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›› Editorial

Pyong Yang et la diplomatie du faible au fort

A Pékin, la quatrième et dernière journée de pourparlers sur la dénucléarisation de la Corée (dimanche 11 février) s’était achevée sans accord ni déclaration conjointe. Les Six en étaient cependant revenus à l’ébauche d’un plan prévoyant la cessation des activités nucléaires militaires nord-coréennes en échange d’une aide économique et de garanties de sécurité. C’était trop vague pour signer une déclaration à Six. Mais assez important pour qu’on prolonge les pourparlers -Américains et Nord-Coréens surtout- d’une cinquième, puis d’une sixième journée (12 et 13 février).

Un seul chapitre faisait difficulté mais il bloquait l’accord. La Corée du nord exigeait en effet la promesse de livraisons annuelles de 2 millions de tonnes de pétrole brut, plus celle de 2 millions de kilowatts d’electricité, en échange de la fermeture du réacteur principal de Yong Byon. Les Coréens demandaient en outre que les Etats-Unis participent aux livraisons de brut et que le calendrier de celles-ci soit précisé en détail, donnant-donnant par étapes. Pyong Yang n’acceptait de lâcher son arsenal nucléaire qu’en fin de processus.

Ces exigences, plus lourdes que celles de l’accord de 1994, plus pressées et empreintes d’une grande méfiance (réciproque), pouvaient avoir une autre lecture : on négociait finalement pour que le Nord renonce à produire de nouvelles armes nucléaires, mais sans prendre d’engagements sur les armes et matériaux nucléaires déjà existants. Or le délégué américain Christopher Hill confirmait que les Etats-Unis ne signeraient pas un accord prévoyant la fourniture de ce volume d’énergie à la Corée-nord sans abandon de son arsenal nucléaire. Les détails et les précisions, autant que le poids des aides, empêchaient un accord immédiat.

L’accord in extremis, pourtant, parut possible dans la journée du 12 et prit la forme d’une déclaration conjointe en bonne et due forme le 13 février. La Corée du nord sauvait pour un temps indéterminé l’essentiel, pour elle -son petit arsenal nucléaire- en sacrifiant les moyens de l’augmenter plus -les installations de Yong Byon. Elle devait réduire ses exigences d’aide en énergie dans la phase initiale : 50.000 tonnes de brut tout de suite pour la mise sous scellés de Yong Byon et 950.000 tonnes par la suite, après avoir neutralisé réacteur et usine de traitement de façon irréversible.

Passons sur d’autres aspects complexes du projet d’accord. Disons seulement que si tout va bien, la déclaration conjointe du 13 février ouvre la voie à deux autres phases de pourparlers : celle des groupes de travail et celle de l’élimination de l’arsenal nucléaire nord-coréen. Cinq groupes de travail doivent en effet rassembler les six pays sur les modalités de reddition des armes et matériaux nucléaires, la normalisation des relations RDPC-USA et RPDC-Japon, un traité de paix formel en Corée, l’aide économique ultérieure et l’organisation de la Sécurité régionale en Asie du Nord-Est. Après, après seulement, pourra s’engager la phase d’élimination du nucléaire militaire en Corée du nord.

Seul contre tous, Pyong Yang se montre capable d’enliser encore de tels pourparlers. Le paradoxe est que la Corée du nord est en réalité faible et isolée. Ses cinq interlocuteurs (Chine, Etats-Unis, Corée-Sud, Japon, Russie) exercent de fortes pressions sur elle. A long terme ils peuvent gagner ce jeu diplomatique. Mais à court terme c’est l’inverse. Les Cinq se surveillent les uns les autres et parfois se gênent mutuellement. Les tacticiens de Pyong Yang savent en profiter, plus malheureusement pour sauver leur régime que pour lui bâtir un meilleur avenir. Mais ils sont, hélas, maîtres dans cette diplomatie du faible au fort.


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