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Où va la guerre des taxes entre Washington et Pékin ?

Captations de technologies et propriété intellectuelle.

Tim Cook le PDG de Apple. Lors du forum de développement de Pékin le 24 mars, il a en termes voilés, évoqué les pressions chinoises sur son groupe. Celles-ci concernent la protection des données et la captation de technologies.


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Le 24 mars Tim Cook, PDG de Apple s’exprimant au forum de développement de Pékin 中国 发展 高 层 讨论 appelait au calme, mais reconnaissait que « dans certains cas les bénéfices n’avaient pas été équitablement partagés par toutes les parties ».

La remarque qui mérite attention était une manière édulcorée de signaler que le groupe avait été placé sous la pression de Pékin pour l’obliger à abandonner ses principes de protection des données en Chine. Le 28 février, un article d’Amnesty International mettait en doute la capacité du groupe à garantir la confidentialité privée des utilisateurs.

Après avoir, sur ordre de la police, retiré de son offre « Apple Store » l’application VPN qui permet de contourner la censure, Apple a, pour se conformer à une loi chinoise promulguée en 2017, été contraint de transférer la gestion de son service iCloud destiné aux utilisateurs chinois à une société chinoise de stockage de métadonnées (Big Data) basée à Guizhou 贵州云大数据产业发展有限公司.

Tim Cook affirme que les données privées seront protégées. Il reste que la garantie n’a pas de valeur si la loi chinoise peut, en arguant des raisons de sécurité, exiger à tout moment des serveurs qu’ils dévoilent l’anonymat des usagers.

L’évocation du géant américain du portable et de l’iPhone renvoie au cœur de la contre offensive américaine. Tirant un cinquième de ses revenus de la puissance du marché du monde chinois (Chine, Hong-Kong,Taïwan et Singapour) avec tout de même 33% des utilisateurs mondiaux de « smartphones » (243 millions) localisés en Chine continentale, les modèles d’Apple « iPhone 7 » et « 7 plus » ayant, sur le Continent, été vendus à 27,5 millions d’exemplaires au 3e trimestre 2017 (15,6% des ventes globales), Apple est, en Chine, confronté aux pressions publiques, tirant avantage du potentiel commercial du Continent pour imposer leurs normes de confidentialité et de transferts de technologies.

A la mi-octobre 2017, Erin Enmis, vice-président de l’US-China Business Council témoignant devant le Congrès se plaignait des règles chinoises exigeant des transferts de technologies en échange de l’accès au marché chinois.

Mauvaise foi, inquiétudes et perspectives.

Alors que l’objectivité des analyses est à la fois polluée par l’appréciation sans nuance par D. Trump, du déficit commercial des États-Unis (375 Mds de $ à la fin 2017) tout de même gonflé par l’exportation aux États-Unis d’une valeur ajoutée américaine produite en Chine et, à l’inverse par le parti-pris anti-américain accusant pour solde de tout compte, la nouvelle Maison Blanche de détruire l’ouverture au marché, il est difficile de prévoir l’issue de la crise dont tout porte cependant à croire qu’elle devra se conclure par des concessions réciproques.

Au cœur du sujet deux questions : comment prendre en compte la valeur d’un marché dont les grands groupes tirent abandonnement profit ? Et comment protéger les technologies et la propriété intellectuelle, conditions essentielles de l’innovation ? En parallèle, pointe de plus en plus le débat sur les modèles de société, la liberté d’expression et le droit à la confidentialité des données, épines dorsales des systèmes démocratiques, auxquelles le régime chinois n’accorde qu’une priorité relative.

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Dans la bataille en cours, les atouts et les vulnérabilités des deux parties sont partagés. Il est vrai que la brutalité des mesures en cours décidées par Donald Trump créent un a priori négatif y compris chez ses alliés directs de Washington comme le Japon, lui aussi ciblé par l’offensive « America First » [1] et dont les conséquences furent d’abord perceptibles sur les marchés boursiers (chute du point moyen des actions industrielles du Dow Jones de 4,66 points et recul des bourses asiatiques le 21 mars), mais dont les effets n’ont pas duré.

Nombre d’analyses de grandes figures de la finance et de l’économie telles le Taïwanais Justin Yifu Lin, ancien premier économiste de la Banque Mondiale et les prix Nobel d’économie que sont Paul Krugman diplômé de Yale et du MIT, éditorialiste reconnu du New-York Times et Joseph Stiglitz, ancien vice-président de la Banque Mondiale ont, avec raison, noté les risques de la méthode Trump, dont les plus importants sont les conséquences sur le consommateur américain lui-même et celles, en chaîne, sur une série de pays hôtes d’industries sous-traitantes travaillant pour la Chine.

Sans compter, ajoute Krugman, que la brutalité de l’offensive tous azimuts crée une faille dans la solidarité des critiques qui, comme Washington, se plaignent des infractions chinoises au droit de propriété intellectuelle, abaissant ainsi l’efficacité des pressions conjuguées contre la Chine à ce sujet.

Fragilités chinoises.

Le plan 中国制造 2025 (produit en Chine 2025) est un défi de modernisation de 10 secteurs clés : 1) Nouvelles technologies de l’information, 2) Machines outils et robotique, 3) Aéronautique et espace, 4) Construction navale, 5) Transports ferroviaires, 6) Nouvelle énergie, 7) Energie, 8) Equipements agricoles, 9) Nouveaux matériaux, 10) Biotechnique et pharmacie.


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Rares sont cependant les analyses des fragilités de la Chine, dont l’économie en pleine restructuration, fortement dépendante des apports technologiques étrangers et des importations d’hydrocarbures est plombée par les dettes des entreprises et des administrations locales.

Mise, depuis 2014, sous tensions par la fuite de capitaux [2], elle reste, en dépit de la hausse de la part des services, toujours articulée à l’export et à la production industrielle où la qualité n’a pas encore pris le pas sur la quantité, à quoi s’ajoute le rôle clé de l’investissement, y compris étrangers, malgré la hausse de la consommation.

Au-dessus de ces complexités économiques et financières plane la question cruciale de la légitimité du régime en grande partie liée à la croissance et où le plan « Made in China 2025 » joue un rôle éminent.

S’agissant de la modernisation du pays, le défi de l’actuelle direction sera de préférer la coopération apaisée à la captation de technologies et au viol de la propriété intellectuelle dont on voit bien qu’au-delà de toute autre considération, elles sont à la racine de conflits.

Tout indique que derrière le rideau, l’ambiance est à l’apaisement. Un article du WSJ du 26 mars précisait que les principaux protagonistes Liu He, Steven Mnuchin et Robert Lighthizer avaient discrètement commencé à négocier pour améliorer l’accès des groupes américains au marché chinois des services et des banques.

Notes :

[1L’Union Européenne, la Corée du Sud, le Brésil, l’Australie, le Canada et le Mexique on été exemptés des taxes par la Maison Blanche. En revanche, à la rédaction de cette note, elles étaient maintenues pour le Japon, la Turquie et la Russie.

[2Des années d’argent facile et d’investissements spéculatifs ont laissé des traces sur la qualité de la production industrielle et provoqué une inflation du marché immobilier à quoi s’ajoute la volatilité grégaire des investisseurs chinois ayant initié une puissante fuite des capitaux depuis 2014.

Pour stabiliser ses finances le pouvoir a du resserrer le contrôle des changes qui handicape les initiatives individuelles à l’étranger et impacte par exemple le paiement des frais de scolarité des enfants de la classe moyenne hors de Chine. Afin de freiner l’évasion du capital et la chute de sa monnaie, le pouvoir a du massivement puiser dans ses réserves entre 2014 et 2017. Tombées 2,998 Mds de $ en janvier 2017, celles-ci ont cependant rebondi pour revenir à 3100 Mds de $ en janvier 2018.


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