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Premières alertes de la crise démographique annoncée

Le Bureau National des Statistiques tarde à reconnaître que l’indice de fertilité des femmes chinoises est tombé très en-dessous du taux de 1,8. La tendance qui se confirme menace tout l’équilibre social du pays.


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Le 29 avril, une courte déclaration du Bureau National des Statistiques démentait un article du Financial Times qui évoquait une baisse de la natalité durant les trois dernières années. « Selon un recensement montrant que la population a atteint un pic, la crise démographique se profile, plus grave et plus rapidement que prévu ».

Sans donner de précision, le BNS affirmait cependant que la population chinoise avait continué à croître en 2020.

Pour autant, le Financial Times se référait précisément aux statistiques officielles de janvier 2020, montrant une chute continue de la natalité, répertoriée par le BNS lui-même et confirmée par d’autres sources officielles.

Le nombre des naissances en 2019 – 14,6 millions - était en baisse de 4% par rapport à 2018. Il s’agissait du chiffre le plus faible depuis 1961, la dernière année des grandes famines où seulement 11,8 millions de nouveaux nés avaient été enregistrés.

La tendance est confirmée par le Ministère de la sécurité publique. Elle s’aggrave. Selon une note du 8 février dernier, en 2020, le chiffre des naissances était de 10,03 millions, soit un déficit de 30% par rapport à 2019 (公安部 : 全国 2020 年出生并已进行户籍登记新生儿共1003.5万).

Vieillissement annoncé et menaces pour l’équilibre social.

La baisse de la natalité et l’allongement de la durée de vie déterminent le rythme du vieillissement. Des indices indiquent que ce dernier s’accélère, à l’origine des inquiétudes des chercheurs de l’Académie des Sciences sociale dont certains n’hésitent pas à parler de « désastre ».


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La perspective de la chute de la natalité et son corollaire le vieillissement sont, on le sait, envisagés depuis longtemps par les démographes chinois.

Mais jusqu’à l’année dernière, ils n’avaient pas envisagé le pic démographique avant 2027. En réalité le nombre des naissances baisse depuis 2017, après une hausse en 2016, année à laquelle le pouvoir avait mis fin à la politique de l’enfant unique. L’espoir qu’à la suite, les naissances se redresseraient ne s’est pas concrétisé.

Il s’est au contraire produit l’inverse. La chute de la natalité a varié de 9 à 32,6% dans certaines métropoles à Canton, Wenzhou dans le Zhejiang et à Hefei dans l’Anhui.

Pour expliquer le déclin de la natalité, les sociologues chinois avancent l’augmentation rapide des coûts de l’éducation des enfants et la plus grande indépendance des femmes.

En réalité la crise fermente depuis longtemps. Produisant un déséquilibre entre le nombre de retraités et une main d’œuvre jeune moins abondante, elle est aussi la conséquence directe de la politique de l’enfant unique appliquée avec férocité de 1979 à 2015, période pendant laquelle nombre de femmes furent contraintes à des avortements forcés.

Lire : Les égarements du « 计划生 育 ». Quand le planning familial devient fou.

La lapidaire mise au point du BNS contredisant le Financial Times est en tous cas démenti par des voix internes exprimant une inquiétude. C’est le cas à Pékin du Centre Chinois pour la globalisation qui craint l’impact désastreux d’une accélération du vieillissement.

Ou encore d’une note de la Banque Centrale publiée le mois dernier qui estimait que le taux moyen de fertilité des femmes chinoises était inférieur à 1,5, très loin des 1,8 des statistiques officielles.

En réalité la chute de la natalité traduit une crise de confiance en même temps qu’un durcissement des conditions sociales : « une génération sans revenus, sans accès à la propriété et n’ayant aucune garantie d’un partage équitable du temps de travail et de loisirs ne veut pas se marier » écrivait Jiayun Feng dans Supchina en mars dernier.

Recul de la natalité et précarité de l’échafaudage social.

Alors qu’aujourd’hui le BNS tente d’escamoter l’évidence, il y a trois ans, il reconnaissait qu’en 2018 le nombre des naissances en Chine continentale avait chuté de 2 millions, pour la deuxième année consécutive malgré la fin de la politique de l’enfant unique en 2016.


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A l’horizon pointe un des plus considérables défis à venir pour le pouvoir chinois, l’assèchement de la caisse des retraites qu’un rapport de l’Académie des Sciences Sociale datant de 2019 annonce pour 2035. On y lit que les ressources dont la caisse disposera commenceront à décliner rapidement après 2027.

Depuis plusieurs années, QC documente régulièrement le sujet explosif des retraites, point d’équilibre d’un système social inéquitable et précaire :

• 2014 : Le risque d’asphyxie du système des retraites
• en 2015 : Le trou sans fond des caisses de retraite. Les groupes publics sur la sellette
• et 2016 : La grande sensibilité politique de la réforme des retraites.


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