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›› Editorial

Pékin, Washington et l’Axe du Mal

Les Chinois notent avec de plus en plus d’intérêt à quel point les affaires nord-coréenne et iranienne se ressemblent. Outre qu’il s’agit dans les deux cas de sauver le traité de non-prolifération (TNP), objectif auquel Pékin souscrit sans réserves, on note dans la capitale chinoise que Pyongyang et Téhéran, tous deux « fichés » par Washington sur la liste Etats diabolisés, font monter les enchères pour obtenir une relation directe avec leur censeur. Mais les similitudes ne s’arrêtent pas là. Dans les deux cas on rappelle que les menaces américaines s’agitent un peu dans le vide et pourraient bien être contre-productives.

En effet, qu’il s’agisse de la maîtrise du nucléaire civil revendiqué par Téhéran ou de l’essai balistique que prépare Pyongyang (qui fait peut-être semblant), on se trouve en face de deux activités parfaitement autorisées. Téhéran l’a déjà clamé à plusieurs reprises : il revendique le droit que lui donne le TNP, ni plus ni moins. Pyongyang a également rappelé qu’elle avait, comme les autres, le droit de tester un lanceur. Notons enfin que la Corée du Nord s’était imposée à elle-même un moratoire en 1999, en attendant que commencent les négociations sur les missiles balistiques nord-coréens, qui n’ont jamais eu lieu.

Ces contradictions rendent la Chine perplexe au point que ses grands médias officiels sont, jusqu’à présent, restés muets sur l’affaire du missile nord-coréen. Pékin sait bien que dans la zone, compte tenu des nervosités japonaises à l’égard de Pyongyang et des suspicions de Washington, un essai balistique, même pacifique, entouré de diverses spéculations sur sa portée, ferait monter la tension d’un cran.

La nouvelle situation rendrait bien plus difficile la position d’arbitre dans laquelle la Chine avait réussi à se placer à force de patience et conforterait les conservateurs japonais et sud-coréens qui prônent un durcissement à l’égard de Pyongyang. Nous n’en sommes pas encore là, mais l’ambiance se tend. Déjà l’ancien Président sud-coréen Kim Dae Jong vient d’annuler un voyage à Pyongyang, tandis que Tokyo et Séoul ont affirmé la nécessité de coopérer pour éloigner la menace nord-coréenne. Deux évolutions que la Chine juge très défavorables à sa stratégie globale visant à faire contrepoids à l’influence américaine en Asie du nord-est. C’est bien la raison pour laquelle il est probable qu’elle fera pression sur Pyongyang pour l’inciter à renoncer à son test, peut-être au prix d’un marchandage avec Washington sur d’autres questions qui lui tiennent à coeur.

Depuis septembre 2005, Pékin tente de relancer les négociations sur le démantèlement des installations nucléaires nord-coréennes, bloquées par Pyongyang, qui pratique la politique de la chaise vide pour forcer Washington à mettre fin aux sanctions financières, dont les Etats-Unis frappent la Corée du Nord. Comme dans l’affaire iranienne la diplomatie chinoise est hostile aux sanctions, mais Washington refuse là aussi de faire des concessions sous la menace, d’autant que celle-ci viendrait d’un Etat de « l’axe du mal ».

A Pékin, même si on connaît les risques que font peser les pays proliférateurs, on est toujours étonné par ces déclarations américaines directes, si peu diplomatiques, qui ciblent des Etats en se donnent un air de grande franchise, mais dont le premier effet est de raidir les pays ainsi désignés. Quand ils le peuvent ces derniers s’empressent de se donner les moyens de se mettre à l’abri d’une frappe. Pragmatique, on souligne que ces désignations sans concessions et lourdes de menaces favorisent la prolifération, surtout si les mises en garde prétendent interdire, pour des raisons morales, ce qui est en fait parfaitement légal.

Persuadé qu’on pourrait atteindre de meilleurs résultats par des voies plus souples, on souligne aussi qu’en enfermant sa politique dans de telles références morales, Washington se lie les mains, réduit sa propre marge de manoeuvre et risque de se trouver acculé à une action militaire. Un risque insensé, disent les Chinois, si l’on veut bien considérer qu’à Téhéran comme à Pyongyang une partie des raisons ultimes qui sous-tendent la montée des enchères sont liées à la volonté d’obtenir à la fois la normalisation des relations avec des Etats-Unis et des garanties de sécurité.


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