si on ne compte que les 70 les plus riches, leur fortune cumulée se monte à plus de 100 Mds d’€ dont il est raisonnable de penser – et c’est bien ainsi que l’opinion publique relayée par les réseaux sociaux considère la question - qu’elle n’est pas que le fruit d’affaires complètement honnêtes.

Depuis qu’en mars dernier les internautes chinois avaient brocardé les vêtements et accessoires de luxe des délégués de l’ANP, à quoi s’ajoutèrent les révélations successives sur les connexions affairistes de Xi Jinping et Wen Jiabao, l’ambiance est au profil bas et au branle bas pour redresser l’image passablement écornée du Parti.

Après la nomination de Wang Qishan, dont on espère qu’il aura le courage de s’attaquer aux hautes strates corrompues du régime, Xi Jinping a fait procéder au renouvellement des cadres de la Commission de discipline, dont certains comme Madame Ma Wen, 64 ans, proche de l’épouse de Wen Jiabao, et ancienne n°3 de la Commission spécialement en charge de la corruption, n’a même pas été reconduite au Comité Central.

Il reste que, compte tenu de l’enchevêtrement de la politique et des intérêts d’affaires, maintes fois mis à jour ces dernières années, si rien n’est fait pour mettre sur pied un système judiciaire indépendant du Parti, il est permis de douter que la nouvelle équipe réussisse mieux que les précédentes. Le constat renvoie à la quadrature du cercle d’un système qui, par crainte de fragiliser son magistère, recule sans cesse l’échéance des réformes politiques, prenant ainsi le risque d’un accident interne.

Lors du dernier Congrès, le rapport d’une heure quarante du SG sortant était en effet émaillé d’une langue idéologique particulièrement rétrograde, nourrie en partie d’une prose d’inspiration maoïste, sans la moindre indication innovante permettant de faire face aux risques politiques qui menacent le Parti. L’avenir dira si le nouveau maître du Parti et de la Chine sera capable de bousculer cette sclérose.


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